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Co-intervention en Lycée Professionnel : quelle place pour les réseaux et la coopération ?
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Mis en ligne le 8 février 2020, par Matthieu Brabant

Nous ne proposerons pas une approche générale sur la co-intervention, cela dépasserait largement le cadre de cette revue.
Pour plus d’informations et de références, nous invitons la lectrice ou le lecteur à consulter le Vademecum proposé par le Ministère de l’Éducation nationale :

Cliquer sur l’image

Cet article aura deux approches : en premier lieu, à partir de la mise en parallèle des programmes de la discipline professionnelle et de la discipline générale, nous proposerons des travaux pour les élèves ; puis nous verrons comment le travail en réseau et en coopération peut aider dans la co-intervention.

Remarque préalable

La mise en place de la co-intervention se situe dans le cadre de la réforme de la voie professionnelle des lycées, appliquée depuis la rentrée de septembre 2019.
La co-intervention est un mode pédagogique plutôt apprécié par l’auteur de cet article.
Mais cette réforme n’a pas un objectif pédagogique affiché. Elle s’accompagne ainsi d’une baise du nombre d’heures en enseignement général (ainsi les mathématiques passent de 2h à 1,5h par semaine). Dans la réalité, il est assez généralisé que la co-intervention soit fictive : les enseignantes et enseignants de maths-sciences en profitant pour faire des cours de mathématiques sans que ces cours soient liés à la discipline professionnelle.
C’est dommage, puisque l’idée de la co-intervention et celle de co-intervenir avec une enseignante ou un enseignant de la discipline professionnelle est une idée très largement soutenue... mais l’institution en profite pour faire des économies budgétaires.
D’ailleurs, au moment de la construction de la réforme, un vote interne de l’Inspection Générale a posé la question du maintien ou non des mathématiques comme discipline, et celle-ci a finalement été maintenue, mais de justesse.

Un exemple : Mise en parallèle de parties des programmes de Seconde Bac pro Système Numérique Systèmes Numériques / Sciences et un exemple de séquence

Programmes SN / Sciences

Deux remarques sur cette mise en parallèle :

  • Les programmes n’apparaissent pas dans leur entièreté. Le choix a été fait d’en rester à ceux des deux enseignant.es travaillant en coopération. Pour consulter les programmes en entier :
    Programme de SN
    Programme de maths-sciences
  • Le choix a été fait de faire ce parallèle vis-à-vis du programme de sciences et pas de celui du programme de mathématiques (même si les notions de mathématiques afférentes sont signalées). Ce choix résulte du constat que la demande institutionnelle se focalise sur une approche de type mathématiques appliquées. Face à cela, les enseignant.es ont pris le parti de travailler sur les sciences et d’y rapprocher les notions de mathématiques.

A partir de cette comparaison, nous avons fait le choix de reprendre les travaux des collègues de l’Académie de Versailles :
https://mathsciences.ac-versailles.fr/spip.php?article1439

La Thermistance
Le four

La question des collectifs connectés et coopérants : pour une co-intervention coopérative et connectée

Le lycée professionnel dans lequel ce travail s’est effectué expérimente depuis deux ans les pédagogies coopératives. L’auteur de cet article est le coordinateur de cette initiative. Faire un lien entre co-intervention et coopération est donc à la fois un besoin (répondre à l’injonction institutionnelle) et une envie (ce projet de pédagogies coopératives est de l’initiative d’une équipe enseignante).
Il nous semble que la coopération encouragée dans les classes doit se vivre dans les équipes éducatives. Et nous proposons d’avoir une utilisation du numérique dans ce cadre.

Avant de lancer dans une seconde partie des pistes, voici quelques éléments de réflexion.

Il nous est apparu que cette communauté d’apprentissage (entre élèves, entre enseignant.es) nécessitait la mise en commun de valeurs et d’une vision. Si le groupe valorise l’apprentissage collectif, qu’en est-il dans ce cadre de la coopération entre enseignant.es ?

Une classe coopérative se caractérise en effet par un certain nombre de valeurs :
- la solidarité (la coopération institue une solidarité consciente qui met en jeu la responsabilité de chacun et la volonté de concourir au bien commun. Apprendre à vivre ensemble, c’est coopérer et participer à la réalisation d’objectifs et de projets communs. On peut dire « co-fabriquer » avec les autres en solidarité : adultes et enfants.) ;

  • La fraternité (c’est bien devant la difficulté, lorsqu’il est nécessaire de s’entraider que se créée une fraternité humaine : reconnaître l’autre comme un autre moi, l’empathie, cela dépasse la simple admission de son existence, c’est apprécier l’existence et la présence des autres à ses côtés, voir ses différences et similitudes, les accepter pour s’enrichir ou se différencier, c’est pouvoir un jour se réjouir et profiter positivement des différences entre les êtres, en jouissant de la complémentarité qu’elles offrent. Accepter l’autre tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit, ne plus en avoir peur pour s’accepter soi-même.) ;
  • La responsabilité (le projet coopératif est l’objet d’un choix collectif réfléchi et lucide. Former un citoyen engagé, apte à s’exprimer, à agir avec les autres et à prendre des responsabilités, au sein des collectivités où il vit, où il travaille. « Nous préparons, non plus des écoliers dociles, mais des hommes qui connaissent et assument leurs responsabilités, décidés à s’organiser dans le milieu où le sort les a placés, des hommes qui relèvent la tête, regardent en face les choses et les individus, des hommes et des citoyens qui sauront bâtir demain le monde nouveau de liberté, d’efficience et de paix. » (Célestin Freinet))
  • Développer un climat de confiance qui assure la sécurité, développe l’estime de soi, une attitude de l’adulte qui encourage et respecte les droits, la dignité, la différence et les capacités de chacun.

Ces valeurs sont-elles transposables pour la coopérations entre enseignant.es ?
Les élèves coopèrent pour apprendre ensemble et acquérir des savoir-faire. L’abandon au moins partiel de la pratique magistrale et l’appel le plus large possible à l’organisation par les enfants, les jeunes, de la vie de leur classe, de leur cours, voire de leur établissement. Mais cet abandon de la pratique magistrale change la place de l’enseignant.es dans la classe : il n’est plus la source identifiée comme unique du savoir. Cela est encore plus vrai en co-intervention.
La fin de la compétition entre les élèves au profit de la coopération dans les apprentissages, ce qui implique l’exercice de la solidarité et de l’aide mutuelle : il ne peut y avoir aucune coopération possible dans une école où les élèves pratiquent quotidiennement le « chacun pour soi » et la compétition. Ceci se joue aussi entre les enseignant.es : qui "dirige" la co-intervention ?

L’école coopérative c’est une école transformée politiquement, où les enfants qui n’étaient rien sont devenus quelque chose, c’est l’école passée de la monarchie absolue à la république et où les enfants, livrés en certains domaines à leur initiative, apprennent le jeu de nos institutions et s’exercent à la pratique de la liberté et de la responsabilité.

L’école coopérative c’est enfin l’école où l’instruction n’est pas le but exclusif, mais celle où l’on vise surtout à former par une pratique particulière facilitée, l’être pensant, qui sait écouter la voix de la raison, l’être moral, conscient et responsable, l’être social plus attaché à l’accomplissement de ses devoirs qu’à la revendication de ses droits.

Un collectif institutionnel est-il possible ? Oui : une co-intervention coopérative et connectée !


Documents associés à l'article
  Vadémécum de la co-intervention   |   (PDF - 771.7 ko)
     |   (PDF - 483.3 ko)
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