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Pour une autre évaluation des élèves !
Pour une certification juste et efficace !
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Mis en ligne le 12 décembre 2014, par Matthieu Brabant

J’invite la lectrice ou le lecteur à lire l’article de Stéphane Guyon avant de lire le mien : Pourquoi et comment évaluer par compétences ?. Cet article traite peu de mathématiques et peu de TICE, sa place dans MathémaTICE tient surtout du fait qu’il complète l’article de Stéphane Guyon.

Je suis enseignant de maths-sciences en lycée professionnel. La problématique de l’évaluation des élèves pose donc pour moi aussi la question de la certification de diplômes directement professionnels (par nature). L’enseignement professionnel a donc des pratiques qu’il conviendrait aussi d’observer.

L’évaluation par la notation

Je partage entièrement l’analyse de Stéphane Guyon sur la notation via les notes, je ne reviendrai donc pas sur son argumentation juste et poussée et serai bref sur cette partie.

A titre personnel, ma conclusion pourrait être la suppression pure et simple des "notes" comme mode de certification. J’aurai tendance à le penser car, comme le montre Stéphane Guyon, l’institution scolaire a fait de l’évaluation par les notes un mode d’organisation global.

Je vous invite à la lecture des commentaires en particulier en Post-Scriptum.

Deux oppositions importantes peuvent apparaître :

La première opposition est la moins complexe à travailler, elle vient des enseignant-e-s eux-mêmes. Ce n’est pas seulement par habitude ou parce que c’est pratique qu’ils et elles utilisent ce mode d’évaluation, c’est aussi parce qu’ils ou elles y trouvent leur compte dans leur travail avec les élèves. Encore une fois, je ne partage pas ce mode d’évaluation mais pourquoi pas, dans le cadre de sa liberté pédagogique, qui peut empêcher un-e- enseignant-e- de travailler avec des notes ? Personne, et c’est tant mieux. Ce dont je parle, c’est de la certification. Avons-nous vraiment besoin de notes allant de 0 à 20, en passant par 9,73 (une note donnée un jour à l’un de mes élèves par sa prof de lettres-histoire !) pour certifier un diplôme ? Les savoirs et savoir-faire doivent être certifiés comme acquis ou pas, un point c’est tout.

La deuxième opposition est bien plus complexe à travailler : tout le système éducatif est basé sur la notation, et en particulier les hiérarchies que fabrique l’Éducation Nationale mais également la certification des diplômes. Cela veut dire tout simplement que c’est toute l’architecture de l’Éducation Nationale qu’il faut repenser. De mon point de vue, engager une réforme de l’évaluation sans engager une réforme profonde de l’organisation de l’Éducation Nationale n’a pas de sens. Si la notation est ce système très efficace dans une école que l’on sait de plus en plus inégalitaire, c’est qu’elle correspond totalement à ce système.

Cela va de pair avec un système scolaire injuste, peu efficace et qui renforce les inégalités. De ce fait, c’est probablement toute l’institution scolaire qu’il faudrait revoir (mais c’est là un autre débat) et donc, de mon point de vue, faire de petits bricolages ne changerait pas les problèmes de fond.

L’évaluation dans la voie professionnelle

Dans la voie professionnelle, la validation des diplômes se fait via des référentiels de diplômes, référentiels qui pour la partie professionnelle sont des "référentiels d’activités professionnelles". Ces référentiels sont élaborés en Commissions Paritaires Consultatives où sont présent-e-s les représentant-e-s des salarié-e-s, les représentant-e-s du patronat, les représentant-e-s des personnels enseignant-e-s et les représentant-e-s de l’Éducation nationale (une réforme est en cours avec pour objectif de ne garder que les deux premières représentations, ce qui serait dommageable...). Les enseignant-e-s de la voie professionnelle ont donc depuis longtemps un mode de certification des diplômes et donc d’évaluation des élèves qui ne s’enferme pas dans la notation pure et simple. Ceci a été montré par une note du CEREQ :

Deux citations intéressantes de cette note (mais je vous invite à lire toute la note !) :

L’évaluation prolonge la formation dispensée et prend ainsi un tout autre sens. Plus que la performance, c’est la pertinence du chemin emprunté par le candidat pour parvenir au résultat qui est apprécié.

Les enseignants utilisent parfois des grilles modifiées faisant apparaître davantage les repères qu’ils se donnent pour l’évaluation. Une première modification consiste à substituer un barème là où figure, dans la grille officielle, un mode d’évaluation binaire (Acquis/Non Acquis). Cette façon d’évaluer est plus conforme à la nature de leurs repères : des démarches plutôt que des résultats. Ce faisant, le critères de réussite sont reformulés. Le plus souvent, les enseignants contournent la grille officielle. Dans celle-ci, la note est censée résulter de la somme des compétences notées comme acquises. Or les enseignants procèdent de manière inverse. Ils fixent ce qu’ils appellent une note au "forfait", en mobilisant leur propre grille, que celle-ci soit formalisée ou non, puis ils renseignent la grille officielle de sorte à obtenir cette note.

J’en arrive au maths-sciences.
Les diplômes du CAP et du Bac Pro sont certifiés exclusivement en Contrôle en Cours de Formation (CCF) en maths-sciences (et presque exclusivement pour l’ensemble des disciplines) pour les candidat-e-s initiaux sous statut scolaire ou pour les candidats initiaux des institutions agréées. L’enseignant-e- est à la fois évaluateur et certificateur. Il ne faut pas confondre CCF et contrôle continu. En maths-sciences, nous fonctionnons généralement avec deux évaluations certificatives par matière et par diplôme (sachant que pendant les 3 années du Bac Pro, les élèves doivent passer le DI, Diplôme Intermédiaire de niveau V, qui est le descendant du BEP et qui cherche encore sa place). Je n’entrerai pas sur le débat complexe (mais très important) sur les énormes problèmes d’organisation, de surcharge de travail et au bout du compte de remise en cause de la valeur des diplômes que posent les CCF tels qu’ils fonctionnent actuellement. Je vais en rester à un fond pédagogique en faisant le pari que nous pouvons trouver un autre fonctionnement pour éviter tous ces problèmes (qui sont très pesants pour les enseignant-e-s : lors du sondage organisé par le ministère auprès des PLP en fin d’année scolaire dernière, les enseignant-e-s de maths-sciences ont demandé massivement moins de CCF).

Afin d’évaluer nos élèves, nous disposons d’une grille nationale :

Ce document est intéressant car il montre un mode d’évaluation qui certes se base sur une note, mais qui pose d’emblée le caractère complexe de la note. Reste, oui, qu’à la fin, on donne une note. Voir en cela la note du CEREQ précitée.

L’évaluation et la certification par compétences dans la voie professionnelle

La grille nationale penche nettement vers une évaluation par compétences, sans pour autant que cela soit assumé réellement. Dans certaines académies, ceci est totalement assumé. Ainsi, dans l’académie de Versailles, il est proposé la grille suivante :

Ce document pose un certain nombre de problèmes. Je passe très vite sur l’espèce de magie qui fait passer l’évaluation par compétence via un petit tableur à en fait une évaluation par la note. Ce qui me pose surtout problème, c’est que pour certifier un diplôme professionnel, on utilise un mode d’évaluation qui n’est pas adapté à une certification. Pour le dire encore autrement, je peux me retrouver à valider la certification d’un élève qui n’aurait pas acquis en électricité certaines notions de base, ce qui pourrait poser problème à un futur électricien... Certes les notions que j’évalue ne sont pas les mêmes que celles évaluées par l’enseignant-e- à l’atelier mais certains principes de base (de sécurité par exemple) pourraient manquer et poser problème dans l’usage quotidien du métier.

J’en viens à la seule vraie opposition à l’article de Stéphane Guyon lorsqu’il parle des oppositions syndicales, voire politiques, à l’évaluation par compétences. Je partage l’idée que l’opposition ne peut pas se baser sur le fait qu’à cause de l’évaluation par compétences nous nous mettons à travailler en pluridisciplinarité, ce serait au contraire une bonne nouvelle. L’opposition n’est pas là : la notion de "compétence" n’est pas la même chose pour un-e- enseignent-e- de collège et pour un patron. Le MEDEF fait des "compétences" un outil très net de rétrécissement des savoirs et savoir-faire acquis dans l’enseignement professionnel (je conseille deux lectures : La notion de compétences : une notion centrale, mais qui reste encore un peu floue et A l’école des compétences). Le "capital humain", pour le patronat, doit être a minima afin d’être formaté dans l’entreprise. Le problème, c’est que réduire à quelques "compétences" de base ce qui est appris en lycée professionnel rend le/la futur-e- salarié-e- certes plus employable mais surtout ne lui donne pas les moyens de s’approprier réellement son travail.

Vers une autre évaluation : coopération pédagogique, formation et certification

Pour conclure (mais sans réellement conclure), quelques réflexions (ce n’est pas là que l’on va poser un nouveau système éducatif...). Ne peut-on pas imaginer une école où l’évaluation (formative) des élèves se ferait par les enseignant-e-s dans les écoles, collèges et lycées par une coopération pédagogique entre les enseignant-e-s selon le mode qui leur convient le mieux (par la notation, par les compétences, par tout ce qu’ils et elles pourraient inventer) et une certification des diplômes qui validerait tout simplement les savoirs et savoir-faire ? On peut l’imaginer, et on doit le faire !


ps

Certains collègues soulignent certaines fonctions à la notation. Je me permets de citer François Moussavou en commentaire de mon article et de celui de Stéphane Guyon :


- Une fonction de mesure. Cette fonction remplit mal son rôle et un point parmi d’autre, qui est souligné dans les deux textes, est que le système éducatif ne fonctionne même pas à partir de ces mesures imparfaites, mais à partir de moyennes de ces mesures, retranscrites de surcroit, avec une précision supérieure à celle des mesures elles mêmes !
- Une fonction de communication (avec les élèves, avec la classe, avec les familles, les équipes pédagogiques, les établissements etc.) Cette fonction est particulièrement reconnue en dehors et en dedans l’institution même si cette reconnaissance ne peut en rien légitimer cette pratique.
- Une fonction de classement. Historiquement, c’est sa fonction première et c’est sans doute celle qu’elle réalise le mieux. La question qui se pose alors et la suivante : quelle place pour le classement dans l’enseignement secondaire ? A ce sujet, on pourrait faire remarquer dans l’article de Matthieu que dans l’enseignement professionnel, il n’y a aucun enjeux de classement dans les classes de CAP puisque ce diplôme ne comporte pas de "mentions" mais qu’il y en a un fort en baccalauréat avec justement l’obtention de mentions dont certaines donnent, de droit, une place en STS pour une poursuite d’études.

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