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L’enseignant est-il libre d’utiliser les logiciels de son choix ?
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Mis en ligne le 10 janvier 2016, par Aymeric Picaud

Enseignant de Mathématiques en collège, je suis également référent aux usages pédagogiques dans mon collège. Membre du comité de rédaction de la revue MathémaTICE, j’ai plaisir à échanger avec mes camarades et espère rendre compte fidèlement de nos échanges sur le sujet du présent article.

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Introduction

À l’heure ou les programmes de collèges et lycée concernent une part grandissante de l’utilisation de logiciels (voir les autres articles du numéro), il est temps pour chaque enseignant de faire un point sur les utilisations des logiciels qui lui sont « offerts » pour mettre en œuvre le programme. De plus la confrontation entre ses habitudes et l’évolution des technologies, des demandes institutionnelles bouscule l’enseignant dans ses pratiques. Le besoin d’accompagnement, de mutualisation est important. Dans cet article des pistes de réflexion sont ouvertes. Vous pourrez les emprunter et, chemin faisant, ne pas hésiter à nous envoyer quelques cartes postales qui permettront de le prolonger.

De grands partenariats [1] entre l’Éducation Nationale et de grands éditeurs logiciels se font jour et posent légitimement la question de la liberté pédagogique.

Dans cet article je vais tenter de faire la synthèse des riches discussions qui ont animé le comité de rédaction à la lecture de l’article de Jean-Pierre Archambault paru dans le numéro 47 de votre revue, sinon préférée du moins appréciée (nous l’espérons tous). Enseignant en collège, référent aux usages pédagogiques du numérique (anciennement animateur TICE), je prolonge ces discussions avec un point de vue plus pragmatique. Ce point de vue est discutable car il repose sur mon expérience personnelle mais là encore vos réflexions permettront de prolonger ce débat qui est loin de se clore.

Pour la définition de logiciel, je vous renvoie à celle donnée sur wikipedia. Cette définition couvre un éventail très large, et pour cause, du système d’exploitation à la web-application dès qu’un homme ou une machine interagit avec une machine électronique, il y a un logiciel.

Pour préciser le propos tenu dans l’article, partons de l’enseignant en mathématiques de collège que je suis. Quels sont les logiciels que j’utilise au quotidien ? Parmi ceux-ci lesquels sont spécifiques à mon métier ? Lesquels ai-je choisis (sur quels critères) ? Lesquels me sont imposés (sur quels critères) ? Lesquels je promeus, impose à mes élèves de manière raisonnée ou abusive ? Quel périmètre légal pour l’utilisation de ces logiciels ?

Ces questions se posent assez naturellement après la lecture de l’article sus-cité.

Pour le périmètre légal, les logiciels sont tous soumis au droit d’auteur et à une licence dite d’exploitation ou d’utilisation. Je ne détaille pas les différentes licences, le diagramme ci-dessous permet d’embrasser les différentes situations, et de situer les logiciels que vous utilisez.

http://www.gnu.org/philosophy/category.fr.svg

Deux grandes catégories se distinguent. Celle des logiciels « libres » et/ou « open sources » et celle des logiciels « propriétaires ».

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Des logiciels : en veux tu ? en voilà... au moins un indispensable !

Le système d’exploitation

Pour ce qui est du système d’exploitation : j’utilise différentes distributions GNU/Linux [2] sur mes ordinateurs personnels. C’est mon choix. Pour le reste de la famille les ordinateurs sortis de leur boite sont restés avec le système pré-installé, du reste largement majoritaire sur ce marché, c’est aussi mon choix et le leur.

Au collège des ordinateurs sont mis à disposition avec un système d’exploitation bien connu de tous (caractérisé par des fenêtres [3] et le curieux bouton démarrer [4] sur lequel il faut appuyer pour arrêter la machine). Ce choix m’est imposé et je l’accepte, d’ailleurs les élèves s’en plaignent rarement, là encore du fait d’une domination sur le marché des ordinateurs personnels grand public. Dans l’environnement professionnel, le système d’exploitation est donc souvent imposé et sans m’avancer outre mesure je pense que ce sont les produits Microsoft qui sont les plus répandus. Ces derniers sont dans la catégorie logiciels propriétaires et leur utilisation est soumise à l’achat d’une licence. Les derniers développements concernant les licences Microsoft notamment celles à abonnement annuel ne manqueront pas d’alerter les décideurs au niveau des collectivités de rattachement.

« Pourquoi ce choix de travailler avec un système d’exploitation différent de l’environnement professionnel à la maison ? » me direz-vous.

Ma démarche est assez simple. J’ai besoin d’une certaine stabilité. L’obligation ou la vive incitation à passer à une version supérieure de windows, de changer de machine trop fréquemment me paraît inapproprié du point de vue professionnel. De plus l’évolution des systèmes d’exploitation dans les collèges ne suivent pas la dernière mode (cette situation est aussi celle de beaucoup d’entreprises). Les postes clients dans mon collège tournent avec windows seven voire xp en version pro. Dans un proche avenir, je ne pense pas que le choix des collectivités territoriales se tournent spontanément vers des logiciels libres pour les systèmes d’exploitation. Certains membres du comité expriment leurs regrets par rapport à ce choix du point de vue de l’offre proposée aux élèves et craignent un formatage des futurs citoyens en futurs clients de grands groupes informatiques. Citons tout de même des initiatives locales ou des élèves sont amenés à côtoyer des raspberry Pi [5] avec des systèmes d’exploitation autres que windows. Ces initiatives vont peut-être se généraliser avec la réforme des programmes en collèges et l’émergence d’un enseignement conjoint de l’informatique en mathématiques et technologie.

Quelles sont les conséquences de ce choix ? Quels avantages y trouve-t-on ? Certains avantages sont ils transférables à ceux qu’utilisent un système d’exploitation Microsoft ? Ne parlons que des avantages (soyons positifs) car les inconvénients ne sont pas transférables aux systèmes d’exploitation Microsoft qui possèdent les leurs (mise à jour, configuration, gestion de la sécurité...). Le principal avantage (c’est aussi une conséquence directe) que j’y trouve est de s’orienter de manière systématique vers des produits libres ou du moins accessibles facilement du point de vue des élèves. Ces logiciels sont également pour le coup très répandus dans l’environnement numérique professionnel car en collège ils sont déployés sur l’ensemble du parc informatique à moindre coût que d’autres solutions. Un autre avantage est de trouver, sur Internet notamment, une communauté d’utilisateurs actifs et enclins à partager leur expérience. Ceci répond en partie au besoin de mutualisation des ressources du point de vue de l’enseignant.

La liberté d’utiliser tel ou tel système d’exploitation est donc assez relative pour un enseignant.

Même dans son environnement personnel et familial le partage de ressources matériels avec des ados voulant jouer aux derniers jeux à la mode, à un conjoint peu enclin à explorer un autre système d’exploitation, des expériences passées un peu malheureuses avec des distributions Linux moins abouties sont des freins indéniables au passage à un système d’exploitation libre.

Moi même, et je sais que c’est le cas d’autres collègues, me souviens avoir pris le temps il y a quelques années d’expérimenter Linux. L’offre logicielle, notamment en géométrie dynamique (GeoPlan, Cabri) n’était pas assez portable sur les plate formes Linux, les versions OpenOffice d’alors n’étaient pas si abouties (manque des extensions Dmaths, Cmaths,...). Certains des freins (les derniers pour l’essentiel) sont levés désormais. C’est à dire que l’offre logicielle libre périphérique au système d’exploitation est suffisante. Les distributions GNU/Linux notamment, Ubuntu et ses dérivées sont faciles d’accès pour l’utilisation et l’installation. Cela demande quand même un effort important pour un particulier de supprimer le système d’exploitation installé par défaut dans les ordinateurs achetés en grande distribution, ainsi qu’une force de persuasion familiale importante. Après tout, il a été payé, non ? Une première possibilité pour ceux qui souhaitent tester le passage à un système Linux, c’est d’utiliser le système installé sur une clé USB bootable. Cette pratique permet de découvrir le système sans danger et ainsi lever certaines appréhensions. Par la suite l’utilisateur pourra « recycler » une machine après son remplacement en y installant le système sur le disque interne, les possibilités de personnalisation du système seront plus importantes dans ce cas. Cette expérimentation peut aussi parfois apporter de bonnes surprises du genre : « Finalement, il ne rame pas tant que ça ce PC ! ».

Dans son environnement professionnel la liberté d’un enseignant de choisir son système d’exploitation est réduit par le choix souvent légitime, fait par la collectivité territoriale. Même si on peut le regretter, le système d’exploitation Windows semble incontournable dans l’exercice de notre métier.

Une liberté plus grande peut s’exprimer sans doute dans les suites logicielles et les applications professionnelles utilisées pour la pédagogie. Un terrain plus favorable du point de vue du choix se dessine dans ce cas. Les discussions du comité sur ce point ont été à la fois plus nuancées et plus contrastées. C’est un peu paradoxal dit comme cela mais rien n’est tout blanc ou tout noir et des choix différents s’opèrent suivant les situations et les motivations de chacun.

Dans la prochaine partie, je me penche davantage sur la suite logicielle utilisée dans le cadre de l’enseignement, en mathématique en particulier.

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L’heure du choix...

Une demande institutionnelle

La place du logiciel libre dans les établissements est de plus en plus important. Cette situation est davantage issue d’une réflexion économique et d’un choix stratégique raisonné.

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Orientations pour l’usage des logiciels libres dans l’administration
Circulaire ministérielle du 19 septembre 2012
http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2012/09/cir_35837.pdf

En plus de cette circulaire, cette situation est a priori encouragée par le code de l’éducation [6]. Je dis a priori car beaucoup de documents me sont encore transmis dans des formats dits fermés [7] (.doc, .docx,...) par l’administration. Cela ne me dérange pas outre mesure mais je comprends ainsi mieux le point de vue de l’élève ou du parent, non équipé du logiciel idoine, qui essaie d’ouvrir un fichier joint au cahier de texte dans un format précité.

Diffuser des documents

Dans le cadre de la diffusion de documents numériques aux élèves, le choix d’opter pour des logiciels libres ou du moins des formats de fichiers ouverts n’est alors plus un choix mais une réelle nécessité [8]. Pour les documents écrits non éditables à joindre à l’ENT par exemple et même certaines présentations, le format de fichier PDF [9] est à mon sens incontournable et offre un point de convergence pour les utilisateurs de logiciels propriétaires et ceux de logiciels libres. Pratiquement, je crée des devoirs en utilisant LaTeX (libre) et produit un document final en PDF. Mes collègues utilisant Microsoft/Word (propriétaire) ou LibreOffice/Writer (libre) peuvent en faire autant. La diffusion de documents n’est donc pas déterminant pour le choix entre les deux catégories de logiciels à la condition de produire un fichier au format ouvert comme le format PDF.

Produire des documents

Dans le cadre de la production de documents de manière isolée et individuelle, partant d’une page blanche et en utilisant son propre matériel la liberté de choix de logiciels est réelle. Les choix que chacun fait dans ce cadre ne sont pas discutables car ils sont personnels et n’engagent que l’utilisateur.

Là où cela se corse c’est quand nous commençons à collaborer et coproduire avec d’autres utilisateurs (collègues, élèves), que nous sommes amenés à travailler sur différentes plate-formes [10]. Il faut donc se mettre d’accord au préalable et trouver dans le cadre de la production de documents pour les élèves (édités sous format papier ou sous fichier en format ouvert) une suite bureautique qui convient aux différents acteurs de la collaboration. La suite bureautique installée dans l’établissement, dans les salles dédiées à certaines sections est souvent le choix par défaut.

Deux réalités différentes ont été décrites dans les échanges du comité et représentent à mon sens bien deux situations assez répandues.

  • Premier cas : Un lycée polyvalent (filière générale et professionnelle) avec des sections tertiaires. Dans le cadre des cours des matières tertiaires, l’accès à une salle dédiée avec la suite Microsoft et des manuels écrits pour, fait pencher l’enseignant des matières tertiaires pour une utilisation du tableur Excel. Son collègue de mathématiques peut préférer l’utilisation de LibreOffice/Calc ou encore le tableur intégré à GéoGebra ou encore un tableur en ligne. Dans ce cas on pourrait se poser la question de l’uniformité du logiciel utilisé pour « rendre service » aux élèves. Nous sommes nombreux à penser qu’un choix mixte peut dans ce cas rendre un plus grand service aux élèves en évitant un formatage par l’outil mais plutôt le développement de compétences transférables. Pour un enseignant de mathématiques, un transfert de la suite Microsoft vers une suite libre pour une utilisation basique [11] d’un tableur libre ne demande que peu d’investissement.
  • Deuxième cas : Un collège de taille modeste. La seule solution économiquement viable est alors le choix d’une suite bureautique libre. J’ajouterai même que parce qu’elle remplit pleinement son office, la préconisation d’une suite libre ou open est naturelle pour le référent numérique. Dans le cadre d’une sollicitation de Microsoft pour l’achat d’une licence 365 (tant pis pour les année bissextiles), transmise à l’ensemble de mes collègues j’avais rapidement pris la mesure de la dépense avant de répondre à mes collègues. Résultat : entre 1 000 et 1 500 € par an pour un collège de 400 élèves. Pour ce prix tous les élèves sont équipés chez eux ainsi que tous les collègues. Enfin ça fait quand même un TNI de très bonne qualité tous les deux ans... . Pour rappel, LibreOffice est disponible pour toutes les plate-formes courantes et ce à un tarif défiant toute concurrence (à moins de pratiquer des prix négatifs [12]). La réalité du choix pour l’enseignant n’est plus aussi présente que dans le premier cas. Pour coproduire, avec des collègues et des élèves au sein de l’établissement ou chez soi, l’option d’utiliser une suite bureautique libre s’impose.

Faire produire des documents par les élèves, en classe, à la maison

Même si cela a été évoqué dans le paragraphe précédent, il faut aussi en tant qu’enseignant se mettre à la place des élèves (si, si, c’est parfois utile, voire même instructif, l’inverse n’étant pas forcément vrai). L’élève dispose-t-il du logiciel chez-lui pour prolonger le travail à la maison ou bien le commencer. Peut-on attendre qu’il soit fait ?

Au delà de l’équipement et de l’accès à une plate-forme, le choix d’un logiciel libre permet à l’élève de travailler chez-lui dans les mêmes conditions.

La promotion de ce type de logiciels est en premier lieu faite par l’usage en classe des dits logiciels et également une exigence pouvant être légitime de production de la part des élèves de documents au format ouvert (odt, ods, odp, pdf,...) pour une évaluation ou une restitution facilitée dans l’environnement contraint de l’établissement, lors d’exposé de projets notamment.

Un exemple marquant issu de mon expérience en collège et qui dépasse le cadre de l’enseignement de mathématiques, est celui de l’épreuve orale d’histoire des arts. Lors de cette épreuve les élèves préparent des dossiers et sont interrogés sur l’un d’entre eux au choix du jury. L’épreuve consiste en une présentation orale du dossier , suivie de questions du jury. Lors de la présentation orale, le support informatique (ordinateur multimédia et vidéoprojecteur) peut être utilisé. À ce dessein, l’élève apporte ses documents sur clé usb et utilise le matériel présent dans les salles. La nécessité pour l’élève de l’interopérabilité se fait jour et est très clairement indiqué en amont de l’épreuve. Je pense que cette situation participe à la formation de l’élève au numérique et que dans ce cas le choix de logiciels libres dans l’établissement y contribue également.

Enseigner pour et par le numérique, le point de vue du référent

Les deux types de logiciels utilisés (libres ou propriétaires) peuvent avoir leur place conjointement dans l’enseignement. Je ne pense pas qu’il faille de prime abord exclure l’une ou l’autre des solutions pour des raisons dogmatiques. Les contraintes techniques, financières et pratiques font l’essentiel de l’arbitrage.

Ceci étant dit l’analyse des apports des uns et des autres logiciels permettent de penser la pédagogie autour du numérique autrement.

En effet, je ne pense pas qu’il faille trop détailler les consignes des activités en donnant les étapes du type « cliquer sur... », « ouvrir la fenêtre de dialogue... », captures d’écran à l’appui ne permettant pas le doute sur le logiciel utilisé. C’est une tendance chez certains éditeurs de manuels. Le fait de concevoir son activité pour deux logiciels équivalents libres ou propriétaires, permet non seulement de pouvoir plus facilement la partager, mais également de se concentrer sur l’essentiel de l’activité de l’élève. Le travail en salle multimédia peut paraître dans cette démarche plus fastidieux car les besoins de remédiation sont plus nombreux. Mon avis est qu’il gagne aussi en efficacité en permettant une plus grande autonomie des élèves par la suite. C’est peut-être aussi l’occasion de développer une coopération accrue entre élèves, la feuille de route de la séance étant moins balisée.

Permettre l’usage dans une même séance de logiciels différents est aussi une piste présentant un intérêt. En mathématiques, l’usage sur une situation géométrique identique de différents logiciels de géométrie dynamique permet d’apporter une valeur plus forte à une conjecture.

En ce qui concerne les logiciels de géométrie dynamique, l’offre se situe dans pratiquement tous les cas possibles. Certains sont plus simples à déployer que d’autres, s’intègrent mieux dans l’environnement (système d’exploitation, ENT). Une solution mixte avec plusieurs logiciels est possible notamment parce qu’une offre libre et/ou gratuite existe. Pourquoi s’en priver ?

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C’est leur choix...

Les éditeurs de ressources

Lorsqu’on est éditeur de ressources (éditeur de manuel, ressources en ligne) on est amené à faire des choix notamment sur les logiciels utilisés ou promus. Une ouverture plus grande aux logiciels libres se fait jour et est de plus en plus présente dans les manuels (en mathématiques en particulier). Je ne sais pas si c’est une volonté de promotion de la diversité, de réalité économique induite par les choix opérés dans les établissement, par les choix des rédacteurs (enseignants pour beaucoup), mais cette nouvelle tendance encourage l’usage de logiciels libres. C’est une bonne raison de s’y intéresser de plus près.

Un exemple de travail collaboratif : Sésamath

Une raison encore plus importante de s’y intéresser de plus près est la participation à une réalisation de ressources en collaboration ou à l’exploitation de telles ressources. Le seul cadre permettant une large diffusion et une liberté suffisante permettant l’appropriation et un travail avec les élèves est celui de licences libres et de formats ouverts.

À ce titre, il faut souligner le travail important (en quantité, en qualité, pour la communauté éducative) de l’association Sesamath [13]. Pour exemple, l’évolution de licence de GeoGebra a rendu impossible son intégration dans ses dernières version à LaboMEP. Le choix de l’association s’est donc portée sur MathGraph32 dont la licence été rendue compatible [14]. Un des atouts de ce choix pour les ressources et fichiers est l’interopérabilité. Les applications (souvent des web-applications) peuvent être utilisées sur des plate-formes différentes. Les fichiers produits notamment manuels et cahiers sont disponibles dans des formats ouverts que l’on peut ouvrir pour lecture ou modification indépendamment de la suite bureautique choisie. La nécessité d’interopérabilité conduit en grande partie à l’usage de logiciels libres qui sont conçus pour la plupart avec la contrainte de développement suivante : proposer des formats de fichiers ouverts, être disponible pour différentes plate-formes. Un autre atout indéniable est l’intégration facilitée dans les ENT, tant du point de vue technique que légal. On peut par exemple citer l’exemple de la web-application SACoche intégrée à la quasi-totalité des ENT soit au travers de l’hébergement soit par le partage de l’authentification ENT (La carte des ENT compatibles avec SACoche, La liste des ENT compatibles avec les procédures de mises en place)..

Les Espaces Numériques de Travail

Les espaces numériques de travail (ENT) sont présents dans tous les établissements [15]. Ils consistent pour l’ensemble en des web-applications regroupant des ressources numériques (applications et fichiers). Comme l’équipement des postes de travail dans les établissements le choix de l’ENT est fait par les collectivités territoriales. Ce choix contraint l’enseignant dans sa pratique et là encore toutes les situations sont présentes. Certaines sont plus ou moins heureuses. Les solutions propriétaires sont parfois mal spécifiées. Dans ce cas, les choix des applications à intégrées ne sont plus possibles au sein de l’établissement, la garantie pour les enseignants de pouvoir récupérer les ressources créées même dans le cas de changement de solution n’est pas toujours assurée. Une solution d’ENT libre ou reposant sur des briques logicielles libres est souvent un choix permettant une possibilité de partage des ressources plus grand.

Il permettent également de s’affranchir de grands opérateurs internationaux des réseaux communautaires (Google+, Dropbox, Facebook, Twitter,...) qui n’offrent pas le cadre légal conforme à un usage dans l’enseignement et le partage avec les élèves.

Dans mon cas, la solution adoptée est la solution Envole du pôle de compétence EOLE [16]. Cette solution repose sur un usage massif de web-applications libres. Ce choix a été guidé pour beaucoup pour favoriser l’interopérabilité de la solution.

Les services intégrés sont nombreux et peuvent être mis en place individuellement dans un site Internet par exemple pour tester ou bien pour créer son propre espace. J’en fais la liste non exhaustive pour illustrer que dans le domaine des web-applications les logiciels libres ont une place plus importante que dans les logiciels à installer sur les postes de travail.

  • Pour les sites Internet ou blog : SPIP (bien connu des rédacteurs de MathemaTICE), Wordpress sont deux solutions de système de gestion dynamique de contenus. Elles sont sous licence GPL et permettent à tout à chacun de créer une site Internet facile à maintenir et à animer à plusieurs.
  • Pour une plateforme d’apprentissage : Moodle (très répandu par ailleurs).
  • Pour le cahier de textes : cdt (cahier de texte chocolat). La licence est un peu plus floue car la licence chocolat est assez peu répandue [17].
  • Pour la gestion des ressources numériques (salle multimédia) : GRR.
  • Pour le webmail : RoundCube.
  • ... Pour l’ensemble des applications intégrées, il suffit de consulter le site d’Envole.

Les applications précités sont sous licence GPL. Cette licence vous permet par exemple de créer votre ENT personnel et d’intégrer tout ou partie de ces applications comme ressources logicielles.

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Conclusion

Pour ce qui est du choix du système d’exploitation, il est souvent très contraint. Ce constat fait ne contraint pas pour autant les choix des logiciels installés sur les postes de travail et pouvant être utilisés par une large partie de la communauté éducative (enseignants, élèves, parents, personnels administratifs).

Le chemin que j’ai emprunté vers les logiciels libres n’est ni semé d’embûches, ni pavé de bonnes intentions. Autrement dit, il n’est pas si difficile et ne conduit pas à un enfer. Je pense juste qu’il faut accepter qu’il ne se termine pas et que rien n’est définitif tant l’évolution technologique est réelle et rapide. Il peut être aussi utile de suivre un guide, un plan ou encore avoir l’envie de l’emprunter.

J’espère que vous aurez eu plaisir à lire cet article. Il ne s’agit pas pour moi de vouloir formater le lecteur dans une nouvelle norme du « tout libre sinon rien » (même si la pluralité des choix dans le domaine des logiciels libres empêche une certaine normalisation), mais plutôt d’inciter à la curiosité dans le domaine des logiciels libres et des standards ouverts, nécessaire à mon sens dans nos missions d’enseignement.

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ps

notes

[1Pour plus d’informations : accord entre Microsoft et le ministère de l’Éducation Nationale. Microsoft est une société commerciale et sa stratégie de conquête de marché est naturelle (comprenez que c’est dans la nature des entreprises commerciales et que je ne porte pas de jugement de valeur). Le récent partenariat passé avec l’éducation nationale peut laisser l’enseignant et citoyen perplexe. L’important c’est d’avoir conscience que ce partenariat n’est pas une entreprise à but purement philanthropique et comprendre ce qu’il engage réellement. Benjamin nous rappelle un épisode douloureux pour certaines associations d’un partenariat avec Microsoft dont la nature n’était pas assez claire. Voir le billet suivant.

[2Pour les ordinateurs type bureau : Ubuntu, Xubuntu, pour un RaspberryPi B+ : une Raspbian. Ces trois distributions sont basées sur des distributions Debian et en adoptent les mécanismes. Les deux premières sont orientées utilisateur final et assez simples d’utilisation et d’installation. La dernière me permet de faire de mon Raspberry un petit serveur de tests pour une consommation d’énergie très réduite. GNU est une acronyme récursif pour GNU is NOT Unix. Linux correspond au noyau Unix qui a été réécrit intégralement avec du code libre, GNU est un projet regroupant la suite logicielle sous licence libre (GPL) adossée au noyau

[3Alain nous rappelle au détour de cette évocation que les fenêtres ont été inventées par l’équipe d’Alan Kay dans les années 1970, précédant ainsi Bill Gates et la création de sa société.

[4Cliquer sur ce bouton démarre l’application permettant de lancer l’extinction du système. D’ailleurs toutes les fenêtres du système windows sont des applications avec des droits qui leur sont propres, parfois des droits d’administration qui en font des points de vulnérabilité aux virus.

[5Le Raspberry Pi est un ordinateur à taille réduite et peu énergivore, son développement avait pour but d’équiper à faible coût un maximum d’écoles dans des pays en voie de développement, et ainsi aider à l’apprentissage de la programmation.

[6Extrait de l’article L131-2 du code de l’éducation modifié par l’article 16 de la loi du 8 juillet 2013 : « Dans le cadre de ce service public, la détermination du choix des ressources utilisées tient compte de l’offre de logiciels libres et de documents au format ouvert, si elle existe. » lien vers l’article complet.

[7Les formats (ouverts ou fermés) de fichiers ne sont pas à confondre avec la catégorie d’un logiciel (libre ou propriétaire). Par nature les logiciels libres utilisent des formats de fichier ouverts (open document, pdf,...). Ce type de format de fichier le rend interopérable, utilisable sur plusieurs logiciels différents capables de les interpréter. Les logiciels propriétaires peuvent utiliser des formats de fichier fermés, dans ce cas l’interopérabilité n’est pas garantie. Plus d’informations sur les formats ouverts, Benjamin nous conseille ce site de référence.

[8Cette nécessité pour l’enseignant devrait être la même aux différentes instances nous transmettant des documents dans le cadre professionnel

[9pour Portable Document Format, désigne un langage de description de pages. Il a été développé par la société Adobe Systems, est un format ouvert et multiplate-forme voir plus loin .

[10L’appellation plate-forme est ici utilisée pour le couple matériel et système d’exploitation

[11Sans trop de Visual Basic dedans...

[12Peut-être certaines entreprises en pratiquent...

[13Les projets de l’association sont placés sous licence libre et la promotion des logiciels et ressources libres fait partie de la charte de l’association

[14L’intégration de MathGraph32 dans LaboMEP est décrite dans cet article

[16Pour plus d’information voir le lien

[17En fait la licence chocolat rend l’application cdt un chocolaware. Cette licence est une version gentiment restrictive de la licence GPL car elle invite l’utilisateur à rétribuer le concepteur en tablettes de chocolat et autres spécialités régionales. Les grands cabinets d’avocats américains ne se sont pas encore penchés sur la question. Espérons pour Pierre Lemaître qu’ils restent en dehors du coup.

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