Les nouvelles technologies pour l’enseignement des mathématiques
Intégration des TICE dans l’enseignement des mathématiques

MathémaTICE, première revue en ligne destinée à promouvoir les TICE à travers l’enseignement des mathématiques.

La classe flexible, une nouvelle façon d’enseigner ?

Prendre en compte de façon novatrice l’élève et son corps en lui permettant de s’affranchir de la posture traditionnelle chaise/table. Les enjeux sont multiples : prendre en compte la diversité des élèves, les rendre autonomes, les motiver, les faire travailler en coopération.

Article mis en ligne le 23 mai 2024
dernière modification le 22 mai 2024

par Fanny Rome

La classe flexible, qu’est-ce que c’est ? C’est une nouvelle façon d’enseigner qui nous arrive de l’Outre Atlantique et qui commence à s’installer en France notamment dans le primaire. Elle prend en compte de façon novatrice l’élève et son corps en lui permettant de changer de la posture traditionnelle chaise/table. Les enjeux sont multiples : prendre en compte la diversité des élèves, les rendre autonomes, les motiver, les faire travailler en coopération.


La flexibilité au collège Ray Charles.

Le collège se situe dans la banlieue proche de Montpellier et accueille 600 élèves de différents milieux. Je suis arrivée en 2016 dans l’établissement. En 2018, j’ai eu affaire à un élève TDAH qui passait son temps à se retourner. J’avais vu un reportage sur les réseaux sociaux proposant d’attacher un simple élastique entre les pieds d’une table. J’ai donc tenté l’expérience avec une vieille chambre à air de vélo. L’élève a trouvé tout seul comment s’en servir et ne s’est plus jamais retourné ou balancé sur sa chaise, ses pieds harcelant, martyrisant cet élastique, son corps évacuant son besoin de mouvement, l’élève pouvait alors se concentrer sur la tâche à accomplir. Cela a été un vrai point de démarrage et j’ai réellement commencé à expérimenter la classe flexible en 2019. Ma salle de classe mesurant près de 80m² cela a aidé à me lancer, me permettant de créer plusieurs espaces sans perdre trop de place. Pour cette première expérience, j’ai eu essentiellement recours au système D : j’ai ramené deux vieilles tables basses et des coussins de sol de chez moi, emprunté une table atelier ainsi que 4 chaises aux collègues de techno et un tapis de sol aux profs d’EPS. Cette expérimentation fut stoppée net par la crise COVID et l’année scolaire suivante fut un électrochoc : c’était un calvaire pour moi d’enseigner à des élèves en autobus qui ne pouvaient pas se déplacer. J’étais alors convaincue que la classe flexible n’était pas « gadget » et que c’était la pédagogie qui me correspondait. J’ai donc entrepris de réellement passer en 100% flexible à la rentrée 2021/2022.

J’ai monté un dossier que nous avions prévu de déposer auprès du Conseil départemental avec mon chef d’établissement. Il a finalement décidé de prendre en charge la totalité du financement du matériel qui s’élevait environ à 4 000 €. À savoir, l’Éducation Nationale permet le financement de projets innovants via la démarche Notre École, faisons-la ensemble.

J’ai découvert cette classe flexible notamment sur les réseaux sociaux, souvent lors de reportages sur les pédagogies utilisées dans d’autres pays (Finlande, Québec). J’ai alors cherché à étendre mes connaissances sur Pinterest ou en suivant des groupes de classe flexible sur Facebook ou Instagram. L’ouvrage « Remodeler sa pédagogie et sa salle de classe » de Vincent Faillet du Réseau Canopé a été également d’une grande aide et m’a ouvert les yeux sur de nouvelles pédagogies.

Cela fait deux ans que j’enseigne ainsi et c’est une réelle bouffée d’oxygène. Je me suis affranchie des cases dans lesquelles je m’étais mise toute seule en reproduisant le schéma que j’avais toujours vu. À la suite de mon expérimentation, la plupart de mes collègues se sont mis à se questionner et commencent à s’intéresser au changement de postures. Certaines sont plus réfractaires, je ne leur en veux pas, du moment que chacun enseigne avec la méthode qui lui convient.


La flexibilité dans la posture.

Le premier changement que l’on remarque quand on entre dans une classe flexible ce sont les aménagements présents dans la salle. Ici les tables sont disposées d’abord dans un grand U face au tableau, il me permet d’y mettre les élèves ayant le plus besoin de cadre ou de mon aide. Je peux aisément passer de l’un à l’autre avec mon super tabouret à roulettes :

Les autres tables sont principalement installées en îlots, permettant ainsi l’entraide :

Pour les installations un peu plus originales :

  • Le canapé bordeaux, très souvent plébiscité avec ses supports pour ordinateur afin d’être bien installés :
  • Les vélos-bureaux qui permettent aux élèves d’être en mouvement et d’être ainsi plus concentrés (l’activité physique permet d’oxygéner le cerveau et de lui redonner le carburant nécessaire lorsque la fatigue cérébrale se fait ressentir au milieu d’une journée de cours par exemple) :
  • La table atelier :
  • Le tapis de sol avec les Z-tools permettant de travailler dans une bonne position :
  • Les galettes à picots qui remplacent les ballons de gym et favorisent les micro-mouvements :
  • Les tabourets oscillants qui favorisent également les micro-mouvements :
  • Les casques anti-bruit ;
  • Les tableaux blancs supplémentaires en libre accès :
  • Les bancs qui permettent également d’avoir du rangement :
  • Les caissons de rangement qui peuvent aussi permettre de travailler debout :

Ce sont les installations que j’ai choisies, mais il existe de nombreuses possibilités à explorer. Beaucoup d’entre elles mettent les élèves en mouvement de façon discrète et peuvent être très bénéfiques notamment pour les élèves à besoin particulier.

Afin que chaque élève perçoive les bénéfices de chacune des installations, il va pouvoir toutes les tester en début d’année sur une période donnée. En général je laisse une semaine par îlot pour pouvoir essayer toutes les possibilités. Je leur explique bien qu’ils doivent TOUT tester afin de trouver ce qui leur convient personnellement. A l’issue de cette période, tous les élèves vont pouvoir se déplacer en même temps. J’ai instauré un système de couleurs et de priorités afin d’éviter les disputes. Sur la photo ci-dessous, le groupe bleu est prioritaire dans le choix, puis c’est au groupe rouge etc. Je fais tourner la roue chaque semaine.

La flexibilité dans la pédagogie.

Une séance classique se déroule comme suit :

  • un moment collectif d’automatismes avec un rituel de questions flash, chaque élève est à sa place prévue par un plan de classe, un élève désigné distribue les fiches en toute autonomie puis un autre fera le ramassage ;
  • suivi d’un moment collectif de correction et/ou de cours (cours dialogué la plupart du temps), chaque élève est encore à sa place ;
  • enfin, nous passons en exercice et là, telle une ruche, la plupart des élèves se lèvent et vont s’installer là où ils travailleront selon eux le plus efficacement ; chacun est libre de venir dans le U s’il ressent le besoin d’avoir mon aide. Je m’occupe principalement des élèves face au tableau. Le reste des élèves travaille en autonomie et en s’entraidant.

J’utilise souvent des jeux pour travailler les automatismes de façon ludique :

  • Jeu de l’oie sur les équations :
  • Jeu de cartes sur l’égalité de Pythagore (mistigri ou pouilleux) :

Voici à quoi ressemble par exemple ma séquence complète sur le calcul de longueurs avec la trigonométrie. On commence par une activité en collectif sur GeoGebra ou avec l’appli Trigonométrie de Christophe Auclair pour découvrir les trois rapports trigonométriques. Puis on écrit la trace écrite sur un polycopié qui donne une structure ludique et attrayante (il peut y avoir des leçons à manipuler). Enfin on a la partie exercices ici représentée sous forme d’un parcours fléché. Après chaque exercice, les élèves vont se corriger (corrections disponibles à divers endroits de la salle), s’ils ont réussi l’exercice, ils suivent le smiley 🙂 pour savoir quel exercice faire, sinon ils suivent le smiley 🙁 qui propose en général le même exercice mais en changeant les valeurs, les données de l’énoncé et le rapport trigonométrique à utiliser dans ce cas précis. Les exercices sont de difficulté croissante bien entendu. On commence par des exercices à trous, puis des exercices d’application directe (automatismes) et enfin des exercices avec contexte et/ou de type brevet. On finit avec un exercice ludique ou un jeu (ici un message secret).

Mais la classe flexible, c’est aussi une pédagogie flexible. Loin de ces séances classiques, il m’arrive de proposer une classe jigsaw (puzzle) selon la séquence d’enseignement. Dans ce cas, chaque élève va devenir expert d’une partie du chapitre, il va apprendre dans un premier temps à maîtriser sa notion dans un groupe regroupant plusieurs experts de celle-ci. Puis, dans un deuxième temps, chaque expert se verra envoyer dans un groupe d’apprentissage dans lequel il y aura un expert de chaque spécialité ; ils devront chacun expliquer leur notion afin que le puzzle de la séquence soit intégralement reconstitué.

Ici la séquence sur Images et antécédents. Après un temps collectif sur le vocabulaire de base (une séquence sur ce qu’est une fonction a déjà été traitée avant), on passe à la partie Jigsaw avec 4 experts : avec une formule mais uniquement l’image, avec une formule mais uniquement l’antécédent, avec un tableau, avec une courbe.

Depuis peu, j’expérimente également la classe autonome. Dans ce cadre, je propose plusieurs ateliers qui vont permettre de maîtriser une notion. Chaque élève devra réaliser tous les ateliers prévus. Je note leur avancement sur un tableau à double entrée.
Ici des ateliers pour apprendre à écrire une expression littérale dans diverses situations :

Les ateliers prennent des formes diverses. Il peut y avoir une feuille d’exercices classiques. J’utilise également les flashcards sur lesquelles il y a une question d’un côté et la réponse de l’autre. L’élève doit vérifier sa réponse puis mettre de côté la carte s’il a réussi ou sinon la remettre sous la pile afin de réessayer après. Je peux utiliser également des jeux d’associations (expressions à relier, mistigri, dominos, puzzle etc). Enfin j’essaye de leur proposer également des ateliers informatiques.

Effectivement, nous avons acquis depuis un an une classe mobile au collège que j’utilise régulièrement. C’est un chariot comportant 15 ordinateurs portables ainsi qu’une petite borne wifi. On peut la réserver comme on réserve la salle informatique. Les écrans étant tactiles, on peut également les utiliser comme tablette. Je peux ainsi proposer aux élèves d’aller chercher un ordinateur en autonomie pour utiliser les applis de Christophe Auclair bien souvent, mais aussi des Genially créés par des collègues. J’utilise également Learning Apps, je choisis bien souvent des applis déjà créées que je regroupe dans une collection. L’élève doit valider toutes les applis de la collection pour pouvoir changer d‘atelier.


En conclusion, le retour des élèves est incroyable, je les sens motivés et heureux d’être là. Beaucoup me témoignent leur plaisir à venir faire des maths grâce à cette salle entre autres. Ils se sentent plus détendus notamment grâce au choix de posture, ils aiment également l’entraide naturelle qui en découle. Ils ressentent moins de pression, plus de liberté, sont moins contraints dans leur corps mais ils n’en profitent pas pour ne rien faire. Le cadre est là pour les faire travailler et ils le savent. Ils sont conscients que s’ils ne respectent pas le contrat, la liberté disparaît et ils reviennent à un fonctionnement classique. Les parents sont aussi enthousiastes et ont toujours soutenu le projet.