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Des vidéos pour enseigner et apprendre des mathématiques
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Mis en ligne le 7 février 2018, par Christophe Alpacca

Christophe Alpacca est coordonnateur des enseignants de mathématiques à l’Ecole Européenne de Varèse, Italie.
Il a entrepris un travail d’envergure d’enseignement des mathématiques au moyen de séquences vidéos qu’il produit, ainsi que ses élèves.

L’article qui suit rend compte de cette expérience. Il comporte deux parties :

  • Un article de Karim Elouardani (avec une importante contribution de Christophe Alpacca) déjà paru sur Edupronet ;
  • Des questions de MathémaTICE à Christophe Alpacca sur les aspects proprement mathématiques de son activité vidéo.

Cet article peut être librement diffusé à l’identique dans la limite d’une utilisation non commerciale suivant la licence CC-by-nc-nd

1°) Enseigner avec les tablettes numériques : un exemple en cours de mathématiques

Karim Elouardani

Quel type dʼactivité mettre en place pour pouvoir enseigner avec les tablettes numériques ? Une question récurrente pour de nombreux enseignants qui souhaitent intégrer lʼutilisation des appareils mobiles en classe et renforcer la motivation de leurs élèves. Christophe Alpacca, professeur de mathématiques et coordinateur à lʼécole européenne de Varese en Italie, a répondu à la question en travaillant en coordination avec une enseignante de français, madame Benhassine sur un projet dʼutilisation des tablettes numériques en cours avec des élèves de lycée.

Pour enseigner avec les tablettes numériques, Christophe a tout simplement créé une chaîne de vidéos de mathématiques, https://www.youtube.com/channel/UCCPDhVo1x_exUx2Ei68FbAg animée par un avatar du nom de « Henri » afin de faire réviser les élèves ou de leur faire découvrir de nouvelles notions. Ainsi, les élèves peuvent suivre le cours selon leurs dispositions et leurs disponibilités. Ils maîtrisent le rythme dʼacquisition des notions et peuvent à tout moment revenir sur une leçon et prendre le temps quʼil faut pour la comprendre. Avec les vidéos, lʼenseignant a recours à la fois au registre visuel et auditif.

Il me semblait intéressant que les élèves ne voient pas leur professeur, même si le petit avatar a ma voix, bien sûr.

Pour Christophe Alpacca il est essentiel que les élèves nʼaient pas dans ce cadre, à faire directement à leur enseignant, mais quʼils puissent gérer par eux-mêmes leur apprentissage. Pour la classe de mathématiques, lʼenseignant a également créé un site internet où il poste certains cours, des exercices corrigés, des tests et des examens pour que les élèves puissent travailler en autonomie. Pour faciliter la compréhension et lʼassimilation de certaines notions délicates, lʼenseignant a agrémenté les cours de liens vers sa chaîne de vidéos.

Avec lʼenseignante de français, Christophe Alpacca a créé un autre site géré conjointement par les élèves et les professeurs. Dans ce site, lʼélève qui obtient la meilleure note à un test poste sa copie pour que ses camarades puissent avoir un « modèle » et comprendre les erreurs quʼils ont commises. En cours, lʼélève qui a réussi un exercice, validé par lʼenseignant, peut transférer ses résultats à ses camarades sur leurs tablettes (cela fonctionne avec Bluetooth et ne nécessite pas forcément de connexion internet).

Un élève peut également poster un exercice résolu sur le site afin que ses camarades puissent le retravailler à la maison. Les élèves sont ainsi acteurs de leur apprentissage et participent activement à la gestion du site élèves- enseignants.

Ce projet assez ambitieux, nécessite dʼavoir des élèves motivés et impliqués. Il faut également une forte préparation en amont de lʼenseignant et du temps pour familiariser les apprenants avec les outils numériques utilisés.

Ensuite, Christophe a encouragé ses élèves à créer et produire leurs propres vidéos, par binôme. Pour cela, il les a formés à lʼutilisation des tablettes et les a familiarisés avec les différentes applications indispensables pour la création de contenus vidéos.

Puis, je suis parti du principe quʼun élève qui sait expliquer une notion ou une résolution dʼun exercice est un élève qui a du recul et qui maîtrise la notion quʼil explique.

Le résultat obtenu étant de très bonne qualité, lʼenseignant a décidé de poster les vidéos des élèves sur sa chaîne Youtube, en mentionnant avec lʼaccord des parents le prénom et nom de lʼélève (leur visage nʼapparaissant pas puisquʼils utilisent un avatar), pour les valoriser après de nombreuses heures de travail.

Cette activité permet également aux élèves de se rendre compte de la quantité de travail que cela demande. En effet, selon Christophe, généralement la production dʼune minute de vidéo demande environ une heure de travail. Ceci si tout se passe bien, car une erreur dans la vidéo implique parfois un travail de correction de plusieurs heures.

Les vidéos des élèves sont diffusées en accès public https://www.youtube.com/channel/UCCPDhVo1x_exUx2Ei68FbAg

afin dʼen faire profiter le maximum de personnes et de valoriser encore plus le travail de la classe.

Pour sʼassurer de la qualité du contenu, les élèves envoient leur production à lʼenseignant par mail, afin de les rassurer et de corriger dʼéventuelles erreurs. De même, lorsque les élèves ne disposent pas ou ne maîtrisent pas les outils adéquats, lʼenseignant peut leur créer un document ou un graphique. Dans lʼoptique de récompenser les élèves pour leur travail, une note leur est attribuée. Si la vidéo est de bonne qualité, la note maximale est accordée. Ceci est toujours le cas car les élèves sʼauto corrigent jusquʼà ce quʼils estiment que leur travail est de très bonne qualité.

De manière générale, les vidéos diffusées servent pour les révisions et la préparation des examens. Cʼest une méthode plus ludique qui permet de sortir du traditionnel exercice au tableau.

Christophe Alpacca sʼinvestit énormément dans la réalisation de ses projets et bénéficie de lʼappui de lʼadministration, des parents et des élèves. Au final, enseigner avec les tablettes numériques représente un réel travail de collaboration et de coopération et demande quelques sacrifices. Néanmoins, il apporte une réelle valeur ajoutée à lʼenseignement et des résultats satisfaisants pour les élèves.

Cinq questions à Christophe Alpacca

1/ Pour commencer, comment vous est venue l’idée de créer des vidéos pédagogiques

Permettez-moi de vous expliquer comment jʼai été amené à enseigner avec les tablettes. Ma collègue de français, Mouni Benhassine, a utilisé lʼiPad bien avant moi. En me présentant quelques applications, dont Notability https://itunes.apple.com/ca/app/notability/id360593530?l=fr et Explain Everything https://edu.ge.ch/site/tablettepedagogique/2015/04/24/explain-everything/ et leurs utilisations possibles dans une classe de français, lʼutilisation de la tablette en mathématiques sʼest avérée un atout en classe et dans la constitution de mes cours.

Nous avons dès lors envisagé de monter un projet dans une classe pilote avec le soutien de notre direction et de notre inspection. La tablette nous sert entre autres à transmettre des documents aux élèves via AirDrop, https://support.apple.com/fr-fr/HT203106 à corriger des copies, à les annoter à lʼaide de Notability et à les poster sur nos sites respectifs de mathématiques et français. De plus, les élèves sont administrateurs dʼun site au même titre que moi, ils ont la possibilité de poster sur ce site des corrections dʼexercices que jʼai validées ou de poster la copie de lʼélève qui a obtenu la meilleure note lors dʼun test, pour que les camarades puissent en tirer profit et améliorer par exemple leur rigueur à lʼécrit, ou tout simplement lire la réponse attendue par le professeur.

La découverte dʼExplain Everything a laissé entrevoir la possibilité de faire des vidéos, dans un premier temps, surtout pour introduire ou rappeler une notion délicate, comme par exemple la découverte du radian puis du cosinus dʼun angle orienté que lʼon découvre en S5 (équivalent seconde française). Cela permet aux élèves qui ont besoin de plus de temps pour assimiler le cours ou une méthode de résolution dʼexercice de voir plusieurs fois la vidéo, de faire pause ou un retour en arrière pendant la vidéo. Plusieurs registres interviennent dans le processus de mémorisation comme le visuel, lʼauditif et la possibilité dʼinsérer de petites animations ou un curseur qui se déplace pour aider lʼélève à suivre le déroulement de la vidéo.

Bien sûr, au départ, jʼétais conscient que le temps pour maîtriser les applications et surtout pour constituer une vidéo serait conséquent. Cela dit, ce travail est réutilisable pour les futurs élèves et cʼest un investissement à moyen ou long terme. Enfin les vidéos ont été créées aussi pour permettre aux élèves de réviser autrement pour préparer un test ou examen de fin de semestre, même sʼil est clair que ces révisions doivent être complétées par un travail personnel à la maison.

2/ Aviez-vous, avant le début du projet, des compétences particulières en informatique, multimédia ?

Jʼai bien entendu des bases en informatique, jʼutilise lʼordinateur pour créer mes cours, mais jʼai dû apprendre les rudiments de lʼutilisation de la tablette et surtout passer beaucoup de temps avant de pouvoir gérer les différentes applications utiles à la création dʼune vidéo.

Lʼimportant était de pouvoir se former à lʼutilisation de ces nouveaux outils. A cette occasion, je remercie M. Dominique Willé, Inspecteur français des Ecoles Européennes et M. Marc Neiss, Inspecteur délégué académique au numérique de lʼacadémie de Strasbourg, de nous avoir permis, Mme Benhassine et moi, de rencontrer des collègues qui utilisaient les tablettes en classe et de pouvoir être formés.

Puis, pour pouvoir maîtriser lʼoutil, cela nécessite des heures dʼutilisation.

3/ Combien de temps consacrez-vous par semaine à vos projets éducatifs numériques (vidéos + sites) ?

Il est difficile de quantifier le travail numérique, tant il fait partie de mon quotidien, en classe et à la maison. La partie la plus lourde à gérer est sans aucun doute la création ou la correction des vidéos. A vrai dire, jʼutilise très souvent lʼiPad pour les cours de S5, S6 et S7 (respectivement seconde, première S et Terminale S) mais sous différentes formes, en fonction des notions abordées et de la classe que jʼai devant moi.

En S5, je réinvestis les vidéos que jʼai faites lʼan passé mais aussi celles que les élèves de la classe pilote ont constituées également lʼan passé. Ces élèves bénéficient de tout ce travail et sont vraiment reconnaissants. Cʼest surprenant de constater quʼune notion qui a été mise sous vidéo est maîtrisée par tous ces élèves. Ils souhaiteraient vraiment que toutes les notions vues soient sous vidéos car ils adhèrent complètement. Les élèves, seuls devant leur vidéo avec leurs écouteurs, sont isolés du bruit et de leurs camarades, et sont très concentrés sur ce quʼils font ; de plus, ils ont bien sûr lʼoccasion de faire une pause ou un retour en arrière.

Les élèves de S6, la classe pilote, a quant à elle, le travail le plus exigeant car cʼest elle qui constitue des vidéos, en binôme, à raison dʼune vidéo par semestre. Les S7 bénéficient surtout de la touche AirDrop pour recevoir des documents, exercices ou cours, mais aussi pour recevoir les corrections du professeur, surtout les captures dʼécran de lʼapplication de la calculatrice TI- Nspire. Cela leur est très utile.

Le temps consacré au numérique et à la correction des productions des élèves est conséquent. Cʼest un travail de longue haleine.

4/ Quels impacts ces activités ont-elles sur vos élèves ? Yʼa t-il un impact mesurable sur leurs résultats scolaires ?

Enseigner avec les tablettes a transformé mon enseignement. Les élèves sont beaucoup plus acteurs dans le cours et en dehors, surtout pour la classe pilote, la S6. Ils sont responsables de ce qui est posté sur le site car ils sont au même titre que moi administrateurs de ce site. Ils doivent soigner non seulement leur écriture ou leur dessin, mais surtout leur rigueur à lʼécrit. La constitution des vidéos par les élèves est très exigeante. Cela leur demande un grand investissement, une anticipation et une maîtrise de lʼoutil numérique. Cela est aussi un gros travail pour le professeur car il faut beaucoup échanger avec les élèves en dehors des cours, par mails souvent. Il faut relire les documents créés par les élèves, les corriger, parfois créer des documents pour les élèves.

Il faut aussi analyser la vidéo proposée par les élèves. Cʼest un moment délicat car il faut être critique mais bienveillant car je sais que les élèves ont passé de nombreuses heures et que le moindre défaut peut engendrer des modifications qui prennent du temps. En ce qui concerne lʼimpact de ces vidéos, il est à lʼheure actuelle difficile à apprécier en termes de notes aux tests car un chapitre comporte plusieurs notions qui ne peuvent pas toutes être abordées dans une vidéo.

En terme de motivation et dʼenthousiasme pour la matière, lʼimpact est très positif. Comme je le mentionnais, les élèves de S5 adhèrent complètement et comprennent vraiment très bien une notion abordée en vidéo. Les élèves de S6, en faisant les vidéos, maîtrisent beaucoup mieux les notions et le vocabulaire mathématiques. Ils sʼapproprient vraiment les concepts et progressent également dans la formulation des explications. Ils sont fiers de la qualité des vidéos produites et mesurent la chance quʼils ont dʼêtre la classe pilote.

Cela dit, plus la banque de données des vidéos sera enrichie, plus lʼimpact en termes de réussite dans la matière (notes aux tests) pourra être mesuré.

5/ Quel conseils pourriez-vous donner à un enseignant qui souhaite réaliser le même type de projet ?

Tout dépend de quoi on parle.

Si cʼest de lʼutilisation de la tablette en classe, je lʼencourage vivement car il est assez aisé de maîtriser les rudiments qui transforment déjà considérablement un cours avec lʼutilisation dʼAirDrop, Notability…

En ce qui concerne la conception de vidéos, cʼest une autre chose. Tout dʼabord je conseillerais à un collègue qui souhaite se lancer dʼêtre formé par un utilisateur qui maîtrise déjà les applications nécessaires à la création de vidéos. Ce sera un gain de temps considérable. Ensuite, il faudra être passionné par le projet : une fois que le professeur aura maîtrisé lʼoutil, il faut compter entre 3 et 5 heures pour créer une vidéo, peut-être moins. Tout dépend de la durée de la vidéo, de la notion abordée et de la volonté du professeur de créer quelque chose dʼoriginal et de ludique.

Pour ce qui est de la création de vidéos par les élèves, cela nécessite dʼavoir des élèves volontaires, courageux, travailleurs. Il faut avoir de bonnes relations avec ses élèves, être bienveillants avec eux car le travail demandé est conséquent. Il faut être prêt à consacrer une partie de son temps libre pour former les élèves, échanger des mails avec eux, les rassurer sur leurs choix dʼexercices, leurs corrections. Il faut leur donner des conseils, leur rappeler que le travail en amont avant lʼenregistrement est capital. Il est important que les élèves sollicitent le professeur avant lʼenregistrement afin de demander des conseils, de proposer les exercices avec corrections pour éviter dʼavoir à refaire intégralement lʼenregistrement de la vidéo, ce qui est arrivé parfois à quelques binômes. Enfin, il faut savoir être présent pour maintenir leur motivation et leur enthousiasme.

Ce projet, bien quʼexigeant, est à mon sens un projet passionnant, fédérateur dans la classe. Il permet dʼenseigner autrement les mathématiques, et contribue à établir une relation de confiance entre le professeur et les élèves. Bien entendu, cʼest un projet qui, pour être viable, a nécessité le soutien de lʼadministration de lʼEcole Européenne de Varese et de lʼinspection. A cette occasion, je remercie encore vivement M. Dominique Willé, Inspecteur français des Ecoles Européennes, M. Marc Neiss, Inspecteur du numérique, Mme Brigitte Wenner, Inspectrice de mathématiques de lʼAcadémie de Strasbourg et M. Luc Louys, Inspecteur de mathématiques des Ecoles Européennes pour leur confiance dans ce projet.

2°) Questions de MathémaTICE à Christophe Alpacca sur les aspects mathématiques de son activité vidéo

Quels sont les aspects des mathématiques susceptibles de traduction sous forme de vidéos ?

Mes choix se sont portés dans un premier temps sur des notions délicates mais fondamentales, selon moi, à mettre sous format vidéo pour que les élèves puissent avoir le temps de les assimiler.

Exemples :

  • Détermination d’une équation cartésienne d’un plan dans l’espace, à l’aide du déterminant de 3 vecteurs ou du produit vectoriel de deux vecteurs en classe de S6M45 (équivalent 1ère S)
    https://youtu.be/L2Le-n-Cl0s
    https://youtu.be/sPzJSmqPwnI
    Puis afin de permettre aux élèves de réviser pour un test ou de se remettre à niveau pour l’examen de fin de semestre, j’ai décidé de mettre en vidéo les techniques de base de résolution d’exercices.

Quelles sont les questions qui se posent pour définir le contenu mathématique de la vidéo, avant de passer à l’aspect technique ?

Qu’est-ce que l’élève doit absolument assimiler dans tel chapitre ?
Cela peut être une propriété ou une notion fondamentale abordée dans un chapitre, des rappels de cours utiles à la résolution des exercices de la vidéo.

  • Exemples :
    • Tracé d’une droite à partir de son équation réduite, détermination de l’équation réduite d’une droite à partir du graphique, en classe de S3 (équivalent 4ème )
      https://youtu.be/4YJtl9iDN8g
      https://youtu.be/iLrX2l5M_hg
    • Relation entre intégrale d’une fonction et l’aire délimitée par le graphique de cette fonction et l’axe des abscisses.
      https://youtu.be/AMSqzu9r1Fw
      Les exercices doivent être gradués dans la difficulté.
      Les exercices doivent être toujours corrigés.
      Quels sont les exercices qui doivent être résolus sans la calculatrice ?
      Quels sont les exercices qui doivent être résolus entièrement à la calculatrice ?

Quels sont les rôles respectifs des élèves et des professeurs dans cette partie ?

Dans la création d’une vidéo faite par le professeur.

  • Les élèves regardent la vidéo pendant le cours, ou parfois à la maison, prennent des notes sur leur cahier et résolvent les exercices proposés ( ils ne regardent pas la solution des exercices dans un premier temps, en mettant sur pause la vidéo.)
  • Auto-correction avec la suite de la vidéo
  • Le professeur interroge dès que possible les élèves, parfois individuellement, pour vérifier que la vidéo est comprise
  • Réinvestissement en classe.

Dans la création d’une vidéo faite par les élèves.

  • Quelques élèves sont formés par le professeur à l’utilisation de l’iPad et de ses applications, ces élèves forment à leur tour les autres élèves.
  • Le professeur constitue un binôme d’élèves, composé au moins d’un élève qui obtient de bons résultats dans la matière et qui montre une aisance dans l’utilisation des applications de l’iPad nécessaires pour faire une vidéo.
  • Le professeur propose plusieurs semaines à l’avance de créer une vidéo sur un chapitre qui sera traité au moins deux semaines avant la date butoire pour remettre la vidéo. Bien sûr un délai supplémentaire peut être accordé à la demande du binôme.
  • Le chapitre sur lequel portera la vidéo est étudié sur les deux ouvrages que j’ai créés ces deux dernières années « CAP MATHS » et « CAP MATHS CORRIGES » Les élèves peuvent s’inspirer des exercices et des corrections proposés dans ces deux manuels. Le professeur guide les élèves en leur mentionnant les exercices qui sont fondamentaux dans ce chapitre.
  • Le binôme choisi se répartit le travail en toute liberté. Ils constituent les exercices et leurs corrections. Chaque élève teste les exercices de son camarade et donne son avis.
  • Les élèves envoient par mail au professeur les énoncés des exercices ainsi que leurs corrections.
  • Je vérifie l’exactitude, la rigueur du travail et la pertinence des exercices.
  • Je suggère aux élèves les exercices ou questions qui peuvent être entièrement corrigé à la calculatrice (n’oublions pas qu’un examen en S6M5 s’effectue à l’aide de la calculatrice en exploitant ses capacités).

    Exemples :
  • Dans le chapitre géométrie dans l’espace en S6, détermination d’une équation cartésienne d’un plan ou détermination des équations paramétriques d’une droite intersection de deux plans dont on connaît des équations cartésiennes.
  • Le feu vert est donné par le professeur pour que les élèves passent à l’enregistrement de la vidéo.
  • Les élèves proposent la vidéo au professeur. Je contrôle l’exactitude des explications, la rigueur du vocabulaire utilisé. Cette phase nécessite une grande bienveillance ; je sais que les élèves qui doivent corriger une portion de la vidéo auront besoin de courage et de temps pour régler les détails.

En quoi la création d’une vidéo permet-elle aux élèves de mieux comprendre le sujet qu’ils ont abordé ?

  • Créer des exercices, et commenter leurs corrections, nécessite de prendre du recul par rapport au chapitre étudier.
    Exemples :
  • Dans le chapitre « étude de fonctions » il est important lors des commentaires de lire f(x) ,« f de x », de ne pas confondre la fonction avec sa représentation graphique afin d’éviter de dire « Cf est positive » ou « f est au-dessus de l’axe des abscisses »
  • Pour l’exercice à résoudre entièrement à la calculatrice, il est nécessaire de connaître une utilisation pertinente de la calculatrice.
  • Solim, élève de S6, précise qu’il choisit de proposer un exercice sur la partie du chapitre qu’il trouve délicate, difficile à comprendre. Ainsi, il sait qu’il devra beaucoup travailler pour pouvoir résoudre et surtout commenter cet exercice.
  • Selon les élèves, le binôme qui prépare une vidéo sur un chapitre est considéré aux yeux de ses camarades comme le spécialiste de ce chapitre. Autrement dit, les élèves qui ont des difficultés de compréhension sur un chapitre questionnent, en priorité, le binôme qui prépare la vidéo sur ce chapitre pour avoir des explications.

Vu le temps investi (une heure par minute de vidéo produite), quels sont les thèmes à privilégier ?

  • Les exercices classiques que l’on peut retrouver en examen (le choix est guidé par le professeur durant le cours)
  • N’importe quel chapitre du programme peut être abordé par vidéos mais les exercices proposés qui utilisent des techniques nouvellement abordées doivent être de difficulté moyenne.

Comment sont abordées en classe les questions non abordées par le passage en vidéo ?

  • Cours traditionnel au tableau à craie ou tableau interactif (TBI)
  • Utilisation des iPads et du site de la classe par l’envoi de fichiers pour le cours et les exercices.
  • La fonction airdrop permet l’envoi immédiat d’exercices, de graphiques, mais aussi l’envoi de la part des élèves de propositions de résolutions d’exercices. https://support.apple.com/fr-fr/HT203106
  • Vidéoprojection de ces résolutions en classe entière.
  • Gestion par les élèves d’un site où ils peuvent poster les copies scannées des meilleurs devoirs et meilleures résolutions d’exercices des élèves ( cela permet aussi de poster plusieurs résolutions possibles pour le même exercice)
  • Annotations sur iPad de leur travail sur Notability. https://itunes.apple.com/ca/app/notability/id360593530?l=fr
  • Captures d’écran de la calculatrice TI-Nspire pour proposer une résolution d’exercice ou un graphique.

Exemple :
Calcul d’une aire comprise délimitée par une courbe d’une fonction et l’axe des abscisse en S7 (équivalent Terminale)

BILAN

  • Le travail

Le travail produit par les élèves est sérieux et rigoureux même si ce travail est difficile. L’avantage est que ce travail est pérenne. Il peut être utilisé d’une année à l’autre pour réviser les tests et les examens, et sert également à d’autres classes. Les élèves sont cependant conscients qu’il faudra compléter ces révisions par du travail personnel à la maison.

Lors de la préparation des vidéos, le binôme chargé de faire la vidéo retient beaucoup mieux les notions et comprend bien le chapitre.

Lors des cours, en visionnant une vidéo, les élèves progressent dans leur concentration. Ils sont isolés de leur entourage et du bruit ambiant et contrôlent le flux de la vidéo.

Pendant le visionnage des vidéos par les élèves, le professeur peut prendre en charge des élèves individuellement et les questionner. Les élèves sont conscients que les vidéos sont un outil précieux mais que cet outil ne saurait remplacer le professeur.

  • La relation professeur-élèves et la valorisation des productions

Il faut souligner l’importance de la communication entre le professeur et le binôme dans l’élaboration de la vidéo, notamment pour éviter de tout reprendre à zéro. Le regard bienveillant du professeur est primordial pour rassurer les élèves lors des différentes étapes de la conception de la vidéo. Il faut faire également preuve de souplesse pour le respect des délais impartis et permettre aux élèves de retravailler leur vidéo autant de fois que nécessaire pour que la vidéo soit la plus aboutie possible et obtenir la note maximale, ce qui s’est produit à chaque fois. Leurs productions sont enfin postées sur Youtube en accès tout public.

  • L’aspect ludique et créatif

Il y a un côté créatif et ludique dans la conception de la vidéo : choix des avatars, travail sur la voix, choix des exercices… Le côté ludique est aussi présent lors du visionnage de la vidéo. C’est une autre façon d’apprendre. Il ne faut cependant pas oublier que la technologie doit toujours être au service de la pédagogie.

  • Autres compétences développées

Les élèves bien que guidés, sont responsables de leurs productions et développent diverses compétences, autres que mathématiques : des compétences organisationnelles, techniques, ils apprennent à travailler en équipe, à gérer la communication avec le professeur etc. Les élèves se rendent compte de la difficulté de créer des exercices, de créer des vidéos. Selon eux, ils se rendent compte de la difficulté du travail de professeur.

Remerciements :

C’est un projet collectif qui n’aurait pu exister sans le soutien de l’inspection et de la direction de l’Ecole Européenne de Varese.

De plus, je tiens à remercier Madame Laurence Bories, notre documentaliste, pour son implication dans la gestion des iPads. Elle a été d’un grand soutien dans la mise en place du projet.

Les élèves de S6 sont très motivés et fiers d’être la classe pilote pour ce projet. Je remercie vivement les élèves : Anatole, Elise, Uriel, Loïc, Annette, Aline, Alice, Solim, Julien et Julia pour leur engagement et le sérieux de leur travail dans ce projet.

Pour finir, je tiens à remercier très chaleureusement Madame Mouni Benhassine pour sa créativité et pour avoir partagé ses connaissances et compétences dans l’utilisation de l’iPad et de ses applications.

Chaîne de Christophe Alpacca

Chaîne de Mouni Benhassine


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