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De « Maths et Tiques » à MathémaTICE : entretien avec Yvan Monka
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Mis en ligne le 29 juin 2020, par Aymeric Picaud, Cyrille Guieu, Gérard Kuntz, Yvan Monka

Pendant cette période de confinement nous sommes nombreux (professeurs, élèves, parents) à avoir pu compter sur les ressources vidéos d’Yvan Monka.
J’ai personnellement utilisé ces ressources en complément des explications données en classe virtuelle à mes élèves. L’intégration dans le cahier de texte de l’ENT était assez simple depuis la plateforme Youtube. De là à dire que ces vidéos sont les seules ressources utiles, ce serait abuser. D’ailleurs Yvan s’en défend avec humilité et indique très clairement que le professeur en classe est la meilleure modalité qui vaille.
Yvan Monka anime avec passion un site Internet (Maths et Tiques) ainsi qu’une chaîne YouTube du même nom depuis plus de dix ans.
Nous sommes le 20 juin 2020, il vient juste de terminer une série de vidéos couvrant le programme de terminale et nous fait l’honneur de répondre à nos questions venant de Bourgogne-Franche-Comté, d’Alsace et de Guyane en visioconférence [1].
Nous vous souhaitons bonne lecture de cet entretien.

Aymeric Picaud, professeur de mathématiques.

Vous le connaissez peut-être déjà. Si ce n’est pas le cas, demandez à vos élèves, à vos enfants [1].

[1En complément vous pouvez consulter l’article que M, le magazine du journal Le Monde, lui consacre le 28 mars.

Aymeric Picaud (AP)  : Merci Yvan de nous accueillir et de répondre à nos questions.

Yvan Monka (YM)  : Je t’en prie, c’est un honneur.

L’idée est donc venue de créer mon propre site et de prendre toute mon indépendance.

AP : Sur le site Math et Tiques, on voulait connaître l’origine de ton projet et ta motivation au départ.

YM : Au départ, j’ai participé à un projet sur le site Web de mon collège de Soufflenheim dans le nord de l’Alsace, c’était il y a une quinzaine d’années. Une collègue de sciences physiques avait monté ce site pour le collège, ça m’a tout de suite intéressé et j’ai proposé d’intégrer dans ce site une rubrique « maths ». J’ai proposé d’appeler cette rubrique « Maths et Tiques » avec le petit jeu de mots sur « arithmétique », « informatique » etc. Cette rubrique a gonflé, a gonflé énormément et pris la plus grande part sur le site.
Mais je ne me projetais pas éternellement au collège de Soufflenheim et l’accès à mon travail était lié au collège. L’idée est donc venue de créer mon propre site et de prendre toute mon indépendance. Les toutes premières rubriques que j’ai construites, c’était d’abord mes cours que j’ai mis en ligne pour les partager pour mes élèves. Je n’avais pas prévu que ces cours seraient utilisés très rapidement par d’autres personnes. J’ai aussi créé très rapidement des rubriques autour de l’histoire des Maths.

AP : Avais-tu des compétences particulières dans le domaine du numérique au départ ?

YM  : Non, pas particulièrement, on est parti avec un pseudo-CMS qui s’appelait « ovinet », c’était une structure sous la forme d’un squelette et on venait y greffer les différentes rubriques, comme avec un CMS [2] d’aujourd’hui. Mais je n’avais pas spécialement de compétences, on s’est débrouillés tout seuls, on n’avait pas eu de formation parce qu’à cette époque-là, il y avait très peu de sites d’établissement. Avec ma collègue professeure de Physique nous avons créé le site. Aujourd’hui j’utilise Joomla pour mon site qui est un CMS un peu fermé mais permet quand même de bien travailler.

Gérard Kuntz (GK) : Comment les élèves ont-ils adhéré à ce projet, est-ce que ça a été difficile ou sont-ils allés spontanément voir le site ?

YM  : Non, ça n’a pas été difficile parce que c’était pratique pour les élèves d’avoir un prof qui met ses cours en ligne. Pour un élève qui est absent ou qui n’a pas bien pris ses cours, pour les parents qui veulent aider leur enfant, ça a été rapidement apprécié.

GK : Est-ce que tu as pensé ces cours comme faisant partie de ton propre travail, le site a-t-il pris une place dans ta salle de classe ?

YM : Non, pas du tout. Ce sont deux choses totalement dissociées. Au début, quand j’ai créé le site, c’était vraiment mes cours pour mes élèves, sans penser qu’ils pouvaient être lus par d’autres personnes. Par la suite j’ai compris qu’il fallait avoir des cours un peu plus rigoureux, un peu mieux organisés, plus exhaustifs également. Dans mes salles de classe, je n’utilise que très peu mon site et encore moins les vidéos.

maths-et-tiques.fr
Vue de la page d’accueil
https://www.maths-et-tiques.fr
Quand j’ai vu que le nombre de visiteurs du site ne faisait que croître, je me suis complètement laissé prendre au piège.

GK : Comment as-tu vécu cette affluence sur ton site ?

YM : C’était sympa parce qu’un enseignant passe du temps à préparer ses cours, à écrire des activités, à construire des énoncés etc. Donc quand on les partage dans sa classe et qu’on voit toutes ces petites têtes travailler sur un exercice qu’on a préparé, c’est sympa, c’est motivant. C’est sûr que quand j’ai vu que le nombre de visiteurs du site ne faisait que croître, je me suis complètement laissé prendre au piège et ça m’a encore plus motivé pour ajouter des contenus.

AP : Tu as créé ton site bien avant l’arrivée des ENT [3] avec leurs possibilités d’intégration de médias composites. Est-ce que tu aurais pu mener ce projet dans le cadre d’un ENT actuel ?

YM : C’est une question polémique. En effet, les outils mis à disposition par l’Éducation Nationale ne fonctionnent pas toujours très bien. Je pense que si je devais démarrer aujourd’hui, je préférerais garder toute mon indépendance et avoir mes propres outils. À l’époque la question ne se posait pas, mais aujourd’hui je suis bien content d’avoir mon site : je paye mon abonnement, c’est vrai, mais au moins, ça marche !

Cyrille GUIEU (CG) : Au-delà de l’aspect financier, est-ce que ton autonomisation t’a fait perdre certaines choses ?

YM : Non, jamais, parce que je l’ai toujours fait par plaisir. Par exemple les biographies des mathématiciens, j’ai commencé par ça. Ça me bottait de les faire, j’en ai fait plein. D’ailleurs j’ai encore une liste dans un cahier de biographies à faire. Je ne les ai jamais faites parce qu’au bout d’un moment j’en ai eu marre. Non ça ne m’a jamais coûté car tout mon engagement pour mon site et pour ma chaîne, je l’ai toujours vu comme un loisir.

C’est un jour un peu solennel pour moi ce 20 juin, car cela fait des mois et des mois que j’y travaille. J’espère que les programmes vont demeurer stables quelques temps afin de pouvoir souffler un peu !

GK : Finalement cet aspect « plaisir » c’est ce qui te fait tenir dans la durée.

YM : Oui en effet, même si des fois c’est un peu dur. Je viens de publier les cours pour les nouveaux programmes de lycée, c’est un jour un peu solennel pour moi ce 20 juin, car cela fait des mois et des mois que j’y travaille. J’espère que les programmes vont demeurer stables quelques temps afin de pouvoir souffler un peu !

J’en ai parlé à mes élèves à l’époque et bien sûr les jeunes passent leur vie sur Youtube. Ils ont donc été hyper enthousiastes.

AP : Comment t’est apparue cette nécessité de créer une chaîne vidéo sur YouTube ?

YM : Il y a deux raisons qui font que je me suis lancé là-dedans. La première c’est ma participation à un groupe de travail académique sur l’utilisation de capsules vidéos existantes (celles des « bons profs » et d’autres chaînes) pour le cours de Mathématiques. On a donc testé ces capsules avec nos classes et on s’est dit qu’on pouvait nous aussi en réaliser. On s’est rendu compte que ce n’était pas évident, que les outils pour les faire n’étaient pas toujours adaptés, qu’il fallait du matériel. Il fallait aussi que les productions soient validées par l’Institution. C’était un peu lourd à mettre en place. Il fallait que ce soit très rigoureux au niveau des programmes. Quoi qu’il en soit ça m’a plu de faire ces quelques vidéos dans ce groupe de travail et puis c’en est resté là.
Un jour, en allant travailler, j’ai entendu un reportage sur un mathématicien colombien qui s’appelle Julio (sa chaîne s’appelle JulioProfe). Il avait 700 ou 800 mille abonnés à l’époque. Il faisait ce que je fais maintenant et que j’expérimentais. Lorsque je suis rentré chez moi j’ai regardé et je me suis dit que c’était pas mal. Si ça plaît et si ça marche, pourquoi pas moi ! J’en ai parlé à mes élèves à l’époque et bien sûr les jeunes passent leur vie sur Youtube. Ils ont donc été hyper enthousiastes. Ils m’ont immédiatement encouragé à le faire. Je n’ai pas attendu la fin de la semaine pour acheter un tableau blanc et quatre feutres. J’ai posé mon iPhone sur un escabeau et quelques cartons. C’est comme ça que j’ai fait mes premières vidéos. Au départ je les avais faites pour mes élèves et je voulais voir comment ils réagiraient et comment ça pouvait leur plaire. Mais comme j’ai mis des liens depuis mon site et que mon site était déjà très connu des collègues enseignants à cette époque-là (il y a 5-6 ans), les vidéos ont très vite pris et ont été vues au-delà de la classe. Alors là c’est devenu plus qu’une drogue, j’en suis devenu hyper dépendant et j’ai créé en deux ans un millier de vidéos. C’était presque de l’usinage ! Mais je me suis bien fait plaisir !
Les vidéos prennent du temps au tournage mais aussi au montage. Il y a aussi la description, le calage par rapport au site, les playlists. C’est un ensemble de petites choses qui finalement prennent beaucoup de temps.

CG : Tu utilises quel logiciel pour le montage ?

YM : J’utilise le logiciel « ScreenFlow » disponible sous Mac. C’est un logiciel payant, simple et fiable qui donne de très bons résultats. Il permet aussi de faire des captures d’écran, ce qui est pratique pour intégrer des figures animées ou une feuille de calcul par exemple.

Lorsque j’ai démarré, tout le monde disait qu’il fallait faire des vidéos courtes pour ne pas lasser le lecteur.

GK : Ce que j’ai bien apprécié dans tes vidéos, c’est qu’il y a de vrais développements, tu ne présentes pas de simples techniques, on sent que tu n’es pas pressé par le temps … On a l’impression que tu racontes une histoire …

YM : C’est marrant que tu dises ça, car lorsque j’ai démarré, tout le monde disait qu’il fallait faire des vidéos courtes pour ne pas lasser le lecteur. Pour moi c’est une erreur majeure : il faut faire son cours comme on le fait en classe. Après, c’est le lecteur qui va choisir de ne pas regarder certaines étapes car il n’en a pas besoin. D’ailleurs les vidéos qui ont le plus de succès sont les vidéos les plus longues, les vidéos de cours qui font plus de quarante minutes.

Des vidéos regroupées dans des playlists
https://www.youtube.com/user/YMONKA/playlists

AP : Comment choisis-tu les sujets que tu traites en vidéo ?

YM : Au départ j’ai voulu fonctionner sur le principe de méthodes, de savoir-faire, comme je l’enseigne dans les classes technologiques. Quand je suis arrivé au lycée, j’ai découvert ce profil d’élèves qui ont du mal à se concentrer sur une longue durée de cours magistral. J’ai compris très vite que ces élèves avaient besoin d’être actifs. J’ai donc fonctionné à l’envers avec eux : je suis parti d’une méthode, d’un savoir-faire et j’ai greffé le cours au fur et à mesure des besoins. C’est comme ça que je fonctionne un peu avec mes vidéos. Je pars d’une méthode, d’un savoir-faire qui existe dans le cadre des programmes et j’intègre des éléments de cours en fonction des besoins. Par exemple pour résoudre une équation, on a besoin de développer pour se débarrasser des parenthèses et c’est là que j’introduis la distributivité. À côté de ça, j’ai fait d’autres vidéos qui sont plutôt de la vulgarisation mathématique : j’ai traité de conjecture, de sujets d’actualité ou d’histoire des maths.

GK : Ces vidéos que tu mets à disposition, tu ne fais pas de démarche particulière pour qu’elles soient utilisées ?

YM : Non, pas vraiment, même s’il est agréable que ce qu’on produit soit utilisé. Lorsque je termine une vidéo particulièrement exigeante, par exemple qui demande un effort de documentation ou d’illustration, je communique sur les réseaux. J’utilise essentiellement Facebook et Twitter.

Vu sur Twitter
Suite à l’annonce de la mise à disposition des ressources pour le niveau terminale, un clin d’œil d’un collègue de mathématiques (Alexis Kauffmann).
Le confinement est arrivé tellement vite que je n’ai même pas pu dire « au revoir » à mes élèves, comme beaucoup d’entre-nous.[...]Je disais tous les jours à ma femme, « ça va se calmer, ça va se calmer, je vais avoir moins de boulot ».[...]Le nombre de vues a explosé malgré tout durant la première semaine.

GK : Quand est arrivé le confinement, comment as-tu réagi ? As-tu changé de stratégie ? Comment as-tu utilisé tes ressources, celles du site ou les vidéos ?

YM : Non, je n’ai pas changé de stratégie, pour une raison simple, c’est que je n’en ai pas eu du tout le temps.
Le confinement est arrivé tellement vite que je n’ai même pas pu dire « au revoir » à mes élèves, comme beaucoup d’entre-nous. D’un seul coup, on a compris qu’il fallait assurer des cours à distance. J’avais déjà eu l’occasion d’en assurer l’année dernière, dans un autre contexte, avec mes élèves, mais rien à voir avec ce qui s’est passé cette année.
Jusqu’aux vacances de Pâques, ça a juste été une horreur. Je disais tous les jours à ma femme, « ça va se calmer, ça va se calmer, je vais avoir moins de boulot », mais c’était terrible : la gestion, les sollicitations des élèves, je n’ai pas du tout eu le temps de m’occuper de la chaîne Youtube. Le nombre de vues a explosé malgré tout durant la première semaine (facteur 5 au moins).
J’ai été aussi très sollicité par le biais de mails de collègues. Quand on m’écrit par mail, j’essaie toujours d’apporter une réponse. Donc ça me prenait un temps fou de répondre aux mails des collègues tous les soirs.

J’ai fonctionné sous forme de live. J’ai gardé l’outil Youtube parce que c’est un outil que je maîtrise et que les élèves apprécient.[...]Quelque part ma position par rapport à la classe était exactement la même qu’en présentiel.[...]La seule différence c’est que je ne pouvais pas me promener et regarder les cahiers des élèves.

CG : Finalement ta stratégie pendant le confinement a plutôt été de reconstruire d’autres ressources plutôt que d’exploiter les vidéos de ta chaîne.

YM : Oui, complètement. J’ai renvoyé de façon très ponctuelle mes élèves vers mes vidéos actuelles.
Par contre j’ai fonctionné sous forme de live. J’ai gardé l’outil Youtube parce que c’est un outil que je maîtrise et que les élèves apprécient. Donc j’ai fait mes cours en live, tout simplement. J’ai trouvé que c’était pas mal, même si j’ai eu de grosses difficultés techniques car j’habite dans un endroit où le débit Internet est faible. Du coup j’ai dû changer mon forfait mobile et utiliser la 4G. Le live Youtube permet aux élèves qui me regardent de me poser des questions par le biais du chat [4]. C’est vrai que ça les oblige à poser des questions succinctes, mais quelque part c’est pas mal.
Moi, ça me permettait de répondre en toute liberté parce que eux me voient et voient mon tableau. Quelque part ma position par rapport à la classe était exactement la même qu’en présentiel. Je me comportait de la même façon et j’ai fonctionné à 100 % comme je fonctionne en classe.
La seule différence c’est que je ne pouvais pas me promener et regarder les cahiers des élèves donc de temps en temps c’était un petit peu compliqué pour eux de m’expliquer ce qui n’allait pas.

GK : Est-ce que tu as eu des retours des élèves sur ce fonctionnement ? Est-ce qu’ils ont trouvé qu’ils pouvaient suivre presque comme en classe ?

YM : Oui, oui, j’ai même fait un petit sondage justement pour voir ce qu’ils en pensaient et le côté Youtube Live était vraiment très apprécié.
Les élèves qui posent beaucoup de questions en cours, qui ont besoin d’être rassurés ont été un peu frustrés. Ils m’ont dit qu’ils étaient beaucoup moins motivés qu’habituellement. Ils étaient conscients qu’ils ont bien moins progressé que ce qu’ils auraient fait normalement s’ils n’avaient pas été confinés. Ils étaient également conscients qu’ils ont beaucoup moins travaillé.
Par contre il y a une élève qui a dit qu’elle avait l’impression de ne pas avoir beaucoup travaillé et pourtant qu’elle était débordée.
Je pense que c’est ce qu’on a tous, profs et élèves, ressenti pendant le confinement. En Alsace on dirait qu’on a « pédalé dans la choucroute ».

Il faut que là-haut (au Ministère) ils l’entendent bien, on aura toujours besoin d’un vrai prof en chair et en os qui enseigne dans sa salle de classe parce que sinon on va perdre énormément de choses.

GK : Est-ce que les élèves n’ont pas découvert que le mode de fonctionnement en classe est une forme d’enseignement extrêmement efficace ?

YM : Ah oui, complètement, on ne pourra jamais s’en passer, ça c’est sûr. Il faut que là-haut (au Ministère) ils l’entendent bien, on aura toujours besoin d’un vrai prof en chair et en os qui enseigne dans sa salle de classe parce que sinon on va perdre énormément de choses.

C’est assez amusant parce que dans les couloirs, il y a régulièrement des élèves qui m’interpellent, surtout en début d’année, je pense que c’est les secondes qui me connaissent déjà.

AP : D’une façon générale, comment sont perçues tes productions et ta notoriété dans ton établissement ?

YM : C’est difficile de répondre à cette question… Les collègues réagissent de façon très sympa, ils m’encouragent quand ils voient certaines choses que je publie : une petite remarque, un petit clin d’œil sympa. Beaucoup m’ont dit qu’ils m’ont beaucoup vu à la maison, car ils ont eux-mêmes des enfants.
Auprès des élèves c’est assez amusant parce que dans les couloirs, il y a régulièrement des élèves qui m’interpellent, surtout en début d’année, je pense que c’est les secondes qui me connaissent déjà. Il y a des élèves qui me disent bonjour, que je ne connais pas, que je n’ai pas en classe : j’imagine qu’ils ont l’impression de me connaître. Les collègues de maths sont contents, ils utilisent mes ressources et de temps en temps on échange, soit parce qu’ils ont une idée nouvelle, soit parce que des fois ils ne sont pas d’accord, qu’ils voient une bêtise qu’ils me signalent.

GK : Est-ce que l’expérience du confinement te donne des idées de prolongement, d’utilisation de ces ressources en temps normal ?

YM : Non, pas forcément, j’ai l’impression qu’elles sont bien comme elles sont parce que les retours que j’ai eus des collègues, c’est qu’ils ont pu utiliser mes vidéos comme ils l’entendaient. Il n’est pas nécessaire que je crée des parcours. Beaucoup de collègues m’ont demandé l’autorisation d’intégrer certains liens dans leur ENT, ou dans leurs cours. Cela me convient bien, car comme ça chacun peut utiliser mes ressources comme il le souhaite.

La plupart des gens sont épatés que les maths arrivent à faire le buzz sur Youtube.

AP : Il y a d’autres enseignants de mathématiques qui produisent des vidéos comme par exemple Mickaël Launay (MicMaths) ou encore Arnaud et Julien Durand (Mathix.org), quel regard portes-tu sur leurs productions, est-ce que cela te donne des idées ?

YM : Ces ressources sont fantastiques et leurs auteurs étaient là avant moi. Mathix.org propose des problèmes ouverts issus de la vie courante et je trouve ça super. MicMaths c’est plutôt de la vulgarisation mathématique.
Je vais régulièrement piocher dans leurs vidéos comme beaucoup d’enseignants, car il y a de bonnes idées à partager avec nos élèves. Je m’en inspire certainement de façon inconsciente. Il y a aussi d’autres auteurs comme « les bons profs » qui produisent des vidéos. Parfois c’est pas génial mais c’est bien que notre discipline vive sur Youtube. La plupart des gens sont épatés que les maths arrivent à faire le buzz sur Youtube.

GK : Tu as combien d’abonnés sur Youtube ?

YM : Actuellement environ 800 000 [5].

GK : Est-ce que l’Éducation Nationale t’encourage ou est-elle comme d’habitude muette sur ce que font les uns et les autres ?

YM : Dans un premier temps, ça a peut-être été assez mal vu que je fasse bande à part. Après, comme la chaîne a eu du succès et que l’Institution a vu que c’était utile pour faire progresser les élèves, je pense que le regard a été un peu différent. Est-ce que j’ai été remercié par l’Institution pour mes travaux, je ne dirai pas spécifiquement. Par contre j’ai toujours été bien évalué par mes inspecteurs, ce qui m’a permis de bien progresser dans ma carrière.

Ce travail d’auteur s’est terminé l’année de la dernière réforme du collège où il a fallu sortir les quatre niveaux d’un seul coup : travail insensé, ça a été une horreur...

AP : Est-ce que tu peux nous parler de tes partenariats avec certains éditeurs de manuels comme Bordas avec la collection Myriade, qui utilise aussi des ressources de Mathix.org ?

YM : En fait, ce n’est pas vraiment un partenariat, c’est un travail d’auteur pour lequel on est rémunéré. Je l’ai fait pour la collection Odyssée avec Hatier, c’est mon inspecteur de l’époque qui m’avait sollicité pour travailler dans l’équipe.
Après j’ai travaillé avec Bordas pour la collection Myriade. C’est un collègue de l’Académie de Nantes, Stéphane Percot qui a pris contact avec moi. Nous avons bien travaillé ensemble.
Pour Odyssée je n’ai travaillé que pour le manuel de seconde. Par contre pour Myriade, nous avons travaillé pendant plusieurs années pour réaliser tous les manuels du collège.
Ce travail d’auteur s’est terminé l’année de la dernière réforme du collège où il a fallu sortir les quatre niveaux d’un seul coup : travail insensé, ça a été une horreur… Mais quoi qu’il en soit, j’aurais arrêté ce travail. J’étais écœuré, car le travail de création demande d’avoir des idées et petit à petit, j’ai eu de moins en moins d’idées… Je ne prenais plus de plaisir. À présent j’ai des partenariats avec deux éditeurs pour lesquels je loue des vidéos qu’ils intègrent dans leurs contenus sous la forme de QR-codes.

Pour ce qui est des commentaires sur Youtube, je n’arrive plus à les suivre !

AP : Comment perçois-tu l’utilisation des contenus que tu mets à disposition, de la part des élèves et de la part des collègues ?

YM : Pour moi c’est la première des satisfactions de voir que mes vidéos sont utilisées, d’abord par les élèves puisqu’au départ, ce sont eux que je visais. Mais le fait qu’elles soient utilisées par des collègues, ça veut dire que le travail est satisfaisant. Quand je reçois des mails d’élèves ou de collègues satisfaits, cela me fait très plaisir. Pour ce qui est des commentaires sur Youtube, je n’arrive plus à les suivre : au début je me faisais un point d’honneur à répondre à chacun, ensuite je me suis fait un point d’honneur de lire tous les commentaires et maintenant je n’arrive plus à suivre !
Par contre je réponds toujours à mes mails. Parfois très brièvement quand je n’ai pas le temps, mais je réponds toujours.

AP : L’hébergement et la maintenance d’un site Internet ont un coût en temps et en argent. Est-ce que tu parviens à un équilibre économique ?

YM : Oui, oui, j’essaie de partager socialement ce que je gagne sur Youtube, en le transférant à des associations [6]. Je m’y retrouve, il n’y a pas de soucis. J’ai même pu cette année donner beaucoup plus grâce au confinement et au nombre de vues qui a augmenté de façon incroyable durant les premières semaines. Et j’en ai profité pour changer mon matériel : nouvelle caméra, pieds de caméra, lampe … Un hébergeur convenable c’est 180€ par an, donc ce n’est pas très onéreux.

GK : Les recettes dont tu jouis, ce sont les recettes publicitaires de Youtube ?

YM : Oui, mais je n’ai jamais compté sur ces ressources, c’est un plus. Si un jour ça s’arrête, ce n’est pas un gros problème. Je sais qu’il y a certains collègues qui ne monétisent pas leurs vidéos. Peut-être qu’un jour j’arrêterai de monétiser ma chaîne. Actuellement mes vidéos sont sur Youtube, et ça peut prêter à discussions. Pourquoi Youtube alors qu’il existe Dailymotion par exemple. Au départ j’ai voulu aller là où sont les élèves et les élèves sont sur Youtube. Si je mets mes vidéos sur Dailymotion, elles ne seront pas utilisées par les élèves. Elles le seront peut-être par les collègues, mais pas par les élèves.

NDLR : Nous tenons à remercier Yvan Monka pour cet entretien réalisé à distance et sa disponibilité lors de nos échanges par mail. Les questions ont été élaborées par Gérard Kuntz, Cyrille Guieu et Aymeric Picaud. Nous avons utilisé la plateforme de vidéoconférence jitsi sur les précieux conseils d’Alain Busser. Cyrille Guieu s’est chargé de la majeure partie du travail en retranscrivant l’entretien. Aymeric Picaud a mis en ligne l’article.

Enfin pour finir certains élèves regardent leurs parents avec plus d’admiration, en témoigne ce tweet transmis à Yvan, c’est toujours bon à prendre...


notes

[1Nous avons utilisé la solution Jitsi pour répondre à ce défi technique

[2CMS : content management system, système de gestion de contenu en français, SPIP, wordpress, joomla, drupal en sont quelques exemples

[3ENT : environnement numérique de travail https://eduscol.education.fr/cid557...

[4NDLR : Chat (prononcer Tchat) est un salon de discussion synchrone. Rassurez-vous aucun animal n’a été surexploité chez Yvan durant le confinement.

[5NDLR : plus de 815 000 abonnés et plus de 120 000 000 de vues

[6NDLR : Yvan annonce près de 20 000€ donnés chaque année à diverses associations.

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