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Différents contextes d’utilisation de Moodle
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Mis en ligne le 3 mai 2020, par Anne Héam

Cet article peut être librement diffusé et son contenu réutilisé suivant la licence CC-by-sa.

Voir cet autre article au sujet de Moodle (au Collège).

Anne Héam est l’auteure des articles suivants dans MathémaTICE :

J’ai commencé à utiliser la plateforme d’apprentissage en ligne Moodle quand les formations en informatique CTU (centre de télé-enseignement à distance universitaire) de l’université de Franche-Comté ont migré sur Moodle. Depuis, Moodle accompagne mes enseignements quel que soit le contexte et au cours de ces années il a été varié :

C’est cette expérience que je vais présenter dans cet article en indiquant les fonctionnalités qui m’ont paru les plus importantes lors de ces différents usages. Il n’y a que peu d’explications techniques des différentes activités Moodle que j’ai utilisées dans cet article, mais de nombreux liens renvoient sur les pages correspondantes de la documentation de Moodle.

1. Présentation de Moodle

Moodle est une plate-forme d’apprentissage open source qui permet aux enseignants de créer un espace privé en ligne accueillant des cours et des activités pour l’apprentissage en ligne.
Moodle est un logiciel open source, ce qui signifie que l’on peut télécharger gratuitement le code source, le lire, le modifier, le réécrire, le compiler et l’utiliser sans poser de questions.
Moodle a été lancé pour la première fois en tant que plate-forme open source en 2001, son siège social est à Perth (Australie) mais il a des bureaux partout dans le monde.
Au mois de décembre 2017, Moodle avait plus de 122 millions d’utilisateurs utilisant 93 000 sites dans 232 pays. La plateforme est traduite dans plus de 100 langues.
Une application mobile est disponible dans le App Store (iOS) et le Google Play Store (Android).
La dernière version de Moodle, Moodle 3.8.2 est disponible depuis le 9 mars 2020.

2. Moodle pour l’enseignement à distance universitaire

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J’ai commencé à utiliser Moodle quand mes modules de la Licence 3 Informatique et du Master Informatique Avancée et Applications (I2A) du CTU (centre de télé-enseignement à distance universitaire) de l’université de Franche-Comté ont migré sur Moodle. Jusque là, ils étaient disponibles sur un site html.

Les formations universitaires à distance en informatique du CTU de l’université de Franche-Comté ont commencé en 2001. Elles répondaient à une attente de beaucoup de salariés qui faisaient un travail d’informaticien, appris sur le tas, sans diplôme correspondant. Devenir diplômé en licence ou en master étaient un moyen d’obtenir une reconnaissance, notamment salariale, du travail effectué.
Donc au début de ces formations, la majorité des étudiants étaient en formation continue et beaucoup n’avaient pas de congés de formation. À ce moment là, la demi-vitesse était la norme dans ces formations : chaque année universitaire étant obtenue en 2 ans durant lesquels il y a 2 fois moins de modules qu’en présentiel. Cela correspondait bien aux besoins des étudiants qui suivent les formations pendant leur temps libre souvent restreint, et parfois regroupé sur une ou deux semaines de congés.
Une composante très importante de ces formations devait donc être la souplesse du planning proposé aux étudiants. Une autre composante était une interaction importante des étudiants avec les enseignants.
Depuis le profil des étudiants a évolué, il y a nettement plus de formation initiale, mais toujours beaucoup d’étudiants salariés et les contraintes de souplesse et d’interaction n’ont pas changé.

Avant de migrer sur Moodle, les cours à distance reposaient sur un site html sur lesquels étaient disponibles des supports de cours, des supports d’exercices, un planning indicatif et des échanges de mails en suivant un certain protocole

Si la migration sur Moodle n’a quasiment rien changé à l’accès aux supports de cours, aux supports d’exercices et au planning indicatif, elle a énormément allégé la communication entre les étudiants et les enseignants et permis la communication entre étudiants. Les deux activités Moodle qui ont simplifié mes cours à distance sont l’activité forum pour poser des questions et y répondre et l’activité devoir de Moodle pour transmettre et corriger les devoirs. Ces deux activités ont considérablement simplifié mon travail d’enseignante.

a. Supports de cours et d’exercices

Au niveau des supports de cours et d’exercices et du planning, la migration sur Moodle n’a pas apporté que peu de changements. Je fournissais toujours aux étudiants un cours, des énoncés d’exercices de TD (ne nécessitant pas de logiciel pour les résoudre) et de TP (nécessitant de tester l’exécution de programmes), des conseils pour démarrer les exercices si les étudiants ne savaient pas comment attaquer les questions, des corrections et un planning indicatif avec les liens vers les différents documents.


Les documents étaient soit du pdf, soit des fichiers sources du langage de programmation utilisé. J’ai opté pour des fichiers pdf, car j’avais un certain nombre de formules dans mes cours que je souhaitais générées avec LaTeX. Ce choix ne répondait pas au cahier des charges des cours du CTU qui préconisait d’utiliser des pages html mais il a été plébiscité par les étudiants. En effet, un certain nombre d’entre eux ont apprécié de pouvoir télécharger et imprimer les fichiers. Il s’agissait de préférence, lire du papier plutôt qu’un écran, mais aussi de nécessité, problème de connexion notamment pour les étudiants résidant dans des pays où l’accès Internet est faible et limité dans la journée. Donc, même après la migration sur Moodle, j’ai continué à utiliser des fichiers pdf bien que Moodle permette d’intégrer des formules LaTeX dans ces pages.
La grande différence entre les cours à distance et le présentiel est que les documents ne sont pas consultés au même moment par tous les étudiants. Les remarques, les demandes de précision et les remontées d’erreurs sont échelonnées dans le temps dans un cours à distance. Donc au fur et à mesure, je propose de nouvelles versions qui en tiennent compte et que je mets rapidement en ligne car elles vont être lues dans un court délai par des étudiants. Ainsi les cours évoluent plus vite qu’en présentiel.

b. Forum et messages privés

Un point fort des formations proposées en informatique par le CTU de l’université de Franche-Comté est l’interaction avec les enseignants. La migration sur Moodle a amélioré cette communication. Les étudiants ont alors pu poser leurs questions via un forum ou par message privé, via l’activité forum de Moodle et la messagerie de Moodle, les enseignants répondant toujours dans les 3 jours ouvrés. Exception faite des étudiants incarcérés pour lesquels des règles spécifiques sont fixées au cas par cas par l’institution pénitentiaire.

Une grande richesse apportée par le forum fut que les étudiants pouvaient désormais se répondre entre eux.

c. Devoirs

Lorsque j’enseignais au CTU nous proposions 3 devoirs par module aux étudiants, qui étaient corrigés mais dont les notes n’étaient qu’indicatives, afin qu’ils puissent situer leur travail par rapport aux attentes des enseignants en vue des examens. L’arrivée de l’activité devoir a mis fin aux échanges de mails et pour l’instant je n’ai pas rencontré mieux que cette activité pour la remise des devoirs. En effet c’est Moodle qui gère tout le stockage, le classement des travaux dans les différents devoirs, la transmission des notes et des commentaires.

Pour l’étudiant c’est simple, il y a une icône spécifique pour les devoirs :

Quand il clique sur un devoir, il sait exactement où il en est, dans cet exemple il n’a pas remis le devoir.

Il ne lui reste plus qu’à le déposer en cliquant sur ajouter un travail, en glissant son travail dans l’espace dédié.

De mon côté, quand je clique sur un devoir, je vois directement quels sont les travaux remis que je n’ai pas encore corrigés (dans l’exemple qui suit, le premier). Les étudiants n’ont pas besoin de nommer de façon particulière leurs fichiers car ils leur sont associés (on lit le nom de l’étudiant dans la première colonne, ici floutée). Dans cet exemple, ils m’ont rendu leur travail sous fichier image dans le format de leur choix.

J’ai aussi un aperçu des commentaires que j’ai déjà écrits. Je peux utiliser des formules LaTeX, même si certaines ne se voient pas correctement lors de l’aperçu, elles ont la bonne forme dans le commentaire lu par l’étudiant.

d. Évolution dans le temps

J’ai écrit que pour les supports de cours et d’exercices, et pour le planning, la migration sur Moodle n’avait pas entraîné de grands changements : c’est vrai excepté pour l’accessibilité des documents. En effet, le fait de pouvoir cacher une activité ou toute une section en un clic (l’oeil indique la visibilité) est appréciable.
             
             

Plus besoin de supprimer des liens pour les remettre ensuite en fonction de l’avancement d’un cours. Ainsi tout le contenu du cours reste en place. On peut se contenter de cacher momentanément une correction ou une page que l’on veut retravailler.

Le fait que Moodle soit une plateforme collaborative ne m’a été d’aucune utilité lorsque j’enseignais à distance, car j’étais la seule à animer mes modules. Mais cela a permis de me remplacer très facilement quand j’ai quitté l’université. Il a en effet suffi d’inscrire un autre enseignant, créateur de cours et celui-ci a eu immédiatement accès à tout le contenu, qu’il a pu le modifier suivant ses besoins.

3. Moodle en présentiel à l’université

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Si le choix de Moodle a été un choix collectif que chacun a dû adopter pour les cours à distance du CTU de l’université de Franche-Comté en informatique, l’utilisation de Moodle pour les cours en présentiel a été un choix individuel de chaque enseignant. Force est de constater que, au fur et à mesure des années, Moodle est devenu l’outil de communication privilégié pour le département informatique de l’UFR ST de l’université de Franche Comté.

Par exemple pour les actualités de la deuxième année de master :

Comme plusieurs de mes collègues, j’ai commencé à utiliser Moodle en présentiel assez rapidement après l’avoir découvert dans le cadre de l’enseignement à distance. Si l’utilisation du forum avait moins d’importance qu’à distance, c’est l’activité devoir qui m’a poussée à faire ce choix. En effet, avec l’activité devoir, fini la collecte fastidieuse des fichiers sources de TP, plus de mails soit-disant perdus. Mes TP étaient à rendre avant minuit moins cinq la veille de la séance de TP suivante ; aux étudiants de s’assurer qu’ils avaient correctement déposé leurs fichiers.

Étonnamment, l’argument de totale mauvaise foi « je n’y peux rien c’est Moodle », contrecarre très efficacement les étudiants qui ont voulu déposer leur devoir « pile une minute après l’horaire limite », mais n’y sont pas parvenus. Au début du second TP, je rouvre 5 minutes le devoir du TP1 pour que les retardataires désespérés puissent déposer leurs travaux et je n’ai plus aucun devoir en retard du semestre.

Anecdote : Vouloir utiliser l’activité devoir pour un TP en temps limité s’est avéré inadapté mais heureusement Moodle avait une solution.
J’avais donc prévu un TP en temps limité (décrypter plusieurs textes chiffrés) en une heure. Surprise au moment de la correction : un devoir de plus que le nombre d’étudiants présents dans la salle. Un étudiant avait tiré profit de l’accessibilité des cours Moodle du moment qu’on a un accès Internet. Il a été rapidement identifié en consultant la feuille d’émargement mais c’est toujours désagréable de faire les démarches pour neutraliser son devoir.
Solution : limiter les adresses IP autorisées pour le TP. Si on ne peut pas le faire avec l’activité devoir, c’est possible avec l’activité test et en choisissant une question composition qui permet aux étudiants de déposer des fichiers.

4. Moodle au lycée en présentiel pour les cours de mathématiques

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Il y a 6 ans, j’ai quitté l’université et l’enseignement de l’informatique dans le supérieur pour découvrir l’enseignement des mathématiques, de l’informatique et du numérique au lycée. Ce n’était pas un retour dans le secondaire car je n’y avais jamais enseigné.
Face à des questions qui m’ont laissée perplexe : « T’es TI ou Casio ? », « Euh je n’ai pas touché une calculatrice depuis plus de 20 ans, ma dernière expérience c’était la calculatrice HP utilisant la polonaise inverse que j’avais pour passer le bac. », il a été rassurant de retrouver Moodle dans l’ENT de mon établissement. Il avait été déployé depuis peu et était utilisé surtout par les enseignants de langues qui s’en servaient pour proposer des supports variés à leurs élèves : image, article, fichier audio, fichier vidéo ...
Depuis j’utilise donc Moodle avec toutes mes classes au lycée.

Nouveauté pour moi, chaque enseignant crée ses cours Moodle (à l’université, il y avait un responsable qui gérait tous les cours), ça s’est avéré relativement simple notamment car les élèves sont déjà inscrits par le Rectorat par classes dans la base de données de Moodle. Donc on peut inscrire directement tous les élèves d’une classe en sélectionnant la cohorte correspondante au cours que l’on vient de créer.
Inscrire les élèves quand ils ne correspondent pas à une classe donnée (ancien EDE, spécialité de première, option...) est plus fastidieux, on peut alors au choix les inscrire un par un ou leur demander de rejoindre le cours.

Je vais maintenant présenter de façon non exhaustive différents usages que je faisais jusqu’ici de Moodle en présentiel au lycée. Pour les cours de maths, Moodle me permet surtout de proposer des compléments au cours, tandis que pour l’EDE ICN (enseignement d’exploration informatique et création numérique) et maintenant SNT (science numérique et technologique), il est un support indispensable pour les TP.

a. Mise à disposition de corrections, d’exemples de devoirs

La question de l’écrit et de la rédaction des réponses se posent de plus en plus au lycée. J’ai de plus en plus d’élèves de seconde qui limitent leurs écrits au maximum voire en dessous de ce que j’estime le minimum nécessaire. À cela s’ajoutent les élèves lents, distraits, absents, désordonnés... Donc avant chaque devoir surveillé, je rajoute sur Moodle pour chaque chapitre étudié, la correction de plusieurs des exercices traités en classe depuis le précédent devoir :

Quand j’organise une séance d’exercices où chacun avance à son rythme, je privilégie les réponses aux questions de chacun en classe et je mets à disposition sur Moodle les corrections des exercices qui sont des photos des travaux des élèves. Ainsi chacun peut vérifier ses résultats, y compris pour les exercices qu’il n’a pas eu le temps de faire en classe.
           

Dans le même ordre d’idées, je dépose sur Moodle des scanners des copies réussies par certains élèves, pour les devoirs qui peuvent leur paraître exotiques : les narrations de recherche ou les analyses d’erreurs de DS pour lesquelles mes explications quant à mes attentes ne sont pas comprises par certains élèves.

J’utilise abondamment le fait de pouvoir cacher une activité ou toute une section en un clic (l’oeil indique la visibilité) pour réutiliser au moment opportun le matériel déjà en ligne des années précédentes.
             
             

b. Tutoriels pour les calculatrices

En arrivant au lycée, j’ai été confrontée à la complexité d’utilisation des calculatrices graphiques. Je n’ai eu aucune peine à me mettre dans la peau d’un élève de seconde découvrant l’objet, n’ayant moi-même plus utilisé de calculatrice pendant une vingtaine d’années. D’ailleurs cette complexité d’utilisation est restée un mystère pour moi jusqu’à que je découvre les calculatrices Numworks, confirmant ce que je pensais : on peut faire plus simple ! Pour aider mes élèves à utiliser leurs calculatrices, j’utilise abondamment les tutoriels d’Yvan Monka pour lequel j’ai une reconnaissance énorme. J’intègre directement ses vidéos dans les pages de mes cours Moodle :

c. Rappels de cours, classe inversée

Moodle me permet également de proposer des rappels de cours : le calcul de l’espérance pour les élèves de terminale ou la pratique (à très petites doses) de la classe inversée pour la présentation des variations d’une fonction par exemple.


Je demande alors à mes élèves de regarder les supports fournis pour une date donnée et leur propose à cette date des exercices correspondants.
Comme j’utilise régulièrement la chaîne youtube d’Yvan Monka, des élèves m’ont même demandé si c’était mon mari !

d. Exemple d’un complément de cours pour les statistiques descriptives en première S


Moodle me permet de proposer des compléments de plusieurs natures :

e. Espace de partage entre collègues de maths

Au niveau de l’équipe de maths, nous avons utilisé Moodle comme un espace de partage :

Cela a nécessité de demander à l’administrateur de Moodle pour le lycée, de donner à tous les enseignants de l’équipe le statut d’enseignant, créateur de cours. Le créateur d’un cours Moodle ne peut pas attribuer ce rôle aux participants du cours, il ne peut que leur donner le rôle d’enseignant ce qui permet de lire le cours mais pas de le modifier.

f. Tentative ratée : forum

Si l’activité forum était essentielle pour les cours à distance du CTU (centre de télé-enseignement à distance universitaire) de l’université de Franche-Comté, je n’ai jamais réussi à en faire bon usage au lycée en présentiel. Même si on comprend aisément que des élèves qui se voient tous les jours et utilisent d’autres réseaux sociaux n’y aient pas adhéré, je pensais néanmoins pouvoir l’utiliser l’année où mes cours avec une classe de Terminale ES commençaient le mardi après-midi pour finir le mercredi matin, cette concentration me semblant un handicap. Afin d’étaler l’apprentissage des mathématiques dans la semaine, j’ai tenté de poser une petite question de mathématiques (le calcul d’une dérivée par exemple) via le forum le lundi et le jeudi mais le succès ne fût pas au rendez-vous.

g. Learning Apps

Comme je l’ai déjà évoqué ici, je crée des applications avec learning apps que j’intégre directement dans Moodle

5. Moodle au lycée en présentiel pour les cours d’informatique et de numérique

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Si les possibilités de travail collaboratif de Moodle ont été jusqu’ici totalement sous-exploitées pour l’enseignement des mathématiques dans mon lycée, il n’en est pas de même en ce qui concerne l’informatique et le numérique. Dès l’introduction de l’EDE ICN (enseignement d’exploration informatique et création numérique), mes collègues et moi avons décidé de mettre en commun les activités que nous proposions à travers Moodle. Il nous est en effet apparu évident que la mise en commun était le meilleur moyen de proposer un enseignement riche dès la première année.

Nous avons donc utilisé un cours avec 3 enseignants, créateurs de cours ayant chacun ses propres élèves. Nous avons alors créé des groupes d’utilisateurs de Moodle

  • pour pouvoir proposer le même devoir à tous les élèves, mais que chaque enseignant puisse facilement filtrer les rendus afin de corriger uniquement ses élèves.
    Il faut alors sélectionner groupes séparés dans les différents paramètres du devoir.

    L’enseignant peut alors filtrer un groupe particulier quand il consulte les rendus.
  • pour limiter l’accessibilité d’une section, d’une page ...

Nous avons également utilisé une autre restriction d’accès reposant sur la notion d’achèvement.

6. Moodle pour la formation continue des enseignants

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Il y a trois ans au sein du groupe Mathématiques et TICE de l’IREM de Besançon, nous avons voulu proposer une formation Python assez ambitieuse, à destination des enseignants de lycée. Nous voulions en effet développer un outil pour les profs néophytes en programmation, dans lequel chaque enseignant (néophyte ou pas) puisse piocher en fonction de ses besoins.
Nos idées clefs étaient de

  • contribuer à la liberté pédagogique de chacun,
  • proposer une boite à outils la plus exhaustive possible.

Concernant notre boite à outils, nous voulions

  • permettre l’auto-formation des enseignants (en effet les 6 heures de notre formation en présentiel ne sont pas suffisantes pour maîtriser le langage Python, un complément à distance est indispensable),
  • fournir une progression clef en main pour certains enseignants et contribuer à une progression à la carte pour d’autres,
  • présenter quelques idées d’évaluations,
  • laisser le choix d’un enseignement en présentiel, à la maison, ou encore mixte.

Stéphane Gyuran, à l’origine du projet, avait tout de suite proposé Moodle comme support de l’outil. En effet il connaît très bien Moodle qui est massivement utilisé dans son lycée où le partage de cours Moodle et la collaboration sont largement pratiqués dans toutes les matières. De plus il nous a proposé un serveur hébergeant Moodle qui nous permet d’inscrire les enseignants de l’Académie sans restriction (jusqu’ici j’avais des restrictions fortes sur l’accès à mes cours : à l’université, un administrateur inscrivait mes étudiants, au lycée, je ne peux inscrire que des élèves et des collègues du lycée à mes cours).
De plus Moodle est installé dans les ENT des établissements de l’Académie, donc il est facile d’y déployer notre outil.
Notre formation s’appuie sur le site France IOI qui propose une formation très complète sur Python avec notamment une évaluation automatique des programmes.

Nous avons construit deux cours Moodle :

  • le cours complet à destination des enseignants, avec en plus de l’enseignement de Python, des solutions pour utiliser Python dans les établissements et des tutoriels pour utiliser Moodle :
  • le cours clef en main pour les élèves :

Pour guider les élèves dans le cours, nous avons utilisé des leçons. Elles forcent les élèves à parcourir les pages dans un certain ordre.

Pour les évaluations, nous avons proposé un certain nombre de tests :

Certains sont à l’intérieur même des leçons, d’autres à part.

Le cours clef en main peut être directement installé sur le Moodle de l’ENT de l’établissement d’un enseignant. En effet, il est très facile de sauvegarder l’intégralité d’un cours Moodle et de l’installer sur un autre ENT.

Il ne reste alors plus qu’à inscrire les élèves. Lors des différentes sessions de notre formation, nous avons installé directement le cours sur l’ENT des stagiaires et avons inscrit leur classe.

Certains collègues ont ainsi découvert Moodle et l’utilisent actuellement pour la continuité pédagogique.

7. Moodle pour la continuité pédagogique au lycée

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Depuis quelques semaines, j’assure la continuité pédagogique pour mes classes de lycée. Les directives du Rectorat nous invitent à n’utiliser que Pronote, Moodle et les classes virtuelles du CNED.
Partageant mon confinement avec plusieurs enfants qui utilisent entre autres mon ordinateur pour leur propres enseignements à distance, et un mari en télétravail qui fait régulièrement des visioconférences dans la même pièce que moi, j’ai rapidement éliminé la possibilité de faire des classes virtuelles. Cela n’a pas été un grand renoncement car je n’y vois que peu d’intérêt. Sans surprise, j’utilise Moodle que je connais bien et que j’apprécie pour l’enseignement à distance.

Si l’enseignement à distance pose le problème de l’équipement numérique des élèves, de leurs conditions de vie, et dépend encore plus que l’enseignement présentiel de leur motivation, j’apprécie ce cadre qui laisse plus de liberté aux élèves et permet un enseignement plus personnalisé.

Je vais maintenant présenter l’organisation que j’ai choisie pour assurer la continuité pédagogique en insistant sur les devoirs qui sont au coeur de mon enseignement et les QCM qui semblent plaire à mes élèves. Puis je parlerai des différents moyens de surveiller l’activité des élèves, individuelle et globale.

a. Mon organisation

Quand le Président de la République a annoncé la fermeture des écoles et la mise en place de la continuité pédagogique, j’ai essayé de déterminer assez rapidement ce que j’attendais en terme de pédagogie de cette période inédite.
J’ai su rapidement que je voulais proposer à mes élèves une partie de la souplesse qu’avaient mes étudiants, quand j’enseignais au CTU (centre de télé-enseignement à distance universitaire) de l’université de Franche-Comté. En fait je souhaitais qu’ils puissent travailler à leur rythme ce que je n’arrive que très partiellement à faire en présentiel avec des classes de 35 élèves. J’ai notamment des élèves qui attendent trop souvent et d’autres qui aimeraient avoir plus de temps pour chercher leurs exercices. Donc j’ai exclu dès le départ les classes virtuelles pour des raisons autant pratiques que pédagogiques.
Une autre de mes attentes, qui peut paraître paradoxale quand on ne voit plus les élèves, était d’avoir un enseignement plus personnalisé. En présentiel les contraintes d’horaires limitent le nombre de questions auxquelles je peux répondre, le nombre de travaux que je peux regarder en classe et certains élèves prennent difficilement la parole même quand je suis à côté d’eux. Avec la continuité pédagogique, je n’ai plus cette contrainte de temps, d’autant que je gagne 1h40 sur mon temps de transport quotidien.

Afin de garder un cadre précis, mes cours Moodle sont organisés suivant l’emploi du temps habituel, une section par heure de cours. Chaque séance reprend le schéma des heures en présentiel, par exemple le rituel des calculs de début d’heure est conservé, mais le contenu est allégé.

J’insère les nouvelles sections en haut de la page afin que le travail en cours soit toujours en haut de la page.

b. Devoirs

Les exercices sont organisés en plusieurs devoirs par séance. Ces devoirs ne sont pas obligatoires, chacun est libre de m’envoyer ou non son travail, de mon côté je m’engage à corriger (annoter) tout ce qu’on m’envoie. Concernant le temps de réponse, il est rapide pendant les créneaux de l’emploi du temps des cours au lycée, je suis en effet devant mon ordinateur pour répondre (par écrit) aux questions éventuelles et pour corriger les exercices qui me sont rendus ; il est plus long en dehors de ces créneaux.
De fait j’ai effectivement une partie de mes élèves qui sont en ligne précisément aux heures de cours habituelles et les autres le sont à des moments très variables. Comme mes sections sont en ligne quand elles sont prêtes, il arrive que je reçoive des devoirs avant le début officiel de la séance.

Si un nombre significatif d’élèves a saisi cette opportunité d’avoir un retour régulier de son travail, afin de limiter les disparitions d’élèves, je répartis les élèves de chaque classe sur les différents créneaux de la semaine. Chaque élève a l’obligation de m’envoyer au moins un devoir sur le créneau qui lui a été assigné.

Au fur et à mesure que je reçois des travaux, j’en choisis pour constituer les corrections que je mets en ligne :

Je les complète si nécessaire :

Voire dans certains cas, j’écris toute la correction et exceptionnellement, je fais une vidéo

  • Pour cela, j’ai utilisé aww comme tableau interactif en ligne (c’était l’une des premières propositions de mon moteur de recherche),
  • kazam pour capter mon écran d’ordinateur et le son de mon micro (je suis sous ubuntu),
  • avidemux pour compresser et changer le format de mes vidéos,
  • kdenlive pour faire le montage.

J’ai beaucoup insisté auprès de mes élèves sur le fait que j’ai absolument besoin de leurs travaux et de leurs questions pour me faire une idée de la façon dont le cours est perçu. Excepté la cinquième et dernière semaine avant les vacances de continuité pédagogique, j’ai eu un nombre de devoirs qui m’a paru satisfaisant. Certains élèves, indépendamment de leur niveau, sont très actifs, d’autres ne proposent que le devoir obligatoire. Les devoirs sont annotés et non notés. Si au début, j’ai eu quelques copier-coller, après quelques recadrages, je n’en ai plus eu. Il semblerait même que beaucoup d’élèves m’envoient leur travaux avant de regarder la correction qui est en ligne si j’en crois les erreurs que je lis.

Pour la gestion des travaux, j’apprécie vraiment beaucoup l’activité devoir de Moodle. Une consultation du tableau de bord de Moodle me permet de voir sur une seule page tous les devoirs qui attendent une correction (et les messages que je n’ai pas encore lus) dans mes différents cours :

mais parfois la vue du tableau de bord fait un peu peur...

Il y a des possibilités pour télécharger d’un coup tous les travaux d’un devoir avec un dossier par élève et une fois les corrections faites, de tout télécharger en une seule manipulation sur Moodle. Pour ma part, je préfère corriger en ligne.
La plupart des travaux de mes élèves sont visibles en ligne malgré la variété des formats utilisés :

J’ai aussi un aperçu des commentaires que j’ai déjà écrits. Je peux utiliser des formules LaTeX, même si certaines ne se voient pas correctement lors de l’aperçu, elles ont la bonne forme dans le commentaire lu par l’élève.
Mais cela n’évite pas les surprises :

Il est possible de retourner l’image dans la dernière version de Moodle mais je ne l’ai pas sur mon ENT.

En termes de correction, je propose la plupart du temps un simple écrit dans la case feedback, mais il est possible d’annoter directement l’image fournie par l’élève :

Les élèves peuvent m’envoyer autant de versions d’un exercice qu’ils ne souhaitent :

Donc les élèves posent leur question dans les commentaires, directement dans leur exercice ou par message privé.

Enfin il y a de bonnes surprises :

Même au temps du confinement, en cours à distance, le premier avril reste le premiera Avril et c’est bien agréable !
Depuis, mon poisson a disparu, remplacé par le travail demandé.

c. QCM

Comme chaque année, j’utilise au troisième trimestre des QCM de révisions. Ces QCM sont élaborés par mes élèves et je les enregistre sur learning apps comme je l’ai déjà présenté ici. Jusqu’ici, j’utilisais Moodle pour donner les liens vers ces QCM :

Cette année, je les ai migrés sur Moodle, à raison d’un par séance :



Ce qui me permet de regarder un peu le travail de mes élèves (chaque ligne correspond à un élève (j’ai supprimé la colonne des noms) :

Globalement c’est l’activité la plus suivie par mes élèves.

d. Ressources

Dans la mesure du possible, j’essaie d’utiliser les ressources déjà disponibles comme les vidéos d’Yvan Monka


Les manuels en ligne, comme les manuels sésamath

ou les manuels mis à disposition par les éditions Hatier, Didier, Foucher et Hachette pendant le confinement

Au hasard de mes recherches et de mes besoins, j’ai aussi utilisé

  • cette vidéo regroupant différents exercices sur le produit scalaire en première qui a été un bon outil de révision
  • cette vidéo sur la construction graphique des termes d’une suite récurrente $u_{n+1}=f(u_n)$ en complément de première
  • et cette dernière vidéo sur Malthus et le Malthusianisme toujours en complément de première

e. Vue d’ensemble du travail d’un élève

Moodle permet de suivre individuellement les élèves sur Moodle à travers différents rapports :
Rapport complet :

Rapport résumé

Vue d’ensemble des notes/Rapport du participant :

f. Vue d’ensemble d’un cours

En cliquant sur l’onglet utilisateurs, on peut savoir quand a eu lieu la dernière connexion de chaque élève au cours :

Le rapport d’activités du cours permet d’avoir une vue d’ensemble des consultations

g. Premier bilan de la continuité pédagogique avec Moodle

J’ai interrogé mes élèves de première après 4 semaines et demi de continuité pédagogique sur l’organisation du cours de maths, en utilisant pour la première fois une classe virtuelle : les seules réponses que j’ai obtenues étaient que le cours de maths que je proposais actuellement leur convenait et qu’ils ne voyaient pas quel changement apporter ! Pour ma part, cette classe virtuelle a été extrêmement frustrante : j’espérais voir ou au moins entendre mes élèves, mais ils avaient pris l’habitude d’utiliser le chat. Ça m’a permis de confirmer que la classe virtuelle ne me convient pas du tout.
De façon plus générale, cette organisation du travail me convient bien, j’ai l’impression de tirer profit des avantages de l’enseignement à distance : une certaine souplesse pour mes élèves, mais un suivi individuel d’autant plus facile que j’ai eu plusieurs mois pour apprendre à connaître mes élèves en présentiel.

Il est facile de partager mon travail avec mes collègues que j’ai inscrits à mes cours. Ils peuvent donc regarder (quand ils le souhaitent) ce que je fais. Inversement mes deux autres collègues de maths qui utilisent Moodle m’ont aussi inscrite à leur cours. Nous partageons aussi les nouvelles fonctionnalités de Moodle que nous découvrons.

Sans surprise, le point noir de la continuité pédagogique, en dehors des problèmes déjà cités (l’équipement numérique des élèves, leurs conditions de vie et leur motivation), est le traitement des besoins particuliers de certains élèves.
J’ai dans l’une de mes classes, un élève aveugle, brailliste, il a été le premier à se connecter à mon cours de seconde et à rendre un devoir. Les personnels du centre de transcription se sont confinés chez eux, en emportant le matériel nécessaire à la production de documents en braille. Donc grâce à eux, mon élève continue de recevoir les supports de cours et d’exercices. Par contre pour les corrections, ma façon de procéder avec des images ne convient pas. Et les QCM sont également complètement inadaptés. Il faudrait que je produise des documents de corrections spécifiques ce que je n’ai que rarement le temps de faire.

Par la force des choses, cette période m’a forcée à accumuler beaucoup plus de matériaux numériques qu’à l’accoutumée qui seront autant de compléments pour mes cours en présentiel à venir.

Conclusion

Moodle est un outil qui a fait ses preuves pour l’enseignement à distance universitaire en permettant une gestion facile des devoirs sous forme numérique et des outils de communication. Il peut aussi être un moyen de centraliser l’information dans l’enseignement en présentiel.
Il pourrait jouer un rôle important dans un enseignement mixte en présentiel/à distance au lycée à condition de garder une majorité d’heures par semaine en présentiel et en ayant le même enseignant à distance et en présentiel. Recevoir une partie de son enseignement à distance est peut être une des solutions pour aider les lycéens à gagner en autonomie et à mieux réussir dans le supérieur.


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