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Sommaire > N° 3 - Janvier 2007 > Les portables des Bouches du Rhône

Les portables des Bouches du Rhône
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Réflexions sur le déploiement d’ordinateurs portables dans les Bouches-du-Rhône

L’historique du déploiement :

Le conseil général des Bouches-du-Rhône a annoncé en mai 2003 le lancement du programme « Ordina13 », en complément du programme « un ordinateur pour 5 » (mise à disposition, dans les collèges, d’un poste fixe pour 5 élèves avec des subventions pour le fonctionnement, pour l’achat de périphériques et de logiciels).

Ce programme « Ordina 13 » comprenait :

- Le prêt d’un ordinateur portable, pour une utilisation au collège et à la maison, aux élèves de 3ème (3ème et 4ème à partir de la rentrée 2004), aux enseignants de 4ème et de 3ème,, aux professeurs documentalistes, aux conseillers principaux d’éducation, aux chefs d’établissement, à leurs adjoints et aux gestionnaires. Cette année, les élèves de 3ème garderont leur portable définitivement (fin de la garantie et renouvellement du stock) ;

- Un forfait Internet de 10 heures mensuelles par utilisateur (utilisable à la maison à condition d’avoir une ligne téléphonique fixe) ;

- La mise à disposition d’une hot line téléphonique pour la maintenance informatique ;

- L’équipement de tous les établissements, publics et privés, en casiers destinés au rangement des ordinateurs ;

- La mise à disposition d’un ATI (Accompagnateurs Techniques Informatiques) par collèges publics qui a pour mission d’aider les élèves et les enseignants dans la pratique quotidienne et d’assurer le lien avec le dispositif de maintenance en cas de problèmes techniques ou de réparation ;

- L’équipement des collèges publics en imprimantes et vidéo projecteurs ;

- Le câblage de tous les collèges publics avec l’installation de locaux climatisés pour les serveurs et la réalisation d’une interconnexion des réseaux administratifs et pédagogiques ;

- L’équipement de tous les collèges, publics et privés, du réseau Internet haut débit ;

- L’équipement en bornes WIFI de 15 salles de classe, de la salle des professeurs et du bureau de l’ATI dans tous les collèges publics ;

Ce programme « Ordina 13 » est donc rentré en vigueur à la rentrée 2003 et il avait pour objectif de réduire la « fracture numérique », en donnant accès à un ordinateur à tous les enfants scolarisés en 3ème, puis en 3ème et 4ème, quelle que soit leur origine sociale.

L’aval du CA de chaque établissement était obligatoire pour que ce programme et les lourds travaux qui l’accompagnaient commencent.

De nombreux CA ont, dans un premier temps, refusé de donner cet aval, ce qui prouve bien que les enseignants manifestaient beaucoup d’hésitations et de réticences. Finalement l’ensemble des collèges ont fini par accepter ce programme. Lors des refus, les principales raisons évoquées ont été :

- La crainte de vols ou d’agressions et la peur des conséquences pour les parents en cas de casse. Alors qu’en fait, ces portables ne peuvent être volés puisqu’ils sont protégés par une puce (résultat seulement 2% de vol) et que la convention tripartite (parents, collège, Conseil Général) qui accompagne le prêt de l’ordinateur garantit une responsabilité minimale pour les parents (responsabilité uniquement en cas de dégradations volontaires).

- Les problèmes de surcharge des cartables, problème réel et qui persiste même si des casiers sont à disposition des élèves dans les établissements, car ils doivent quand même les porter sur leur trajet pour venir au collège.

- La crainte de problèmes de gestion : comment gérer la surveillance, comment gérer l’utilisation des portables dans les cours de récréation, comment gérer le risque de circulation et de visualisation de fichiers piratés, malsains ou malveillants (car même si ces ordinateurs sont équipés d’un filtre Internet, rien n’interdit à un élève de récupérer ce type de fichier sur une clé, de le visualiser au milieu de la cour de récréation et ensuite de le diffuser), comment gérer les problèmes de batterie (autonomie), de défaillance du matériel (soft ou hard) ?...

- L’opposition à cause du coût de l’opération, au regard de l’efficacité imaginée (propositions de dispositifs alternatifs).

- L’opposition de principe.

Du côté des élèves, par contre, l’accueil a été généralement très enthousiaste, même s’il est arrivé que des élèves, très minoritaires, refusent de prendre leur portable ou que suite à un rappel à l’ordre pour une mauvaise utilisation, ils le rendent par provocation.

L’utilisation en cours de mathématiques

Les portables se sont intégrés facilement dans les cours de mathématiques comme en témoigne l’augmentation nette dans notre Académie, depuis 2003, du nombre de publications d’activités de mathématiques pouvant être utilisées avec les portables.

Le principal intérêt de l’utilisation des portables par rapport à l’utilisation des traditionnelles salles d’informatique, réside dans la possibilité de faire des cours en classe entière, où tous les élèves travaillent seuls sur un poste. Ce qui améliore fortement l’autonomie et la prise d’initiative des élèves et permet d’éviter les problèmes que l’on rencontre fréquemment en binôme : conflits, démotivation, relation dominant actif - dominé passif...

Par ailleurs cela permet d’individualiser plus facilement les parcours des élèves et donc de mieux traiter l’hétérogénéité des classes, en particulier en ZEP.

Les principales modalité d’utilisation des portables ont été :

Dans le cadre d’une séance de remédiation ou pour une séance d’exercices

L’utilisation des ressources suivantes : Mathenpoche et Mathenpoche Réseau avec tous les modules complémentaires (TeP, IeP, CeP, calcul mental), 123-Maths, AMI Collège, WIMS, sites persos (Mathou le matheu...) diverses ressources personnelles disponibles sur le Web et téléchargeables (classeur avec macro...) et l’Atelier d’algèbre.

La plus-value pédagogique :
- Plus de motivation
- Plus d’autonomie
- Parcours et suivi plus individualisé des élèves

Pour aborder une notion de cours (activité)

Utilisation des même ressources avec en plus Déclic 32, Géoplanw, Géospacw, Aplusix et des ressources en ligne proposées par le KNS, le CNE, DATAPASS, MAXICOURS...

La plus-value pédagogique :

- Plus de motivation
- Plus d’attention
- Plus d’autonomie
- Meilleure compréhension des situations
- Meilleure visualisation des figures et de leurs propriétés
- Plus de situations de recherche, permettant de faire de nombreux tests
- Réduction des facteurs limitant (l’élève ne salit pas son cahier, pas de problème d’utilisation des outils de construction...)

Usages des portables pour travailler le calcul mental

Utilisation de Mathenpoche Réseau, AMI collège, WIMS et des outils personnels (diaporamas, classeurs avec macro...).

Ces outils sont très pertinents pour travailler et évaluer le calcul mental sur un support plus ludique et motivant que le papier.

Les ordinateurs portables ont permis de faire travailler un élève par poste y compris en classe entière ce qui n’était pas réalisable dans les salles d’informatique et de régulariser le travail du calcul mental.

Par ailleurs, ils ont permis aux élèves de s’entraîner en autonomie.

La plus-value pédagogique :
- Travail et évaluation individuels du calcul mental sur un support différent
- Plus de motivation
- Plus d’autonomie

Cependant, l’intégration des portables dans les classes de mathématiques a fait émerger quelques difficultés, dans la gestion de classe et dans le geste professionnel :

- Tout d’abord, l’utilisation des portables s’est avérée « chronophage » pour la préparation de l’enseignant et pour le déroulement des séances (manque de maîtrise des élèves, défaillances techniques...). Toutefois, c’est de moins en moins le cas, lorsque cette utilisation est régulière (meilleure adaptation des élèves sur le plan organisationnel et technique et meilleure maîtrise des supports par l’enseignant).
Donc d’un point de vue « écologique » (au sens premier du terme), les enseignants ont considéré que l’usage des portables était pédagogiquement rentable et pertinent, lorsque la plus-value pédagogique était supérieure à la perte de temps. Ainsi, beaucoup d’enseignants ont entrepris un travail didactique approfondi sur les activités à proposer avec les portables puis ont mutualisé leur travail et leur expérience dans le cadre de groupes de réflexion, de proximité ou de formation.
- Ensuite, l’utilisation des portables en cours pose un problème de surveillance, car de son bureau, l’enseignant ne peut pas voir les écrans des élèves, contrairement à une situation en salle d’informatique.

Les solutions techniques qui pourraient permettre la surveillance depuis le poste prof du type VNC ne sont pas adaptables sur les portables (problème d’adressage dynamique).

Il a donc fallu que les enseignants s’adaptent en faisant le deuil du dispositif frontal classique au profit d’un dispositif où ils restent quasiment tout le cours dans les rangs.

Dès lors, l’utilisation d’un vidéo projecteur s’est avérée quasiment indispensable pour que les élèves puissent montrer eux-mêmes les manipulations de mise au travail (ouverture d’un logiciel, d’un fichier, téléchargement d’une ressource...) et pour qu’ils présentent eux-mêmes leurs résultats et leurs démarches.

Enfin, on a rapidement constaté que la généralisation de l’utilisation des portables nécessitait des formations diverses (en IUFM), un accompagnement au quotidien des enseignants (pris généralement en charge par les Comités de pilotage TICE des établissements (co-préparations, co-interventions...)) et enfin des outils de mutualisation de ressources (site Web académique disciplinaires...) permettant aux enseignants de trouver des exemples d’activités.

Les faiblesses du programme

Les limites et les points faibles des ordinateurs portables :

- L’autonomie : 2h30 à l’origine mais avec l’usure rapide des batteries, après un an et demi, on a rapidement atteint 30 min d’autonomie (pour y remédier un volant de batteries de rechange a été prévu pour cette année) ;
- Les problèmes hardware de plus en plus fréquents avec le vieillissement du parc (d’où la difficulté de gestion des classes lorsque des élèves ont un portable en réparation) ;
- La procédure permettant d’installer de nouveaux logiciels, cela ne peut être fait que par l’ATI avec une procédure de télé-déploiement (« Xordinal3 ») complexe et trop lourde pour un réseau WIFI. De plus, l’ATI n’est pas toujours très disponible, ce qui retarde ou limite les installations de logiciels.

Heureusement, pour certains logiciels, on peut se passer de cette procédure et donc de l’ATI en passant par les modules « Travaux » ou « Devoirs » qui permettent de distribuer des fichiers ou dossiers (cela marche pour des logiciels comme Geoplanw, Geospacw et Trace-en-Poche) ;

- L’offre logicielle limitée et peu modulable, qui a certes évoluée mais qui a encore beaucoup de lacunes :
- L’absence de logiciels libres et gratuits comme TeP, Geogebra, Geonext et l’atelier de géométrie 2D et 3D (donc absence complète de logiciel de géométrie 3D) ;
- Le choix bien peu pertinent de StarOffice comme suite bureautique alors qu’OpenOffice est gratuit et beaucoup plus performant avec les multiples modules complémentaires existants comme D-Maths (le master 06-07 contient encore la version 7 de StarOffice qui est basée sur le noyau 1.1.4 d’OpenOffice d’où l’impossibilité de lire les fichiers en .odt...)

Ainsi, la master 06-07 comprend :

- Des logiciels disciplinaires libres : Equation pour l’algèbre, Déclic 32 pour la géométrie, Europe et Seisgram 2K pour la géographie, Chemsk pour la chimie, Collatinus pour le latin, Audacity pour la musique ;
- Des DVD pédagogiques : Ozone et La machination de l’empereur ;
- Des logiciels plus transversaux : Une encyclopédie, NVU, Photofiltre, Movie Maker et StarOffice 7.

Les problèmes organisationnels :

- Le positionnement des casiers dans les établissements, leur utilisation et leur dégradation ;

- Le problème de la gestion des vidéo projecteurs ;

- Les problèmes de surveillance en classe mais aussi hors de la classe ;

- Le problème du contrôle des fichiers présents et visualisés sur les ordinateurs ;

- Le problème de surcharge des cartables ;

- Le problème des délais de livraison et de récupération (fin octobre pour une reprise des portables en mai) ;

- Le problème des parents ne sachant pas lire par rapport à la convention qu’ils doivent signer ;

Les demandes pour une utilisation plus pertinente des portables

Bien conscient des problèmes techniques rencontrés pendant ces trois premières années d’expérimentation, le Conseil Général a profité de la nécessité du renouvellement du parc pour modifier le dispositif l’année prochaine. Il fallait maintenir la possibilité pour les élèves d’avoir un ordinateur portable à la maison tout en garantissant aux enseignants de pouvoir faire des cours, en classe entière, avec pour chaque élève, un ordinateur fonctionnel et chargé.

Ainsi, à la rentrée 2007, un ordinateur portable sera donné à chaque collégien de 4e et 3e pour un usage éducatif à la maison (donc cet ordinateur ne sera pas apporté au collège). A l’issue de l’année scolaire, les élèves de 3e garderont cet ordinateur et de nouveaux portables seront distribués aux futurs élèves de 4e.

En même temps, des ordinateurs portables seront distribués aux collèges sous forme de classes mobiles (il s’agira probablement d’un chariot roulant pouvant circuler d’une salle à l’autre, comportant le nombre nécessaire de postes et, on l’espère, un vidéo projecteur) permettant une utilisation en classe simplifiée et utilisant toutes les fonctionnalités des réseaux mis en place dans les collèges.

Les collèges publics pourront également bénéficier d’une nouvelle aide à l’acquisition de matériels périphériques d’un montant maximum de 1500 € pour la mise en œuvre de projets pédagogiques fondés sur une utilisation de l’informatique.

Ce nouveau dispositif devrait permettre de résoudre une grande partie des problèmes décrits dans cet article (poids des cartables, usage et surveillance dans la cours, problèmes techniques divers...) et il répond donc en ce sens aux demandes des enseignants.

Par ailleurs, puisque les ordinateurs portables des classes mobiles ne sortiront pas du collège, on peut espérer qu’ils seront débridés concernant l’installation de nouveaux logiciels.

Pour autant, les enseignants espèrent fortement que le master de base des portables inclura OpenOffice version 2 avec tous les modules existants (OooTeP, D-Maths, C-Maths, module de cartes pour l’histoire et géographie...) et non StarOffice.

Enfin, concernant les formations, le PAF de notre Académie en propose beaucoup sur le thème de l’utilisation des portables et les enseignants sont particulièrement demandeurs de formations d’équipes dans leurs établissements, afin de travailler vraiment sur les outils dont ils disposent.

Mais par-dessus tout, les actions qui portent le plus leur fruit sont finalement des actions d’accompagnement au quotidien, où les enseignants peuvent se mettre dans le bain avec l’aide d’un collègue pour la préparation et/ou pour la mise en œuvre des activités.


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