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Pourquoi publier dans MathémaTICE
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Introduction

Pendant le (re)confinement, je me suis souvent posé la question suivante : quel est l’intérêt sanitaire de m’empêcher de faire des sorties à plus d’un kilomètre de chez moi, alors que j’y serais en pleine nature sans faire courir le moindre risque à quiconque ? Récemment, mon questionnement a été plus surprenant : pourquoi est-ce que je publie des articles dans MathémaTICE ? Beaucoup plus étrange encore, j’ai ensuite eu l’idée … d’en faire un article !

Evidemment, je ne vais pas me livrer à une introspection car le manque prolongé de grands espaces n’a pas encore altéré à ce point mon discernement. C’est pourquoi j’ai élargi le sujet en cherchant à donner aux lecteurs des raisons d’écrire un article, en m’appuyant sur mes expériences d’auteur et d’ancien membre du comité de rédaction.

Argument 1 : pas de lecteurs sans auteurs

« Pas de lecteurs sans auteurs » est une lapalissade que, malheureusement, MathémaTICE a dû rappeler plusieurs fois à ses lecteurs en leur demandant une « contribution » (devenir auteur) car la situation paraissait préoccupante. Actuellement, cela va mieux mais le rebond reste fragile et éloigné de « l’âge d’or » où il y avait une douzaine d’articles par numéro.

En plus, heureusement que le Ministère de l’Education Nationale a donné involontairement un coup de pouce à MathémaTICE, avec ses réformes successives du collège puis du lycée :

  • ce n’est probablement pas un hasard s’il y a eu une forte fréquentation au moment de la réforme du collège de 2016, d’autant qu’il y avait des inquiétudes sur la façon dont seraient interprétées des consignes « plutôt déstabilisantes » concernant l’informatique débranchée et la programmation par blocs.
  • depuis 2018, les indicateurs sur la fréquentation du site montrent que beaucoup des articles les plus lus sont relatifs à Python.

Je n’irai évidemment pas jusqu’à souhaiter qu’il y ait prochainement de nouvelles réformes pour favoriser la publication de nouveaux articles, d’autant qu’il y a encore des choses à dire sur ces réformes. Deux des quatre thématiques privilégiées par MathémaTICE pour l’année scolaire 2020-2021 (lien) précisent les attentes de la revue en termes de « retour d’expérience » :

  • Thème 2 : Impact de la réforme du Collège (2016) sur l’enseignement des mathématiques.
  • Thème 3 : A propos de deux nouveautés récentes en Lycée (Python, histoire des mathématiques).

Pour les collègues qui auraient peur de « ne pas être à la hauteur », je précise qu’il n’y a heureusement aucune nécessité de se livrer à une « analyse savante » des réformes et qu’un partage d’expérience peut parfaitement convenir.

L’arrivée de la prochaine réforme presse d’autant moins que le confinement et les expérimentations pédagogiques qu’il a induites ouvrent de nouvelles pistes : voir détails du thème 1, intitulé « Enseigner à distance en temps de crise. Qu’en retenir pour les périodes plus normales ? ».

Argument 2 : des convictions et des travaux pédagogiques à partager

Il m’est occasionnellement arrivé de me creuser la cervelle pour trouver des idées d’articles (et les concrétiser) à des périodes où la revue était en pénurie, d’autant que j’étais à l’époque membre du comité de rédaction. La plupart du temps, fort heureusement, ce sont uniquement des convictions et des logiciels pédagogiques à partager qui m’ont conduit à publier.

Il y a 6 ans, j’avais contacté la revue parce que je voulais présenter un logiciel pédagogique que j’avais créé (PluriAlgo). Ma démarche me semblait d’autant plus aléatoire que l’article proposé ne s’inscrivait pas dans une des thématiques de l’année scolaire en cours, que je n’enseignais pas les mathématiques et n’exerçais pas dans le secondaire. Sachant que ma proposition a été retenue, on voit que la revue est très ouverte à l’innovation pédagogique et c’est d’autant plus appréciable qu’il n’y a pas de standard de publication imposé (type nombre de pages maximal).

En tant qu’enseignant d’informatique en IUT, j’avais été amené à m’intéresser aux programmes officiels de lycée (époque où AlgoBox était en vogue en Seconde) pour savoir comment adapter mon module d’initiation à l’algorithmique. De fil en aiguille, cela m’a conduit à adapter un outil pédagogique personnel au contexte du lycée, en le perfectionnant et en l’intégrant à l’environnement Javascool créé par l’INRIA et principalement utilisé en option ISN. La publication de cet article a été un moyen de mieux faire connaître PluriAlgo, ainsi qu’un moyen de découvrir après diverses discussions qu’il fallait que je fasse évoluer le logiciel pour intéresser un plus large public : cela m’a conduit à réécrire en Javascript ce logiciel initialement programmé en Java, en ajoutant de nouvelles fonctionnalités dont la possibilité d’exécuter en ligne Python ou AlgoBox.

Tout le monde n’est pas développeur de logiciels pédagogiques comme moi, mais beaucoup de collègues ont des convictions pédagogiques qu’ils font partager à travers de sites web personnels, d’activités sur des sites académiques…

Pour en finir avec cette partie, qu’est-il advenu de PluriAlgo ? Je n’ai pas de moyen de savoir s’il est utilisé en classe, ayant comme seul indicateur indirect le nombre d’accès à l’article.

Pour pouvoir interpréter correctement ce graphique, il faut évidemment avoir des éléments de comparaison avec d’autres articles :

  • un millier d’accès lors de 18 premiers mois, c’est un total très moyen et ça a été forcément décevant (voire décourageant compte-tenu de l’investissement personnel et des services rendus par le logiciel) ; évidemment, cela me serait égal si l’article que je suis en train d’écrire avait des statistiques comparables car l’enjeu personnel n’est pas le même.
  • la suite est au contraire très encourageante car l’article a maintenant 20000 accès et est un des articles les plus lus de MathémaTICE ces dernières années (les membres de MathémaTICE et les auteurs peuvent, s’ils le souhaitent, voir en ligne un classement des 30 articles les plus lus les 24 dernières heures).

L’ironie de l’histoire est que PluriAlgo, logiciel multi-langages, se porte beaucoup mieux depuis que Python est devenu le seul langage utilisé au lycée ! Je suppose que le fait de pouvoir faire du Python en ligne grâce à l’interpréteur que j’ai intégré (Skulpt) explique en grande partie la forte augmentation du nombre de lecteurs, tout en espérant que des contributions plus personnelles ont aussi attiré l’attention sur PluriAlgo : un formulaire pour faciliter l’écriture de techniques usuelles sur les boucles (sommation, comptage), un formulaire générant un code à partir des entrées et des sorties d’un algorithme (y compris en mode « fonction » où les entrées deviennent les paramètres d’une fonction, ce qui correspond aux préconisations en vigueur actuellement)…

Argument 3 : retour sur investissement

Si le titre de cette partie vous faisait espérer un retour sur investissement d’ordre pécuniaire, j’ai une suggestion un peu aléatoire : l’écriture d’un article vous permettra peut-être de déboucher sur une promotion, compte-tenu de la notoriété académique de MathémaTICE auprès des inspecteurs...

Trêve de plaisanterie, je voulais évidemment parler d’un retour sur investissement d’ordre pédagogique ! C’est ce que, par divers moyens, j’ai tenté d’expliquer à quelques collègues que j’ai contactés au nom de MathémaTICE dans l’espoir de recruter de futurs auteurs : l’investissement que demande l’écriture d’un article, variable suivant les sujets et pas forcément aussi grand que ne le craignent les collègues sollicités, peut en effet avoir quelques contreparties non négligeables. L’écriture d’un article permet notamment de mettre en avant des sujets ou des travaux qui vous tiennent à coeur et, parfois, de déboucher sur des contacts fructueux voire des collaborations inattendues.

En ce qui me concerne, si je n’avais pas écrit quelques articles initiaux sur PluriAlgo et l’articulation lycée/supérieur, on ne m’aurait pas proposé d’intégrer le comité de rédaction, ce qui ne m’aurait pas incité à m’intéresser de près à la réforme du collège, si bien que je n’aurais pas développé des logiciels de programmation par blocs adaptés à un contexte mathématique (ScratchGGB notamment) ou facilitant la transition de Scratch à Python (SofusPyScratch notamment)…

A l’attention des lecteurs qui ne se sentiraient pas « à la hauteur » pour proposer un article à MathémaTICE, je ferai remarquer qu’au départ je ne me trouvais pas du tout légitime pour m’exprimer sur la programmation par blocs et la réforme du collège, alors que j’y étais pourtant invité : le contexte éducatif du collège me semblait en effet trop éloigné de mon vécu pédagogique en IUT. En plus, mes compétences d’enseignant d’informatique ne m’étaient guère utiles pour tenter de donner un avis éclairé sur la future introduction de la « programmation événementielle » et de jeux (bataille navale…) dans des enseignements de mathématiques au collège !

Pour terminer cette partie, j’ajouterai que le retour sur investissement peut parfois être tardif et inattendu : par exemple, si je n’avais pas lu un article datant de 2013 sur LaboMep (lien), je n’aurais pas eu l’idée de proposer en 2019 un outil permettant d’y développer des exercices aléatoires Python (lien). Il est probable que ce type de retour sur investissement puisse s’appliquer à d’autres domaines, mais encore faut-il d’abord écrire un article pour espérer que cela puisse se produire…

Conclusion

Il est temps de conclure : les grands espaces m’attendent, c’est aujourd’hui un grand jour puisqu’on passe d’une heure dans un rayon d’un kilomètre à trois heures dans un rayon de vingt kilomètres.

J’espère avoir suscité de nouvelles vocations d’auteur, à court ou à long terme. J’espère aussi que mes derniers logiciels (ScratchGGB et SofusPyScratch) seront utilisés au collège et au lycée. Concernant SofusPyScratch, je viens d’en programmer une version alternative en associant l’éditeur « Scratch » à un environnement Python plus complet (Basthon) : voir démos.

Annexe : MathémaTICE et l’humour

Je me suis permis de faire un peu d’humour dans cet article. Cela n’est évidemment pas indispensable pour devenir auteur dans MathémaTICE, même si j’ai découvert avec surprise après plusieurs articles que la revue le permettait voire l’encourageait : « la clarté, la précision, l’humour, l’enthousiasme et la belle écriture sont des qualités hautement appréciées par la revue ».

Personnellement, je n’utilise l’humour que si j’estime que ça profite aux propos de mon article. Il m’est arrivé plusieurs fois d’ajouter en annexe des dialogues entre deux personnages fictifs (ma casquette d’enseignant d’informatique et ma casquette d’ancien enseignant de mathématiques), pour illustrer l’article en caricaturant certaines incohérences du système éducatif afin de les dénoncer : voir par exemple « L’approche créativité de Scratch est-elle compatible avec l’enseignement des mathématiques ? ». J’avoue que c’était aussi pour moi l’occasion d’un « retour sur investissement ludique » qui m’avait conduit à me perfectionner en Scratch, en scénarisant le sketch conformément à la compétence « raconter une histoire » préconisée à l’école primaire ! Pour « compenser », j’avais tenu à y incorporer un élément mathématique indiscutable en détournant une activité Scratch de collège, où était simulé un tir parabolique.

Si vous expérimentez cette activité Scratch en classe (le tir parabolique, pas la scénarisation du sketch !), je précise qu’elle relève du thème 2 retenu par MathémaTICE (« Impact de la réforme du Collège sur l’enseignement des mathématiques »)…


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