Mathématice, intégration des Tice dans l'enseignement des mathématiques  
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Maths 2.0 et intégration de pratiques 2.0 dans l’enseignement des mathématiques
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Mis en ligne le 28 mai 2010, par Olivier Leguay

Cet article a été repris dans Repères-Irem n° 83

De la découverte de ce que l’on appelle communément le Web 2.0, constitué d’outils complémentaires très puissants, à l’usage pédagogique que l’on peut en faire, le chemin est jalonné de réflexions, d’ajustements et d’obstacles à franchir lorsque l’on se fixe des objectifs toujours plus ambitieux que les précédents. L’intégration de tels outils dans sa pratique professionnelle, qui ne se limite pas à leur seule utilisation en cours, devient naturelle dès lors que l’on peut trouver, organiser et produire du contenu au format numérique autour de sa discipline, que les freins techniques ont été résolus et que l’on a suffisamment présenté et motivé les élèves pour qu’un nombre suffisamment important se dirige de façon régulière vers les ressources qui sont mises à leur disposition. Il est même possible de les impliquer dans la création de contenus en ligne.

Le blog ou l’histoire d’une simple curiosité

Début 2006, les derniers cartons du déménagement n’étaient plus entreposés dans le salon et je disposais de plus de temps pour enfin comprendre le phénomène grandissant du moment : les blogs. Leur archétype était représenté par le blog de l’adolescent : le Skyblog. Ils illuminaient, flashaient, sur fond noir, rose ou bleu étoilé. Les images scintillaient et les montages photo envahissaient les billets. C’est d’ailleurs toujours un peu l’idée qui circule... Le blog et plus généralement le Web 2.0 serait un peu un monde adolescent, pré-adulte. La réalité est toute autre. Terence Tao publie très régulièrement des billets mathématiques sur son blog et le site/blog Images des mathématiques accepte les commentaires au dessous des siens. Le blog ne doit pas être associé à une classe d’âge, ni à un présupposé niveau d’érudition. C’est un support numérique de publication. La nature du contenu doit être associée au rédacteur et non au support.

C’est donc avec un guide pour débutant « Comment créer son blog ? » emprunté à la médiathèque que je rentrai chez moi, ce jour glacial d’hiver 2006. Je m’apprêtais à suivre scrupuleusement les explications pour m’apercevoir dès la première page que pour ouvrir un blog, il suffisait d’une adresse e-mail. Quelques secondes après l’affichage du formulaire d’inscription, les premières questions arrivaient déjà, presque prématurées : Quel nom donner à son adresse ? Quel titre donner au blog ? Et plus généralement quoi mettre dedans ? Qui allait me lire ? Quel commentaires allaient m’être laissés ? Écrire sur un blog ne relève-t-il pas de l’exhibition ? Que vais-je dire moi qui ne veux rien dire de personnel ? Est-ce que je dois utiliser un pseudo ou mon nom réel ? Alors j’ai commencé avec beaucoup de ces questions encore non résolues en tête, à publier quelques textes que j’avais écrits, mettre des couleurs, changer la taille des polices et répondre aux commentaires qui étaient loin d’être envahissants. En fait je n’avais presque aucun lecteur. J’ai ensuite découvert ce qui pour moi a été la première grande révolution de ma nouvelle écriture numérique : l’hyperlien. Il devenait possible d’attacher un contenu externe à un texte. Je me suis lancé à partir de ce moment dans la découverte des sites et documents concernant les mathématiques. Je suis devenu un expert de la recherche avec Google et de l’utilisation de méta-moteurs de recherches. Alimenter un blog devenait synonyme de parcourir la toile autour des mathématiques. Les éditions papier des fichiers PDF s’entassaient toujours plus nombreuses en attente de lecture, condition incontournable avant publication sur mon blog sous la forme d’un texte de présentation très court et d’un hyperlien. C’est ainsi que le Tag « PDF » du blog était très fortement sollicité à cette période. Mon blog était en fait un « blog-notes ». Courant 2007 j’ai compris comment embarquer une vidéo sur un blog. C’était si simple, il suffisait de copier le code HTML fourni, dans l’éditeur HTML du billet que l’on était en train d’écrire. Ce fut la deuxième révolution dans ce que je considérais déjà comme une nouvelle forme d’écriture. Il était possible de créer du contenu qui n’était pas simplement du texte. Le résultat était certes modeste : un titre et une vidéo mais j’avais publié un autre contenu que du texte. Parti de rien, le blog comptabilisait à cette époque 2000 visiteurs uniques par mois pour un total de 16000 pages lues. Je trouvais cela impressionnant.

Un succès en appelant un autre, je me suis fixé comme objectif de devenir le maître de mon blog. C’était à lui de s’adapter à ce que je voulais publier. Il a fallu que je débute en compréhension de code HTML, comment faire un lien sur une image, comment faire défiler un texte.... Je me suis dit qu’aucune contrainte ne devait m’arrêter. Je m’aperçus rapidement qu’il pouvait exister des incompatibilités, des contraintes techniques liées à la plateforme. Alors j’ai créé d’autres blogs pour comparer. Et l’idée m’est venue de tourner ces créations-essais vers mes élèves. Des blogs que j’ai dénommés professionnels sont nés en même temps qu’un autre problème majeur : la prise en compte du lecteur. En effet je me posais souvent la question du « Quoi ? » Mais en fait la question du « A qui ? » était bien plus importante. Des idées me venaient. Blog cahier de texte, blog compléments de cours, blog de liens, blog pour communiquer... et la question du lecteur était toujours plus prégnante, comme renvoyée implicitement par les élèves curieux et des lecteurs anonymes bien disposés mais qui ne l’étaient pas nécessairement suffisamment pour compenser les écarts entre leurs attentes et mes publications. Cette question du lecteur, du public qui lit le blog, de l’anonyme qui vient pour chercher une information ou de la cible vers laquelle on se tourne pour écrire n’a ensuite cessé de m’interpeller jusqu’à essayer de comprendre en profondeur ce qu’était la vulgarisation, ce que pouvait être un contenu dynamique destiné à mes élèves. De quoi je parle ? A qui je parle ? Il n’y avait plus une obligation de rencontre entre mes propos et leur destinataire car hors la classe, la démarche de l’élève est facultative, l’institution n’est plus là, et derrière l’écran, les lecteurs sont libres. Je publiais du contenu mais c’était à moi de convaincre de son intérêt et non au lecteur de le trouver. Au travers de la publication en ligne, un renversement s’était opéré. Je prenais conscience qu’en ligne, la réputation et l’autorité se côtoyaient de près. Si cette dernière est incontournable, elle ne suffit plus comme unique argument pour attirer le lecteur.

Je cherchais, depuis ma prise de conscience qu’un blog supportait plus que des caractères d’imprimerie, à publier des documents sous formes diverses. En juin 2008, j’affichais sur mon blog des PDF dans des fenêtres SCRIBD. C’est à cette date qu’apparaissaient le Site Bibnum et le blog associé utilisant justement ce type affichage. J’ai été en quête jusqu’à aujourd’hui d’embarquer toujours plus d’applets, de formes de documents et de types de contenus sur un blog, comme par exemple des sondages, des présentations, des symboles mathématiques, des animations Geogebra.

Je m’apercevais en fait que la publication en ligne devait mener plusieurs fronts simultanément : la définition du contenu, le public visé et la résolution des problèmes techniques. Pour le premier j’ai décidé de fixer une ligne éditoriale aux Inclassables Mathématiques. On y trouvera surtout des mathématiques en lien avec d’autres domaines même s’il était possible de m’en éloigner quelque fois. La question du public visé m’a fait séparer clairement les genres. Les Inclassables Mathématiques ne seraient pas tournés vers mes élèves, mais plutôt vers le grand public et les collègues. De même, j’ai pensé utile de mettre en place un code couleurs permettant d’informer par avance de la technicité de l’hyperlien. Des couleurs ont été affectées au public visé par l’hyperlien. En 2009, je réfléchissais sur ce point en citant un billet de Jean-Pierre Kahane. Le blog était aussi un espace d’expériences et de réflexion à voix haute. Je pensais aussi à la création d’objets numériques pour mes élèves. Cela donna naissance à L’univers Netvibes « Les maths au lycée » qui reçu un très bon accueil auprès d’eux et que j’utilise aussi beaucoup de façon personnelle.

En parallèle de ces réflexions, je constitue dès Janvier 2007 des Actualités Mathématiques, en agrégeant les flux RSS de sources disponibles nationales et étrangères. Il est maintenant plus simple d’avoir accès à de type d’informations, de les agréger de façon personnelle avec Google Reader par exemple ou de suivre des flux constitués comme une liste de partage, un fil twitter ou plus simplement les actualités Google répondant au mot clé de son choix.

Loin d’être linéaire, le cheminement numérique que j’ai effectué de façon bien solitaire, trop à mon goût d’ailleurs pour qu’une telle initiative puisse se généraliser sans formation ni incitation, a oscillé entre les phases de gestation et de production, de résolution des problèmes techniques et de création.

Aujourd’hui les Inclassables Mathématiques comptent plus de 700 visiteurs uniques jour et 75 000 pages du blog sont lues mensuellement. Ils sont aussi une source personnelle et privilégiée pour enrichir mon enseignement, et créer des contenus numériques de façon efficace pour mes élèves.

Au moins dix bonnes raisons de créer un blog lorsque l’on est enseignant

Il faut principalement voir le blog comme un moyen de communication très performant. La parole s’envole dans l’instant et le livre est figé. Le blog est un entre-deux qui permet de déposer un écrit, et même des objets plus complexes et animés ( sons, vidéos, diaporamas, applications, hyperliens) et de les partager. Il dispose aussi de la possibilité d’y déposer des commentaires et d’y répondre. Le blog est donc un outil médian de communication entre un stock figé et un flux continu d’informations. En ce sens il peut s’intégrer dans une démarche pédagogique à condition d’en avoir cerné clairement les avantages et les limites. Le blog est avant tout un espace personnel, on le construit donc à son image même si on le destine à un but professionnel. Il est faux de penser que dès l’écriture de la première note des milliers de personnes vont s’y ruer et que les commentaires vont affluer. La réalité serait plutôt à l’opposé. Il est très difficile d’être visible et lu par le public que l’on cible. Cependant toute note déposée sur un blog peut être consultée n’importe où dans le monde entier ( ou presque ) et n’importe quand. Cela rend cet outil numérique d’une puissance remarquable. Afin de mieux comprendre ce qu’est réellement un blog et quel usage peut en être fait dans le domaine éducatif, j’ai réalisé ce petit top 10 des raisons principales pour lesquelles on peut faire un blog dans l’enseignement.

    1. Le blog est un porte-documents numérique personnel et partagé

      A force de se déplacer sur le Web, on découvre des sites que l’on aimerait faire partager. Un titre, une adresse de page, une image ou une vidéo glanée sur le web avec un petit commentaire, c’est déjà bien plus qu’il n’en faut pour faire une note. Un livre lu qui a plu c’est une note, un livre qui a déplu en est une autre. Il est possible de comparer, de mettre en relief, de parler de l’actualité, de partager une ressource. On peut donc voir le blog comme un carnet de route de ses promenades numériques, un moment d’arrêt de la pensée que l’on fige et que l’on aura plaisir à retrouver un peu plus tard car chaque blog possède son propre moteur de recherche interne. S’il ne s’agissait aujourd’hui que de trier des papiers et de lire des livres, on pourrait se contenter de la bibliothèque du salon et de quelques dossiers suspendus. Malheureusement, avec l’entrée massive du format numérique, tout ne se prête pas à la mise en bibliothèque ou en dossier. Voici par exemple un applet Java qui peut être très utile dans l’enseignement des mathématiques et qui ne rentre pas dans ma bibliothèque et ne peut pas être photocopié. Si l’on veut conserver un lien assorti d’un commentaire, de quelques explications, le partager, le présenter à un public scolaire, seule la note d’un blog peut répondre à ce besoin. Le blog permet aussi de mettre des documents en ligne pour les élèves ( par exemple la correction d’un sujet ), avec un simple hyperlien, comme nous l’avons vu précédemment en passant par un site externe comme Scribd ou bien en embarquant une animation comme il est possible de le faire avec Geogebra.

    2. La rédaction d’un blog permet d’accroître et d’actualiser ses connaissances personnelles

      Pour alimenter un blog, il faut de la matière et bien souvent les recherches sont fructueuses. On ne trouve pas toujours ce que l’on cherche mais on trouve souvent des documents très intéressants. Se documenter sur le web peut nous amener à lire beaucoup... En fait le blog est un ogre qui ne demande qu’à être nourri et pour cela il lui faut de la matière première. Il n’y a pas le choix, soit elle est entièrement créée et de cette création nait un enrichissement personnel, ou alors elle vient de l’extérieur et cela a demandé de parcourir presque intégralement un site ou un fichier. Dans chacun des deux cas, un processus actif a été mis en jeu.

    3. Le blog permet de communiquer

      Que ce soit avec ses pairs, ses élèves ou avec des rencontres imprévues, le blog permet d’entrer en communication. J’ai découvert Henk par hasard, nous avons échangé quelques mails sur son travail d’artiste et de mathématicien. Pendant 20 ans il est venu en vacances dans ma commune de naissance alors qu’il habite en Hollande. Seul Internet permet une telle rencontre. J’ai rencontré Stella Baruk sur mon blog avant de la voir en conférence. Les commentaires en bas des notes permettent des échanges intéressants avec les collègues.

    4. Le blog : un support adapté pour mettre en forme plus facilement la complexité

      L’univers du web est très complexe et il est possible de mettre en forme différemment les connaissances. Le blog est le moyen le plus efficace pour présenter des contenus complexes. Les cartes heuristiques sont un bon exemple de cette mise en forme de la complexité. On peut en consulter en ligne ou les exporter en format PDF. Beaucoup de notes sont étiquetées avec des tags. On les représente souvent dans un nuage où la dimension de chacun des mots utilisés est liée à la fréquence d’utilisation. Voilà le nuage de tags des Inclassables Mathématiques qui montre la diversité des sujets abordés.

    5. Le blog permet de transporter la communication et l’information en dehors du lieu et du temps de la classe

      Le temps manque souvent en classe alors qu’on aimerait préciser un point particulier. Au détour d’une remarque imprévue, le débat s’est ouvert dans une nouvelle direction que l’on n’a pas le temps de traiter. Parfois les données dont on dispose sur place sont insuffisantes pour répondre à la question. Le blog peut servir de complément de cours. Il est consultable en dehors du temps et de l’espace scolaire. On peut ainsi délocaliser l’information, informer sans présence physique. On peut "distribuer" un document au domicile de l’élève. Il permet aussi de communiquer en dehors du cadre strict du temps de la classe, ce qui modifie la vision que l’on peut avoir de certains élèves et celle qu’ils peuvent avoir de l’enseignant.

    6. Le blog permet d’enrichir sa pratique professionnelle et d’y réfléchir de façon nouvelle

      Introduire un discours autour d’un blog créé par l’enseignant dans la classe demande réflexion et maturation. Cela ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Il faut mettre en place les conditions favorables pour présenter "la chose" à la classe, l’objectif que l’on tente de poursuivre, le bénéfice que les élèves peuvent en tirer et ce que l’on attend d’eux. Et comme la théorie ça ne marche pas tellement en pratique et que la pratique a bien du mal à s’expliquer par la théorie, il faut piloter à vue au début. Cependant, de nouvelles questions vont naitre. Le discours va s’infléchir petit à petit, à la marge au début, jusqu’à ce que le blog de l’enseignant devienne naturel et face partie intégrante de son environnement pédagogique. Il faut rester humble, se fixer et fixer aux élèves de petits objectifs. Personnellement, je n’ai jamais imposé quoique ce soit à tous les élèves et cet outil reste à la disposition de ceux qui veulent l’utiliser. Une chose est sûre, plus l’élève y trouvera un bénéfice personnel, plus sa curiosité sera éveillée, plus il sera tenter d’y aller. La mise en ligne d’une correction de devoir ne rencontrera qu’un succès peut-être limité dirigé vers les élèves les plus sérieux alors que la rédaction d’une note donnant quelques indices et des méthodes pour la prochaine interrogation aura toutes les chances d’attirer un plus grand nombre d’élèves, tout comme pourra l’être un billet traitant d’un sujet appétissant ( la famille Rubik, un paradoxe, une belle animation...)

    7. Le blog est un élément majeur de la présence en ligne

      Les jeunes passent un temps considérable en ligne, à tel point que naviguer dans l’espace numérique leur est tout à fait naturel du moins en ce qui concerne la communication entre pairs. La compréhension de cet espace associé à l’identité personnelle et collective me paraît importante à connaître lorsque l’on est enseignant, même si l’on souhaite garder ses distances avec les élèves.
      Cette connaissance entraine la maîtrise de son identité numérique. Tous les jeunes ou presque ont un profil Facebook, une adresse MSN, certains, possèdent un blog. En mars, la fréquentation de Facebook a été supérieure aux États-Unis à celle de Google. Les jeunes disposent d’une identité numérique qu’ils se sont façonné depuis un âge très précoce. Un changement de personnalité et c’est un changement de blog. Un message à faire passer et c’est Facebook qui est sollicité. Cette "deuxième" identité fait partie intégrante de leur vie. Ils ne sont pas virtuellement ce qu’ils sont numériquement. Ils existent réellement et numériquement, même si cet espace possède ses propres règles et ces propres codes nécessairement différents de ceux de la classe et de la vie physique. La non-présence en ligne de l’enseignant rend difficile de prendre conscience de cette nouvelle réalité qui n’a de virtuelle que le nom, tellement elle engage les individus qui s’y impliquent de nombreuses heures quotidiennement. L’identité numérique, la présence en ligne ne peut plus être séparée de l’identité globale, du comportement social

    8. Faire un blog développe la créativité

      Comme nous l’avons vu précédemment, les jeunes sont très présents dans l’univers des blogs et des messageries instantanées. Leur créativité est énormément stimulée dans cet environnement dynamique. S’il est naturel que l’enseignant prenne de la distance par rapport à cette fougue et à cette énergie qui doit être canalisée, l’usage de ces mêmes outils lui apportera un accroissement de sa créativité. Différents aspects du partage de connaissances et de l’information apparaitront. La vision de l’image et du son, de son couplage avec le texte se trouvera modifié. Les formats de présentation seront étendus à d’autres standards inconnus jusque là. La communication ne sera plus nécessairement vue comme verticale descendante ou seulement orchestrée par l’enseignant. Ce qui était tu par manque de temps peut devenir visible. La recherche de contenu sollicite la créativité et l’imagination en continu. L’introduction en cours des Tices peut se faire d’autant plus facilement que cet environnement est déjà connu en dehors de la classe. Ils trouvent plus naturellement leur place et l’anxiété devant "la panne", la méconnaissance technique est d’autant plus faible que l’on connait déjà l’univers numérique.

    9. Faire un blog augmente les compétences et les connaissances techniques

      Il est indéniable que le travail sur l’espace numérique est chronophage. Découvrir, vouloir faire des choses, copier ce que l’on a trouvé, se demander comment il est possible de faire tel ou tel "truc" que l’on a rencontré au hasard des promenades numériques peut parfois demander beaucoup d’essais avant de parvenir au résultat attendu. Il ne s’agit pas nécessairement d’apprendre en profondeur le HTML ou un autre langage, mais de comprendre le principe général. Les compétences ne vont pas tarder à s’accroître à mesure que l’on tente d’aller plus loin. Au départ bien sûr les ambitions seront limitées mais, petit à petit, on peut être amené à mettre en forme de façon de plus en plus exigeante, à se lancer dans des projets plus ambitieux qui feront appel à de nouvelles compétences techniques.

    10. Faire un blog augmente son sentiment d’efficacité personnelle et peut permettre de renforcer celle de ses élèves

      La gestion de classe prend parfois beaucoup de temps. Il peut être difficile d’adjoindre en plus de l’enseignement du contenu disciplinaire, des remarques permettant de favoriser la dynamique de classe, la motivation individuelle. Le blog peut être un relai efficace à condition d’y attirer les élèves. Je me suis aperçu qu’il me devenait plus facile de renvoyer les élèves vers le blog que de me lancer dans une explication vaporeuse. Le blog peut aussi être un support efficace à la remédiation, à l’aide à la préparation des interrogations et des devoirs sur table. C’est souvent à cette occasion que la fréquentation y est la plus importante. Les élèves et le professeur peuvent se trouver simultanément valorisés, l’un en trouvant une aide attendue et l’autre en y ayant répondu.

Aller plus loin avec le web 2.0

Si le blog est une maison que l’on construit brique après brique, les possibilités offertes par le Web 2.0 vont des fondations de la maison aux infrastructures de la ville, en passant par la décoration et l’ameublement. Classer, répertorier, sélectionner, transmettre, diffuser, créer, recevoir, trouver... sont des actions rendues possibles et favorisées par l’édifice Web 2.0. Au delà des fonctionnalités de surface, le Web 2.0 permet de traiter des contenus numériques complexes. Il est difficile de rendre compte des possibilités offertes tant leur utilisation est personnelle. Des sites qui peuvent sembler loin de l’enseignement vont s’avérer incontournables pour devenir la mémoire de notre navigation. Par exemple Flickr permet de stocker ses photos et celles des autres. Elles peuvent enrichir un cours ou un billet, à condition qu’elles soient libres de droits. Il est possible aussi de mémoriser des adresses de vidéo sur YouTube ou Dailymotion et d’une façon générale un site de Bookmarking tel que Delicious ou Diigo, qui permet en plus le sur-lignage et l’annotation des textes peuvent être utilisés pour conserver et retrouver ses liens de façon anonyme ou non. Des exemples sont disponibles sur ma carte de visite.

On peut penser, après une réflexion murie à utiliser twitter, ou à s’inscrire sur Facebook. Pour ma part j’y diffuse un contenu exclusivement mathématique. La règle de non-mélange des genres me paraît importante.

Je serai bien gêné si je ne disposais plus de mon compte Google et de toutes les fonctionnalités qui y sont associées : blogs, Google Reader, Google Documents. J’utilise plusieurs navigateurs qui possèdent chacun de fonctionnalités précises. Ils sont presque devenus des couteaux suisses pour épingler, retrouver et transmettre de la façon la plus efficace possible du contenu. Je ne vais pas égrainer ici tous les modules que j’utilise. Certains sont abandonnés d’autres découverts.

On découvre à l’usage des sites qui peuvent être utiles. Il existe de nombreux articles sur le thème « Web 2.0 et l’enseignement ». Beaucoup sont en anglais. Il n’est presque pas faux de dire qu’avec le Web 2.0, si l’on souhaite faire quelque chose c’est possible, le plus difficile étant cependant de trouver le site pour cela. On peut par exemple stocker des fichiers avec Boxnet, synchroniser des fichiers entre un portable et un PC avec DropBox, faire des animations avec Prezi. Il est possible de disposer d’un éditeur Latex en ligne (CodeCogs), d’écrire facilement des mathématiques dans un blog Google, de créer des cartes heuristiques et de les partager, de disposer d’un réseau fermé reconstituant ses classes (Edmodo), de publier, partager des documents, des pages de tableurs, de mettre des questionnaires en lignes et les résultats avec GoogleDocs qui possède même un éditeur Latex, avec la possibilité de les modifier à tout moment.

Après une pratique plus approfondie, on s’aperçoit que le blog devient plus un élément final qu’un objet initial. Le billet se révèle être la partie visible d’une démarche cachée, de recherches et de lectures, de processus de recherches, un lieu de synthèse de productions et de réflexions.

L’intégration du Web 2.0 dans les pratiques pédagogiques

Intégrer le Web 2.0 dans sa pratique quotidienne c’est pouvoir se dire qu’au moment souhaité, ce qui est présenté en classe peut être accessible en ligne et que la réciproque est aussi possible. Le Web 2.0 apporte de plus une dimension de partage avec tous. Je ne détaillerai pas ici la configuration minimum dont on doit disposer chez soi ( un ordinateur et une connexion Internet), dans l’établissement scolaire ( d’un ordinateur en classe, portable ou non et d’un système de vidéo-projection, la connexion Internet est un plus car elle permet de disposer de toutes ses ressources). Il n’est pas question de transposer l’intégralité du cours mais de se dire que l’on peut renvoyer sur un support numérique accessible un contenu et que l’on peut disposer en classe d’un contenu réalisé en ligne. Ce n’est pas toujours évident, mais la plupart du temps c’est possible moyennant quelques « aménagements ». A l’impossible nul n’est tenu et ce qui n’est pas exportable hors-ligne ne peut être consulté en classe sans connexion Internet.

Le quotidien de l’enseignant c’est... enseigner en classe et pour visualiser le processus d’intégration du Web 2.0, il peut être intéressant de partir de la classe et d’un cas concret. Prenons l’exemple de la présentation la fonction exponentielle en classe de Terminale ES en l’introduisant comme bijection réciproque de la fonction ln.

Je recherche les adresses que disponibles sur mes blogs et dans mes signets répondant au mot clé « exponentielle » mais je ne me fais pas trop d’illusions. La seule ressource utilisable déjà répertoriée est sur Diigo. C’est un fichier d’étude de fonction exponentielle avec la calculatrice. Je le garde en mémoire mais il ne me sera d’aucun usage pour le début du cours. La fonction exp sera présentée avec son approche graphique par chemin inverse en m’appuyant sur une activité du livre. Je vais rapidement créer une animation Geogebra. Elle sera projetée en classe au milieu de l’activité les élèves seront informés qu’ils pourront la retrouver sur le blog et en disposer en double cliquant sur le fichier. Je reste lucide sur le téléchargement du fichier en Terminale ES qui demande aussi celui du logiciel, mais je ne doute pas qu’une poignée de curieux se rendra bien sur le blog. Je décide aussi de préparer un billet permettant un entrainement sur le sujet.

Pour cela je pars à la recherche des ressources disponibles à partir de mon Univers Netvibes et je vais créer une petite animation avec Prezi. Auparavant je vais consulter la base Euler pour chercher s’il existe un générateur d’exercices correspondant à ma recherche. J’en trouve effectivement un. J’édite dix exercices en format PDF que je sauvegarde sur mon disque et que je transfère ensuite sur mon compte Scribd pour permettre la publication sur un blog. J’utilise pour cela le logiciel préconisé et je tague le fichier avec les mots clé « exponentielle » « exerciseur » afin de pouvoir retrouver facilement ce fichier. Je recopie avec un Ctrl+C puis Ctrl+V le titre de l’exerciseur dans le champ de la description du fichier. Voilà le résultat. J’embarque le tout dans un billet de blog dans les catégories Terminales ES, Terminales S ( ça peut toujours servir à quelques uns...). Je vais ensuite consulter mon Univers Netvibes pour commencer à constituer ma banque de liens. Voilà le résultat embarqué dans un billet de blog.

L’avantage est que l’on garde accès à tout moment à ces compositions, qu’elles peuvent être remaniées et même remplacées. Il est aussi possible de recopier le code autant de fois qu’on le souhaite et le transporter où bon nous semble (ou presque) comme je vais le faire ci-après :

Désolé, l'activité GeoGebra ne peut pas démarrer. Assurez-vous que Java 1.4.2 (ou version supérieure) est installée et activeée sur votre navigateur (Cliquez ici pour installer Java maintenant !)
Créé avec GeoGebra

Conclusion

Nous sommes loin d’avoir parcouru l’univers du Web 2.0 et des mathématiques. Élargissons quelque peu l’horizon. Hors de nos frontières, le Tag Delicious « Mathematics » est très utilisé (385 occurrences contre 16 « Mathématiques » à l’instant où j’écris cet article, la différence n’étant pas due au fait que les francophones utilisent un autre site de bookmarking). Des réseaux se créent concernant ce sujet : Mathematics 24x7. Des blogs anglophones sont aussi concernés par l’usage de ces nouvelles technologies et des mathématiques. Parmi de nombreux autres exemples : SquareCircleZ, WildAboutMaths. Nous disposons aussi de quelques blogs francophones régulièrement alimentés par des enseignants tels que le Blog d’ABC maths et le Blog-Notes du Coyote. On pourra remarquer l’exemple de « belles » notes mathématiques sur Le blog « Choux romanesco et intégrales curvilignes », sur The Dude Minds, et celles d’Arthur Charpentier de l’Université Rennes 1. La Société Mathématique de France vient de rénover son site en l’orientant vers le Web 2.0. Loin du cliché souvent véhiculé, l’univers du Web 2.0 est plus complexe qu’il n’y paraît et ne se résume pas à des adolescents qui font des blogs et échangent des propos sans importance sur MSN ou sur Facebook.

L’imagination est certainement le terreau de cet univers dans lequel nous ne sommes qu’aux balbutiements dans le transport et l’intégration de codes. Après plus de quatre ans de navigation sur la toile, force est de constater que les possibilités d’écriture, de fusion, de présentation sont de plus en plus nombreuses. Si l’intégration de l’applet Geogebra reste encore artisanale sur un blog, on peut dores et déjà facilement lier des calculs avec WolframAlpha. Je ne doute pas que les objets numériques vont encore se développer, se perfectionner et que l’embarquement des codes sera une priorité des prochaines années et tout particulièrement dans l’enseignement qui ne pourra pas rester témoin de cette évolution majeure des techniques de communication.


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