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Un premier bilan du déploiement des TBI en Primaire
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Interview de Bernard-Yves Cochain, Directeur du CDDP de la Lozère et expert
TBI/PrimTICE pour le Ministère de l’Éducation
nationale, par Sébastien Hache de Sésamath

Sébastien Hache : Quelles
sont les impulsions données par l’Institution aux TBI ?

Bernard-Yves
Cochain :
La première
grande impulsion donnée en France a été celle
initiée par la SD-TICE dans le premier degré, dans le
cadre du dispositif PrimTICE.
En Avril 2004, 5 TBI ont été donnés par Calcomp
à 2 écoles de Lozère, 2 d’Ariège et 1
au centre IUFM de l’Ariège. Rapidement, 4 autres
constructeurs sont entrés dans l’opération et c’est
un lot de 50 TBI plus vidéoprojecteurs qui ont été
ventilés dans une grande diversité d’écoles,
de la classe unique au grand groupe scolaire, en milieu rural comme
urbain, de la maternelle au CM2, sans oublier l’AIS et les SEGPA.

Devant les premiers
résultats, le Ministère a décidé de
débloquer une somme permettant l’acquisition d’un peu
plus de 300 ensembles TBI et vidéoprojecteurs.
Un
effort important sur les prix consentis par les constructeurs, ainsi
qu’une grande mobilisation des Inspections académiques a
permis d’obtenir 451 TBI.
En 2005, une dotation
équivalente du Ministère a permis d’obtenir une vague
légèrement supérieure à la précédente.

En
2006, la mise en place de la Lolf
a limité sensiblement le succès de l’opération,
les crédits n’étant plus fléchés, ils
ont eu souvent d’autres destinations. Cependant, c’est encore
plus de 300 TBI qui ont rejoint les classes du premier degré.
Vous
trouverez ici, un historique
relativement détaillé de cette opération
.

Signalons le
département du Nord qui a lui seul a acquis près de 75
TBI dans le cadre de cette opération.
Il
faut aussi parler de l’impulsion donnée par certaines
collectivités. Des conseils généraux, comme
celui des Landes, qui, le premier a lancé une grande opération
d’équipement de ses collèges. Voir par exemple
l’article de François Chipot dans MathémaTICE
n°4
.

Des communes et bien
sûr des conseils régionaux, comme l’Île de
France ont suivi le même exemple.

Sébastien Hache : Avec quels résultats ?
Bernard-Yves Cochain :
Sur le plan quantitatif, on a tout lieu d’être satisfait dans
le premier degré, puisqu’en 3 ans, le nombre de TBI est
passé de 9 à près de 2000 (environ 1100 pour
l’opération TBI et 900 par les communes).

Sur le plan qualitatif,
les résultats sont très variés. Certains ont
complètement remplacé le tableau traditionnel par le
TBI et d’autres n’en font qu’une utilisation occasionnelle,
voire peu intéressante.
Le facteur déterminant
semble être la position du TBI. Fixe dans une classe, il est
d’utilisation quotidienne. Dans une salle informatique, il est
d’utilisation en moyenne hebdomadaire, ce qui en limite largement
l’intérêt et qui entrave une prise en main des
fonctionnalités les plus avancées des TBI.

En
effet, l’intérêt du TBI réside dans
l’interactivité qu’il offre pour mener une séquence
pédagogique. L’enseignant qui a à cœur de susciter
le plus de réactions possibles de ses élèves
grâce à cet outil obtient des résultats
remarquables, en particulier sur les élèves en

décrochage scolaire.

Cependant, trop
souvent, le TBI ne sert que de simple écran de projection et
dans ce cas, il semble plus pertinent de se contenter d’un simple
vidéoprojecteur.
À
notre avis, après avoir analysé de nombreuses pratiques
de classe, de la maternelle au lycée, les séquences les
plus riches sont celles qui consistent à produire le cours en
interaction avec les élèves.
Par
exemple, il est peu profitable d’arriver en classe avec un document
de Préao (type PowerPoint ou Impress) tout prêt car cela
limite l’implication des élèves. Il est beaucoup plus
productif d’arriver avec un Notebook (bloc-notes logiciel livré
avec la plupart des TBI) vierge. L’enseignant préparera sa
séquence en incluant dans les galeries les éléments
dont il pourra avoir besoin en fonction des réactions des
élèves.
Il lui suffira, de faire glisser du doigt un élément de cette galerie vers
le Notebook et de l’adapter, modifier, mettre en relation avec
d’autres éléments en fonction des hypothèses
et argumentations émises par les élèves.

Les TBI dotés
d’un Notebook évolué permettent ensuite de
sauvegarder cette trace écrite, pour la mettre à
disposition des élèves (ENT, cahier de texte en ligne,
Intranet…).
L’enseignant
peut, s’il le désire, modifier ce qu’il a réalisé
en direct en classe, pour le récupérer ultérieurement,
l’amender et le diffuser sous la forme la plus convenable possible
(cahier de texte, support de cours, ENT, cahier de vie…).

Sébastien Hache : Comment bien former les
collègues à l’usage des TNI ?

Bernard-Yves Cochain :
Tout d’abord, il convient de faire prendre conscience des apports
potentiels de l’outil.
On met souvent en avant
la possibilité de mémoriser les cours, ou celle de
rester face à ses élèves en intervenant au TBI.

Ces arguments sont corrects, mais ne reflètent qu’une très
faible partie de ce que permet un TBI. À mon avis, il convient
de réfléchir aux actions usuelles effectuées par
un enseignant sur un tableau traditionnel pour voir comment le TBI
peut améliorer la productivité.
Les
outils instrumenpoche,
par exemple, permettent de gagner beaucoup de temps, tout en
améliorant sensiblement la qualité des productions en
géométrie. Le tracé d’un simple tableau, ou
l’annotation d’une copie projetée au groupe classe font
aussi gagner un temps certain que l’enseignant pourra mettre à
profit pour du soutien aux élèves en difficulté.
Une autre approche pour
sensibiliser les enseignants aux avantages du TBI est de considérer
les trois phases d’une séquence pédagogique que l’on
pourrait décomposer ainsi :
- Situation de
découverte, rencontre de la notion qui sera étudiée,
réflexion, observation sur un point d’étude.
- Phase de mise en
forme, de création d’une règle ou d’une synthèse.
- Phase d’exercice,
d’entrainement et de contrôle des acquis ?

Le TBI n’est pas d’un
apport aussi intéressant pour chacune de ces étapes.
C’est
dans la situation de découverte qu’il est le plus riche. En
effet, la puissance de l’ordinateur associé permet
d’accueillir toutes les hypothèses des élèves
en sachant que d’un simple geste du doigt on pourra revenir en
arrière, modifier, rendre plus lisible la production
collective.

Dans
la deuxième phase, ce qui compte c’est que la trace écrite,
la règle, soient retranscrits de la façon la plus
satisfaisante possible. Les notebooks permettent d’optimiser ces
réalisations. Cependant, avec un simple vidéoprojecteur,
voire un simple ordinateur, cette mise en forme pourra être
effectuée de façon satisfaisante.
La
troisième phase est de peu d’intérêt avec un
TBI, puisque c’est alors la quantité et la qualité des exercices réalisés qui priment. Il vaut mieux dans
ce cas un ordinateur pour un ou deux élèves qu’un
TBI.
Le
TBI retrouvera en revanche tout son intérêt lors des
corrections.
Notons
l’arrivée de tables
interactives
, sortes de TBI
horizontaux où les élèves peuvent travailler
ensemble sur un exercice. Cela introduit une nouvelle dimension
collaborative en groupe restreint, particulièrement judicieuse
en primaire.

Sébastien Hache : Est-ce que la mutualisation des
ressources fonctionne bien ?

Bernard-Yves Cochain :
Oui, et non. Si on reprend ce que je viens de dire, on se rend compte
que ce qui est le plus intéressant avec un TBI, ce sont les
briques élémentaires, des outils, des cliparts qui sont
les plus pertinents.
Il
est rarement productif de mutualiser un document finalisé pour
les raisons sus-évoquées, le document achevé en
amont du cours a un impact pédagogique très limité,
en particulier sur les jeunes enfants.

De plus, les documents
finalisés posent des problèmes de compatibilité
entre marques de TBI. European Schoolnet travaille actuellement à
un projet de format de ficher commun afin d’obtenir une
interopérabilité parfaite entre les documents produits
par les différents logiciels de TBI.
En
effet, si tous les logiciels permettent de sauvegarder dans un format
« mort » (Jpeg, PDF…), c’est-à-dire
que le fichier ne pourra plus être modifié a posteriori,
la question du format de fichier « vivant »,
c’est-à-dire pouvant être modifié a posteriori
est primordial. Le constructeur SMART l’a bien compris en
proposant, par exemple, d’importer des fichiers dans d’autres
formats, comme, notamment, celui de Promethean.

En
attendant que cet exemple soit suivi et développé, il
semble plus judicieux de mutualiser des procédures ou des
ressources primaires. Par exemple, un professeur de technologie
pourra proposer des bibliothèques de symboles qui pourront
être incorporées dans les notebooks, y compris de
marques différentes de celui de son TBI.
Les
procédures mutualisées peuvent se retrouver dans des
bases de scénarios pédagogiques du type de la base
PrimTICE qui comporte à ce jour environ 400 scénarios
TBI.

Sébastien Hache : Quels sont les freins ?
Bernard-Yves Cochain :
Le prix des matériels est souvent évoqué comme
un frein au développement. Ce raisonnement ne tient pas
vraiment si l’on considère l’évolution du matériel
informatique. Les ordinateurs sont remplacés en moyenne tous
les 5 ans dans les établissements scolaires (6 ans en primaire
et 4 ans dans le secondaire).

Si on se réfère
au prix des ordinateurs il y a 6 ans en comparaison du prix actuel,
on se rend compte que pour un budget constant, une collectivité
peut acquérir environ trois fois plus de machines, ou bien
acquérir un certain nombre de vidéoprojecteurs et TBI.
Par
ailleurs, les TBI ont un rythme de vie assez long. Au Royaume uni, on
considère que ces matériels se renouvellent tous les 7
ans, mais cette valeur est très largement surévaluée,
un TBI de plus de 10 ans reste totalement opérationnel. Mieux,
les logiciels évoluent, offrant aux matériels les plus
anciens des fonctionnalités nouvelles au fur et à
mesure du développement de nouvelles versions de logiciels.

Ce
TBI de 1991, le premier commercialisé, fonctionnera de la même
façon que le tout dernier modèle de la marque puisqu’il
suffit d’installer la dernière version du logiciel pour lui
ajouter toutes les nouvelles fonctionnalités développées
au cours des 27 dernières années ! C’est loin
d’être le cas avec les ordinateurs. Vous imaginez faire
tourner Vista ou MAC OS X sur un TO7… C’est pourtant cette
prouesse dont son capables les TBI.

Certains
pays ont pris la mesure de l’intérêt du TBI. Par
exemple, au Royaume-Uni, d’ici à 2010, 100% des salles de
classes seront équipées. D’autres pays comme le
Mexique suivent de près.
Des
bidouillages plus ou moins maîtrisés rencontrent un
succès certain en France. Ce système D à la
Française permet de convertir au TBI des enseignants qui
n’auraient sans doute pas osé franchir le pas avec des
équipements plus coûteux. On remarque dans les pays ou
le marché est plus mûr qu’en France, que les
équipements mobiles (DMI
pour Dispositifs Mobiles Interactifs
)
sont en proportion de plus en plus faible au fur et à mesure
que les classes sont équipées en TBI fixes. Ces
matériels portables retrouvent alors l’usage pour lequel ils
sont conçus, l’équipement des personnels itinérants.

La question du prix
reste de toute façon marginale si on considère
l’intérêt des élèves. Un véritable
TBI, avec une surface de projection adaptée évite
l’effet de point chaud (reflet spéculaire de la lampe du
vidéoprojecteur) que l’on rencontre en utilisant un DMI sur
un tableau de classe ordinaire qui est en général très
brillant pour être facilement effaçable.

Le véritable
frein se situe plutôt au niveau des enseignants. Dans la
communauté des pédagogues, comme dans d’autres
domaines de la société, il y a des personnes qui vont
volontiers vers la nouveauté, d’autres, plus pragmatiques,
qui adoptent une nouvelle technologie en fonction de l’intérêt
qu’ils y voient. L’autre moitié des enseignants comporte
un groupe qui conserve a priori ses outils, mais qui peut se laisser
convaincre, et le reste qui ne changera pas de pratique, y compris
sous la torture.
L’accompagnement
des enseignants peut faire bouger la barre entre les innovants et les
statiques. Communiquer, former, informer autour de bonnes pratiques,
peut conduire les enseignants indécis à franchir le
pas. Il est à noter que certains enseignants ne considèrent
pas le TBI comme un outil informatique. Il devient le tableau de la
classe et l’on oublie la présence de l’ordinateur.

Sébastien Hache : A-t-on désormais un
catalogue précis d’utilisations possibles en classe ?

Bernard-Yves Cochain :
Il suffit de consulter les sites des constructeurs, les sites
institutionnels, d’écoles et d’enseignants pour se rendre
compte de l’immense quantité et surtout de la diversité
des utilisations possibles en classe.

Les enseignants ont un
fort potentiel pour « pédagogiser » des
matériels conçus à d’autres fins. Les
ordinateurs, comme auparavant les magnétophones ou les
caméras, n’avaient pas été conçus à
l’origine pour l’enseignement. Le TBI n’échappe pas à

cette tendance et ce n’est sans doute pas un hasard s’il a su
prendre un tel essor dans les classes où sont pratiquées
des pédagogies actives (Freinet, par exemple).
On
trouvera sur Educnet,
sur les sites disciplinaires et dans PrimTICE,
de nombreux exemples d’utilisation.
Signalons
aussi les interview et reportages réalisés par l’Agence
des Usages des TICE
(CNDP) qui
mettent en valeur des pratiques innovantes.

Sébastien Hache : Y-a-t-il eu des études
sur l’impact des TBI... ?

Bernard-Yves Cochain :
Il existe un certain
nombre d’études
. Ce qui
ressort de plus intéressant est l’apport sur la motivation
et la participation des élèves dont les effets positifs
sont particulièrement sensibles sur les élèves
en difficulté.

Les dernières
études anglo-saxonnes commencent à pointer les limites
de la généralisation des TBI. Les derniers
irréductibles, hostiles au changement ne se laissent pas
convaincre et les résultats exceptionnels obtenus lorsque l’on
équipait les enseignants motivés sont nettement à
relativiser lorsque l’on équipe les franges les moins
favorables.
Cela
peut sans doute guider une politique d’équipement en TBI.
Pour un développement optimum, il me semble qu’il
conviendrait d’équiper en TBI fixe, avec si possible
vidéoprojecteur grand-angle, les classes des enseignants
volontaires pour utiliser le potentiel des TBI. Les autres pourraient
se contenter de simples vidéoprojecteurs puisqu’ils se
bornent à des cours plus frontaux, moins interactifs et moins
participatifs.

Il sera toujours temps
de procéder à leur équipement quand ils auront
pris la dimension de l’apport des TBI.


Bernard-Yves
Cochain
Expert
Ministère PrimTICE / TBI
Directeur
du CDDP de la Lozère


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