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« Mon classeur numérique de mathématiques » : une véritable mine d’or !
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Jean-Yves Labouche, professeur de collège et de lycée, répond à une interview de MathémaTICE réalisée par Patrick Raffinat.

Les images figurant dans l’article sont cliquables, à commencer par celle-ci qui donne accès à son site web « Mon classeur numérique de mathématiques ».

Patrick Raffinat  : Bravo pour ton site web, dont une collègue que j’ai récemment interviewée m’a dit (plus tard) que c’était une « véritable mine d’or » ! Quand as-tu démarré et qu’y avait-il la première année sur ton site ? Quelles étaient tes intentions au départ ?

Jean-Yves Labouche : Avant toute chose, merci à l’équipe de MathémaTICE de me « recevoir » ici : c’est très flatteur, d’autant plus que j’ai beaucoup apprécié la lecture des interviews de mes collègues qui m’ont précédé dans cet exercice.

Pour revenir à la question, la première version de mon site date de Février 2015 alors que j’étais en poste à Seattle. C’était, précisément, lors d’une formation animée par Patrick Boissière à Los Angeles (le plaisir des formations AEFE !) sur l’usage des outils numériques. Je cite ici Patrick car, avec cette formation, il m’a énormément apporté, j’y reviendrai certainement plus tard. Il avait été question, entre autres, de la création de sites avec Google Sites. La facilité d’utilisation de cet outil m’a convaincu de m’y mettre.

À l’époque, je commençais à réaliser mes premières vidéos et j’y voyais la possibilité de les organiser facilement et efficacement. Au départ, il n’y avait donc qu’une trentaine de vidéos sur ce site et je n’imaginais pas du tout qu’il grandirait aussi vite et encore moins qu’il présenterait un jour le moindre intérêt pour mes collègues enseignants. Mon idée de départ, tout comme pour mes vidéos, était vraiment de créer un outil à destination de mes élèves.

Dans un article de l’académie de Poitiers qui résume les très nombreuses facettes de ton travail pédagogique (lien), on peut constater que tu as créé une chaîne YouTube avec plus de 400 vidéos. Quand a-t-elle démarré et comment complète-t-elle ton dispositif pédagogique ? Comment l’as-tu utilisée pendant le confinement ?

Mes premières vidéos n’étaient pas publiques : je les versais directement sur l’ENT de l’école. Ce n’est qu’une fois mon site créé, et pour pouvoir les y placer, que j’ai eu besoin de YouTube pour les héberger.

C’est lorsque j’enseignais à Seattle que j’ai créé mes premières vidéos, en 2013 ou 2014. J’avais alors dans mes classes quelques élèves américains qui avaient beaucoup de mal avec la langue française, qu’ils ne parlaient qu’à l’école. Je me suis vite rendu compte qu’ils avaient du mal à noter le cours sans erreurs et encore plus de mal à le restituer (le déclic, je m’en souviens clairement, a été la correction d’un exercice sur les propriétés des quadrilatères). J’avais besoin de leur proposer un support disponible en permanence, en complément du cours, qui leur permette de comprendre et mémoriser ces fameuses propriétés. Créer des vidéos m’a semblé être la meilleure solution, car elles permettent la lecture et l’écoute de la leçon. Les élèves et leurs familles ont apprécié ce qui m’a encouragé à poursuivre.

Puis, rapidement, je me suis intéressé à la classe inversée. Ces mêmes vidéos ont alors été utilisées pour noter le cours à la maison plutôt qu’en classe. Cela a totalement changé mes pratiques de classe en dégageant un temps précieux que j’ai pu consacrer à des activités plus intéressantes pour les élèves et pour moi. Nous y avons vite pris goût et, depuis, les vidéos me sont devenues absolument indispensables : mes feuilles de cours « à trous » (compilées dans un cahier de leçon distribué en début d’année) contiennent de nombreux QR-Codes qui renvoient vers les vidéos qui permettent de les remplir. Avant cette étape, la leçon est expliquée en classe et des exercices d’application ont déjà été traités.

À Taipei, nous avons eu la chance de ne pas avoir été confinés. Les établissements scolaires ont fermé durant deux périodes de trois semaines seulement. J’ai pu utiliser mes vidéos comme habituellement, mais je me suis vite rendu compte qu’elles étaient loin d’être suffisantes pour l’enseignement à distance. Comme beaucoup de collègues, j’ai réalisé en vitesse quelques vidéos avec mon smartphone : expliciter des consignes d’exercices, détailler un point du cours et tout ce que l’on peut faire d’autre en classe sans s’en rendre vraiment compte.

GeoGebra est une autre facette importante de ton travail. J’ai eu d’autant moins de mérite à m’en rendre compte que les deux collègues que je viens d’interviewer m’ont dit t’avoir consulté pour pouvoir créer des exercices GeoGebra autocorrectifs ! Peux-tu donner aux lecteurs une vue d’ensemble de ce qu’on trouve comme activités GeoGebra sur ton site ?

Là encore, tout a commencé lors de cette formation à Los Angeles : la création d’exerciseurs était au programme et j’ai tout de suite été persuadé de leur utilité. Je me suis rapidement mis à en créer pour les utiliser en classe : ils permettent de laisser travailler les élèves à leur rythme et en autonomie. Les élèves qui réussissent n’ont pas besoin de moi pour valider leur travail et, du coup, je suis plus disponible pour les autres. Il y en a déjà plus de 300 sur le site et j’en ajoute régulièrement de nouveaux, notamment ceux produits avec la commission Inter IREM TICE. La plupart de ces exercices sont des exercices de constructions géométriques, mais il y a aussi de plus en plus d’exercices de calculs (avec les racines carrées ou les pourcentages, par exemple, pour les secondes).

Parmi tous ces exercices, il y a une série qui me tient plus particulièrement à cœur, car elle s’intègre dans un projet (très simple) plus large de géométrie et de culture mathématique pour les jeunes collégiens : la construction de polygones réguliers. Les élèves ont à leur disposition une vidéo qui explique la construction qu’ils doivent réaliser, tout en écrivant son programme de construction. L’exerciseur leur permet de s’entraîner avant le passage à la construction aux instruments. La série commence par le triangle équilatéral et finit par le dodécagone au rythme d’une construction par semaine (en 6e ou en 5e). Je cite cette activité également pour montrer que l’on peut être convaincu de l’utilité des outils numériques, sans négliger pour autant le travail plus classique aux instruments et sur papier.

Et parmi les ajouts récents, il y a une série sur les fonctions affines pour des élèves de 3e : calcul, vocabulaire, lecture graphique ou construction de droite. La série est complète et couvre quasiment tous les savoir-faire attendus en fin de collège sur ce thème. Ce sont des séries de 10 exercices qui sont tous générés aléatoirement : il y a pour, les élèves, de quoi s’entraîner de façon intensive.

Pour Scratch, autre facette importante de ton travail, je vais commencer par une question… débranchée ! Pour quelles raisons as-tu créé des cartes Scratch autocorrectives ?

J’avais déjà créé une série de cartes autocorrectives que j’utilise avec mes élèves de 6e. Elles permettent un travail en autonomie et cette forme est assez ludique tout en demandant beaucoup de réflexion. La difficulté augmente progressivement et elles permettent aussi un travail en binôme (ce qui n’est pas simple pour les activités sur ordinateur où il y a toujours quelques élèves qui monopolisent la souris !).

Comme ça fonctionne bien en 6e, j’ai récemment créé une nouvelle série (Note la couleur !) pour le cycle 4. Je voulais couvrir le plus possible d’instructions (déplacements, instructions conditionnelles, boucles, variables…). Cela donne, au final, 120 cartes réparties en 6 thèmes et cela devrait permettre un travail durant tout le cycle 4. Dans l’idéal, j’aimerais prévoir des séances de travail d’environ 30 minutes (3 ou 4 séances par thème) en travaillant 2 thèmes par niveau. Si j’en trouve le temps, des activités « branchées » viendront se greffer à ce projet.

Tu sembles aimer cultiver le paradoxe du « Scratch débranché », puisque je vois aussi une rubrique « Escape Game sur Scratch et sans ordinateur » ! Je t’invite à développer ce thème…

Et ça peut paraître d’autant plus étonnant que je travaille dans un établissement où tous les élèves sont équipés d’un ordinateur portable et que je n’ai donc aucune difficulté d’accès aux outils informatiques.

S’affranchir de l’usage de l’ordinateur permet de se concentrer sur les algorithmes qui sont proposés à l’étude. Face à l’ordinateur, il y a toujours des élèves qui préfèrent (et je les comprends !) dessiner un nouveau lutin ou changer les couleurs de ceux existants, tracer des lignes couleur arc-en-ciel… il y a beaucoup de distractions possibles ! Il y a également ceux qui utilisent à l’excès la méthode essai-erreur (qui a des qualités indéniables par ailleurs) : pour tracer une figure, ils vont essayer un peu tout et n’importe quoi et finissent par y arriver sans avoir vraiment compris comment. Je caricature un peu et, bien sûr, ce n’est pas le cas de la majorité des élèves. Et ces élèves-là ne seront peut-être pas plus concentrés face à une feuille de papier.

Le travail de lecture de programmes sur papier permet aussi d’en favoriser une étude plus approfondie pour les comprendre. Cela demande beaucoup de rigueur et de méthodologie lorsque ces programmes deviennent complexes.

Ces activités « débranchées » sont donc un moyen de travailler l’algorithmique autrement mais, évidemment, ne se substituent pas au travail de programmation sur ordinateur qui reste central.

Les amateurs de Scratch seront ravis de savoir que tu proposes aussi des activités… avec ordinateur ! J’ai vu qu’il y avait notamment une rubrique « Coder un jeu avec Scratch », et je suppose qu’il y a également plein d’autres activités Scratch sur ton site…

Cette rubrique correspond à une série de vidéos que j’avais réalisées pour aider les élèves à se préparer à la Nuit du c0de qui est un concours de programmation sur Scratch dont j’assure l’organisation. Programmer des jeux est très motivant pour les élèves, car ils arrivent rapidement à des résultats dont ils sont fiers.

L’aspect ludique est à exploiter, mais ça ne doit pas être un but en soi : il faut leur montrer que programmer sert à résoudre des problèmes mathématiques et cela dès le collège. J’ai partagé une série d’activités pour le cycle 4 qui va dans ce sens et qui se rapproche de ce qu’ils feront au lycée : permuter des variables, ranger des nombres, travail avec la formule de Wallis, nombres palindromes, programmer la multiplication avec des additions, travailler avec des listes… On peut faire de la vraie programmation avec Scratch dès le collège et il ne faut pas s’en priver !

Plus simple, pour des 6e ou de 5e, il y a sur le site une série de 24 « Challenges de dessin » sur Scratch. Il s’agit pour les élèves de programmer les déplacements du lutin afin de reproduire une figure géométrique donnée en arrière-plan : leur tracé doit se superposer exactement sur celle-ci. Chaque exercice (en ligne ou en local grâce aux fichiers à télécharger) est accompagné d’une carte d’aide qui indique tous les blocs à utiliser au recto et la solution au verso. L’idée est ici que les élèves puissent travailler et progresser en autonomie.

Donc, oui, je propose aussi des activités de programmation, ça reste un élément absolument essentiel de l’apprentissage de l’algorithmique, pas question de s’en passer !

Tu dois être prof de collège puisque tu as notamment développé des rubriques Scratch et GeoGebra très fournies, mais il y a également pas mal de vidéos et d’exerciseurs pour le lycée : es-tu aussi prof de lycée ? Je te propose dans cette question de faire un tour d’horizon de ce qu’on trouve sur ton site à propos du lycée…

J’ai la chance d’enseigner au collège et au lycée, c’est un des avantages des établissements à l’étranger. Il est vrai que je propose beaucoup plus de ressources pour le collège et cela pour plusieurs raisons. D’abord parce que c’est par là que j’ai commencé et j’aime bien aller jusqu’au bout des projets : j’aimerais réussir à couvrir tous les programmes du collège en vidéos et en exerciseurs. Et puis la création de ressources pour le lycée me prend beaucoup plus de temps : que ce soient des vidéos ou des exerciseurs, cela demande très vite un travail énorme pour couvrir une séquence complète.

Du coup, le tour d’horizon de mes partages pour le lycée est assez rapide : toutes les démonstrations au programme de la seconde et de la spécialité mathématique en première sont présentées en vidéo. J’ai aussi quelques séquences complètes, notamment pour la seconde. Ce sont des ajouts relativement récents au site et que j’essaye de faire les plus complets possible : par exemple, la séquence sur les vecteurs en seconde comprend 24 vidéos et 30 exerciseurs, celle sur les suites en première a 22 vidéos… J’espère pouvoir en ajouter régulièrement.

Sur « Mon classeur numérique de mathématiques » qui est effectivement une « véritable mine d’or », on trouve encore d’autres rubriques très intéressantes pour le collège : fiches de calcul mental et automatismes en sixième, tâches complexes de la sixième à la troisième… As-tu des précisions à ajouter et des exemples que tu souhaites mettre en relief ?

Oui, ça fait un peu un bric-à-brac tout ça ! Les fiches de calcul mental pour la 6e sont même regroupées dans un cahier qui est disponible au téléchargement, prêt pour l’impression. Je l’ai réalisé et partagé l’an dernier, mais je n’ai fait que remettre en forme un travail que j’ai mis en place en plusieurs années dans ma classe. Il est loin d’être parfait, mais forme une bonne base de travail.

Pour les tâches complexes, beaucoup sont des traductions et adaptations des travaux de Dan Meyer qui m’avait aimablement autorisé à les faire et à les diffuser. Il y a également plusieurs projets de géométrie (dont le projet sur les polygones réguliers).

Parmi eux, le projet « Symetric M. Fox » que j’ai créé avec ma collègue de lettres lorsque j’étais en poste à Seattle a ma préférence. Il s’agit d’un projet interdisciplinaire lettres/maths pour des élèves de 6e. En mathématiques, il permet d’aborder la symétrie axiale en utilisant des images du film d’animation Fantastic Mr Fox du réalisateur Wes Anderson, qui utilise la symétrie (de façon abusive !) dans les plans de ses films. Les élèves en redemandent chaque année !

On voit également que tu as également une passion pour les puzzles, au collège (voir « espace enseignants collège » et au lycée (voir « espace enseignants lycée »)…

Une passion qui a tourné court ! Lorsque j’ai découvert le logiciel Tarsia, qui permet de faire ces puzzles très facilement, je me suis lancé et j’en ai fait pour toutes mes classes. C’est une approche assez intéressante : en une seule activité, les élèves vont réaliser un grand nombre de tâches répétitives (calcul numérique ou littéral pour la plupart).

Mais attention, les élèves comprennent vite le piège derrière la présentation ludique ! Je n’en utilise pas plus de deux par an et par classe, car les élèves se lassent vite et la mise en œuvre n’est pas forcément pratique (à un moment, il faut découper toutes les pièces du puzzle… ça prend bien trop de temps à mon goût). Ça reste un outil intéressant et efficace si on l’utilise avec modération.

Comme tu as encore plein d’autres choses intéressantes à raconter, j’espère que tu vas accepter la proposition que MathémaTICE te fait, à savoir proposer à nos lecteurs quelques articles quand tu en auras le temps… En effet, non seulement tu aimes faire partager tes trouvailles à tes élèves, mais tu aimes aussi aider tes collègues à enseigner : assistance GeoGebra, nombreux tutoriels (dont des tutoriels tableur), membre de la commission « Inter-IREM TICE »…

Je ne sais pas si le mot « aide » est le terme approprié. Disons que ma principale contribution provient de mes partages de ressources sur mon site : vidéos, exerciseurs, activités clés en main, tutoriels, feuilles de cours… Ces partages se font aussi sur le très dynamique et inspirant groupe Facebook « Le coin boulot des profs de mathématiques ». J’y partage toutes mes nouvelles ressources, y aide parfois des collègues qui ont des questions, mais j’y puise également beaucoup d’idées et de conseils. Un nouveau groupe « GeoGebra pour les profs de maths » promet d’être au moins tout aussi fructueux en termes d’échanges de pratiques et d’aides.

C’est par ce premier réseau qu’au moment du confinement, l’an dernier, plusieurs collègues m’ont demandé de l’aide et des conseils pour créer leurs propres exerciseurs. Et c’est pour répondre à ces demandes que j’ai mis en ligne un tutoriel expliquant comment réaliser de tels exercices avec GeoGebra. Mais il ne doit pas être si bien réussi que ça, car je suis, depuis, régulièrement sollicité par des collègues qui ont du mal à finaliser leur production. Je réponds volontiers à ces sollicitations si cela n’est pas trop chronophage.

En tant que membre de la commission Inter-IREM TICE, mon principal apport, jusqu’à présent, a été la création de séries thématiques d’exerciseurs, toujours avec GeoGebra. L’idée est de couvrir l’ensemble d’une séquence ou d’un thème. C’est un travail d’équipe, ce qui m’a permis de progresser considérablement dans ce domaine en bénéficiant des conseils et expertises des autres collègues membres de la commission. Mes récentes productions sont, d’ailleurs, de bien meilleure facture que celles que je faisais tout seul dans mon coin avant cela !

J’espère pouvoir continuer à alimenter le site de ressources utiles pour le plus grand nombre, sans perdre de vue ma cible principale : les élèves. Les vidéos et exerciseurs que je poste sont avant tout un moyen pour eux de travailler et de réviser en autonomie.


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