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Les nouvelles technologies pour l’enseignement des mathématiques
Intégration des TICE dans l’enseignement des mathématiques

MathémaTICE, première revue en ligne destinée à promouvoir les TICE à travers l’enseignement des mathématiques.

Quelques bémols dans une mélodie trop allègre...
Article mis en ligne le 23 mars 2007
dernière modification le 26 mars 2007

par Gérard Kuntz

A lire les articles sur le TNI proposés dans ce dossier, on mesure l’exceptionnelle puissance du nouvel outil : un enseignant habile à l’utiliser y trouve de quoi en mettre plein la vue aux plus blasés !

Sur un sujet donné, il récupère les documents des années passées et les adapte à sa classe actuelle. Il insère dans sa présentation de la géométrie dynamique, du calcul symbolique ou des feuilles de calcul de tableur. Rien ne l’empêche de montrer des vidéos illustrant certains aspects du sujet. Le cours devient alors remarquablement « professionnel ». L’information distillée est belle dans la forme et dense dans le contenu.

Nous avons tous apprécié de semblables présentations, avec des outils moins élaborés que les TNI (un diaporama multimédia par exemple). Et nous avons décroché rapidement sous l’avalanche d’informations, d’images, de sons et de mouvements. Si nous sommes peu familiers du sujet présenté, l’exceptionnelle richesse des documents qui défilent à vitesse soutenue est le meilleur moyen de nous faire perdre pied. Il ne reste plus qu’à attendre la fin du spectacle pour reprendre souffle...

Croyez-vous qu’il en aille autrement des élèves ? La nouveauté est leur lot quotidien. C’est folie de croire qu’on peut ingurgiter tant d’informations complexes en peu de temps. Même un adulte habitué à traiter rapidement l’information capitule ! Dans « Tant qu’il y aura des élèves », l’auteur (Hervé Hamon) raconte son expérience de « fond de classe » : « Moi qui suis bon public, je témoigne qu’installé de cette manière, étourdi de tant d’heures torrentielles, barbouillé de changements de décor et d’intrigue éclair, les chances de s’émerveiller sont faibles... ». Et celles de comprendre ?

De par leur exceptionnelle puissance même, les TNI appellent à une grande retenue de la part des enseignants. Je rappelle deux mises en garde de Bachelard :

« La première expérience ou, pour parler plus exactement, l’observation première est toujours un premier obstacle pour la culture scientifique. En effet cette observation première se présente avec un luxe d’images ; elle est pittoresque, concrète, naturelle, facile. Il n’y a qu’à la décrire et à s’émerveiller. On croit alors la comprendre.
 [1] »

« Dans la formation d’un esprit scientifique, le premier obstacle, c’est l’expérience première, c’est l’expérience placée avant et au-dessus de la critique qui, elle, est nécessairement un élément intégrant de l’esprit scientifique
 [2] »

Il faut sans doute renoncer à trop montrer (et trop vite). Il faut davantage élaborer les connaissances avec les élèves. Le TNI peut alors devenir un Tableau de Brouillon Interactif où des élèves testent des hypothèses avec le professeur et progressent pas à pas dans la connaissance. On gagne toujours à envoyer des élèves au tableau (surtout s’il est interactif), car on réalise alors ce qu’ils comprennent vraiment, quelles sont leurs représentations et quel est leur rythme propre (on le surestime bien souvent).

Cela me rappelle une affiche de la prévention routière qui s’adressait à l’automobiliste en ces termes : « Maîtrise tes chevaux ! ». C’est le conseil de prudence que je donnerais volontiers aux utilisateurs de ces outils surpuissants.