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Pierre Carrée : des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres)
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Mis en ligne le 4 mars 2021, par Claire Lommé

NDLR :

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A) Introduction

Je suis prof de maths depuis vingt-cinq ans, formatrice depuis presque aussi longtemps, et je partage ma passion de l’enseignement sur un blog. Pourquoi ? Parce que j’ai envie de communiquer : avec les élèves, les parents, les enseignants, tous ceux que l’éducation, l’enseignement et les maths intéressent). C’est même plus qu’une envie, c’est un besoin. J’aime tisser des liens, échanger, apprendre, comprendre, vivre des controverses qui font évoluer. Et comme le dit Dominique Bucheton, à plusieurs, on est plus intelligents.

J’ai enseigné en collège (dont des établissements ZEP), en lycée général (en zone sensible puis ECLAIR, avec une DNL maths-allemand), en lycée technique, en entreprise, à l’université, en IUT, en école de commerce, au GRETA, au CNED, à l’IUFM puis l’ESPE, à l’ESPE, en milieu hospitalier, en milieu carcéral. Je suis jury de CAPES. Tout ce qui se présente m’intéresse a priori.

Depuis dix ans je suis en poste au collège Jean de la Varende de Mont-Saint-Aignan, en Normandie, et j’y suis vraiment très bien. Je ne suis pas prête à quitter la classe, et j’y suis même complètement revenue après des années de décharge partielle pour former : en formation, je prends des risques, je goûte le déséquilibre programmé pour m’engager plus loin avec les collègues. En classe, je retrouve la stabilité, et je fais mon métier, celui que j’ai toujours voulu faire, aussi loin que je me souviens. Et au fil des années j’ai aménagé cette classe, cette grande salle qui est maintenant une partie de mon univers.

Cette année, j’exerce donc à temps plein au collège. Chaque semaine je vais, sur mon temps libre, dans des classes d’écoles (exemple). Là, j’expérimente, j’observe, j’apprends la continuité des apprentissages et le développement des élèves de tous âges. Et puis j’ai un paquet de projets…

B) Mes enseignements au collège

Si je devais décrire mes enseignements en trois points (pourquoi trois ? Pour me contenir un peu. Quand on me lance sur le boulot, je suis pipelette), lesquels choisirais-je ?

Une programmation par projets

Je ne travaille pas par chapitre. Le cahier de leçons est organisé a priori, avec un sommaire. Les pages en sont numérotées et nous le complèterons au fil de l’année, pas de façon linéaire. Nous allons avancer ensemble, de découvertes en découvertes. Objectifs : comprendre à quoi servent les maths (en pratique et conceptuellement), vivre les mathématiques, passer une année à apprendre avec plaisir, avec passion.

Pour cela, nous progressons par tâche : une activité (une photo à analyser, une vidéo des Dudu (voir vidéo 1 et vidéo 2), une analyse d’erreurs, de l’histoire des maths (voir lien 1 et lien 2), une manipulation) … et c’est parti. Les élèves s’engagent dans la recherche, et puis ça coince.

Ca coince parce qu’il leur manque un savoir ou une compétence. Alors nous la construisons ou je la leur transmets, et nous reprenons notre résolution. Cela nous amène à découvrir, sur une même situation, des nouveautés en nombres et calculs, en géométrie, en grandeurs et mesures, en organisation et gestion de données. Peu importe : ensuite, au travers du cahier de leçons et d’exercices d’entraînement, nous catégoriserons tout cela. Mais pour le moment, nous faisons des maths. Pour comprendre, résoudre, grandir.

Évidemment, le résultat est une progression-napperon (voir 6ième-5ième et 4ième) : c’est de la dentelle et j’ai mis du temps à la confectionner. Il faut qu’elle couvre tout le programme, avec des réactivations, des portes ouvertes pour plus tard…

Maths et jeux de rôles

Mon objectif est de tout miser sur la progression, sur les compétences et les savoirs acquis. Cette idée de développer son « personnage mathématique » me plaît car elle motive les élèves et en même temps leur permet de savoir où ils en sont, de façon fine, tout en ayant une référence collective, mais en se focalisant avant tout sur leur progression par rapport à eux-mêmes.

L’aspect ludique n’est pas mon objectif premier. Au départ, c’est vraiment l’idée d’expérience qui m’a donné envie de procéder ainsi. Et comme je suis rôliste, c’est dans ma culture. Le message que j’envoie n’est pas « on va s’amuser les enfants ». Ce serait plutôt « On va apprendre, beaucoup, et travailler dur. Mais en y prenant du plaisir ».

Les élèves incarnent un personnage mathématique. Ce n’est que de l’habillage, une façon de « ludifier » la classe et d’instiller de la fantaisie. En début d’année, chaque élève choisit sa feuille de perso. Une année j’avais fait zombie, une autre pokémons, une autre mathématiciens. Depuis 2018, mes enfants les ont réalisées sur la base des super-héros Marvel. Du coup il y a du choix, avec plus de 100 personnages.

Au recto de la feuille de perso, l’élève va inscrire, au fil de l’année, ses XP (points d’expérience), obtenus en fonction de son travail et du développement de ses compétences mathématiques. L’élève les cumule, et note la date et le total. Son niveau est donné par le chiffre des milliers de son total d’XP. Si il a 4 985 XP, il est niveau 4. Il entoure son niveau dans l’encadré correspondant. A chaque niveau, l’élève reçoit (virtuellement) un pouvoir. Il le stocke dans son sac à dos, et l’utilisera le jour de son choix, une seule fois.

Ces pouvoirs lui allouent des avantages, précieux pour lui, peu coûteux pour moi. Lorsqu’un élève a utilisé un pouvoir, il le note et moi aussi. Les XP ont deux rôles supplémentaires : visualiser sa propre progression et se positionner facilement par rapport à un objectif personnalisé que je fixe à chacun. Et tout effort mathématique mérite XP. Les évaluations peuvent être différenciées, soit au choix de l’élève, soit parce que j’ai décidé qu’il en serait ainsi. Dans ce cas, le maximum d’XP attribué à une version peut varier par rapport à une autre version. Mais j’essaie de faire en sorte que chacun ait toutes les chances possibles pour montrer ce qu’il sait faire et ce qu’il a appris.

Le but est d’atteindre le niveau le plus haut possible. Je pratique ce système depuis plusieurs années maintenant, et ça marche bien : les élèves en difficulté sont motivés par le fait que le système est cumulatif. Lorsqu’ils ne réussissent pas une évaluation aussi bien qu’ils l’auraient souhaité, ils avancent juste moins vite, mais il n’y a pas l’effet moyenne, qui « descend » leur note globale. Quant aux élèves en réussite, ils carburent à fond pour atteindre un niveau qui leur convient.

Et que ça swingue !

Pour que tout cela tienne debout, j’y vais à fond dans l’animation et l’énergie.

Il y a les clubs (maths et jeux, maths et art, maths et littérature, maths et programmation), les récré où les élèves restent dans ma classe pour lire au coin lecture, jouer, bricoler côté atelier bricolo, discuter.

Il y a les heures de perm, qu’ils peuvent passer au fond de cette grande salle.

Il y a ces échanges permanents, qui nous mènent à de nouveaux projets : une vidéo sur l’arithmétique, une production à partir d’un site américain, la réalisation de la table de programmation par les élèves, l’implication des enfants dans des décisions, des choix d’activité, des analyses didactiques lorsque j’expérimente.

Un élève m’a dit récemment : « faire des maths ensemble, ça me rend heureux ». S’il savait comme il m’a touchée, comme cela résume ce que je voudrais atteindre !

C) Mes activités de formatrice

Côté formation, j’ai pas mal bourlingué. J’ai formé en entreprise, pour le DAEU, pour le second degré (sur l’évaluation des compétences, la manipulation en maths, les gestes mentaux, l’enseignement par projets, sur la fluence, sur la réforme du collège aussi), puis pour le premier degré (sur des contenus mathématiques, pour proposer des expérimentations et des activités de classe), beaucoup. Je suis intervenue pendant plus de 10 ans à l’IUFM/ESPE/INPSE pour préparer au concours et former les stagiaires. J’ai été également formatrice REP+, et je suis formatrice académique. Chacune de ces expériences a été l’occasion de belles, voire de magnifiques rencontres, qui m’ont appris et fait avancer.

Lors de l’installation du plan pour les mathématiques en 2019, j’ai été RMA (référence mathématique académique). Cela m’a donné l’occasion d’animer des formations de formateurs au plan national de formation, ce qui m’a beaucoup plu et appris. Je partageais mon temps entre des classes dans lesquelles j’observais pour analyser avec les enseignants, et souvent intervenir : je pouvais mettre en pratique mes propositions de formation, de tester, d’expérimenter, de mieux connaître les publics d’élèves et d’enseignants du premier degré. J’ai vécu des expériences de formation formidables, qui m’ont vraiment fait vibrer, en collaboration avec mes deux amis et collègues Nourdin Témagoult et Hélène Portail, avec qui nous avons construit la MaMaN, la mallette à mathématiques de l’académie de Normandie, dont nous sommes très fiers.

Cette année, tout ça, c’est fini. J’ai choisi de clore ce chapitre pour pouvoir me tourner vers d’autres projets.

Je continue d’assurer des formations inter académiques pour le premier degré, et surtout je continue d’aller en classe en écoles, chaque semaine. Je suis devenue accro, cela me passionne. Comprendre les difficultés des grands passe par découvrir celles de plus petits, voire des tout petits. Travailler avec les professeurs des écoles m’apprend beaucoup, en permanence : en pédagogie, en didactique. Et puis je poursuis mon activité de formatrice en me formant moi-même, et en animant la chaîne Youtube « Approcher les maths ».

D) Conclusion

C’est une curieuse impression de dresser son propre parcours. Je m’aperçois que j’ai besoin de gigoter, de faire de nouvelles rencontres, de m’engager dans des projets, sans cesse. Mais il y a un fil directeur qui guide tous mes choix, invariablement : participer, modestement, à la réussite des élèves. Les faire grandir, avec des maths dedans.


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