Mathématice, intégration des Tice dans l'enseignement des mathématiques  
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Sesamath en Suisse Romande
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Avertissement !

Le système fédéraliste suisse implique des variations parfois importantes d’un canton à l’autre. Cet article étant rédigé par un genevois, il se peut qu’il reflète mieux la situation dans ce canton que dans d’autres … Enseignants suisses : n’hésitez donc pas à commenter et/ou à compléter !

De nombreux enseignants de mathématiques en Suisse Romande sont inscrits à Sesaprof, utilisent régulièrement les ressources disponibles et les mettent à disposition de leurs élèves. Ils restent pourtant une petite minorité. Voici quelques éléments pour tenter d’expliquer cette situation et des pistes pour convaincre de nouveaux collègues rejoindre la communauté.

Quelques points de repère sur l’organisation scolaire en Suisse

La Suisse est une confédération de 26 cantons (la “confédération helvétique”, d’où le CH collé à l’arrière des voitures !), dont 7 où l’on parle français. Chaque canton est responsable de l’organisation scolaire et de la formation des enseignants, ce qui a historiquement conduit à développer 26 systèmes éducatifs parallèles pas toujours cohérents... Depuis peu, un concordat entre cantons (appelé Harmos [1]) pousse à une meilleure harmonisation : l’école obligatoire commence pour tous à 4 ans et se termine à 15 ; les élèves sont jusque vers 12 ans à l’école primaire, sous la responsabilité d’un unique enseignant généraliste, puis finissent de 12 à 15 ans leur scolarité obligatoire dans une structure dite “secondaire” (à Genève appelée “Cycle d’Orientation” [CO]), où ils sont alors confiés à une douzaine d’enseignants spécialistes de leur discipline. Cette école obligatoire est suivie par différentes filières dites du “post-obligatoire” : formations générales (gymnasiale pour préparer aux études universitaires, de culture générale en arts, santé, social ou communication) ou pré-professionnelles (commerciales, techniques, …). Des plans d’études romands (PER) fixent un cadre commun tout en laissant une certaine marge de manoeuvre aux cantons dans leur implémentation. La formation des enseignants peut également fortement varier d’un canton à l’autre, même si la tendance va vers la création de hautes écoles pédagogiques (HEP) de niveau universitaire. Le canton de Genève, où la tradition veut que la part de formation en emploi conserve une place plus importante a créé un Institut universitaire de formation des enseignants (IUFE) rattaché directement à l’université.

La problématique des moyens d’enseignement

A l’école obligatoire, des moyens imposés

Les moyens d’enseignement pour l’école obligatoire sont le plus souvent communs à une discipline et à un canton, parfois à plusieurs cantons. Les enseignants ou les établissements ne sont pas libres de les choisir. En mathématiques comme ailleurs cette politique fait débat. En effet, des moyens romands d’enseignement des mathématiques (MERM) ont été produits et imposés aux enseignants dès le milieu des années 2000.

Une méthodologie au forceps

Ces moyens étaient à l’origine essentiellement conçus sur une base socio-constructiviste. De très nombreux problèmes à disposition des enseignants, mais sans découpages annuels, avec extrêmement peu d’éléments théoriques ou d’exercices de consolidation. Cette situation a conduit de nombreux enseignants à rejeter en bloc ces moyens (pétitions, articles, … [2]) et à utiliser en classe de façon plus ou moins officielle toutes sortes d’autres ressources, le plus souvent conçues de façon individuelle. Depuis cette année une refonte de ces manuels a été effectuée, sous le nom de Math 9-10-11 qui incorpore un découpage annuel et plus d’exercices de consolidation.

Au post-obligatoire, beaucoup de liberté !

Au post-obligatoire par contre, la situation est presque contraire : des programmes souvent assez généraux et une grande liberté laissée à l’enseignant quant au choix des moyens d’enseignement. En mathématiques, aucun manuel commun, même au sein d’un établissement. Et pour conséquence de nombreux enseignants, en particulier les plus jeunes, qui passent leurs soirées à créer leurs cours.

Les ressources Sesamath : un compromis pertinent !

Au vu de cette situation, on comprend pourquoi les ressources proposées par Sesamath en font rêver plus d’un ! La qualité de contenu et des différents outils disponibles (manuels, ressources en ligne, suivi des élèves avec labomep), une “ligne éditoriale” équilibrée entre les voies “traditionnelles” qui préconisent de nombreux exercices de drill et des éléments de théorie solides, et “réformistes” qui mettent en avant les problèmes, la recherche, les nouvelles technologies et les aspects culturels, tout en laissant l’enseignant maître du choix de la méthodologie qui lui paraît la plus adaptée à ses élèves, en font aujourd’hui des moyens d’enseignement parfaitement adaptés aux besoins des professeurs et des élèves.

Des obstacles

Pourtant, quelques obstacles rendent leur utilisation en Suisse Romande encore trop difficile pour certains.

Des découpages différents

Le fait de devoir s’adapter au découpage des programmes français représente une difficulté à une utilisation plus facile et répandue. En effet, l’organisation du travail de l’enseignant - et à fortiori celle de l’élève - reste très proche de la façon dont sont découpés les programmes en chapitres. Et on constate d’assez grandes différences entre ce qui se pratique en France et en Suisse.

Des enseignants pas toujours très “mathéMITICs”
 [3]

Sesamath fait le pari de l’apport des MITIC pour enseigner et apprendre les maths. Les enseignants, formés pour la plupart il y a déjà quelques temps, n’ont pas bénéficié d’une sensibilisation aux potentiels de ces nouvelles technologies. Ils restent le plus souvent sur la défensive vis-à-vis de ces outils, plus perçus comme “à risque” que comme offrant des opportunités nouvelles. Un effort certain doit être fait pour aller au delà ce ces craintes et pour montrer que l’école peut et doit les intégrer, autant pour bénéficier de leurs apports que pour aider les élèves à développer un regard plus critique quant à leurs utilisations et à leur place dans la société [4].

Des niveaux d’équipements très variables

Autre cause, le niveau d’équipement qui peut varier d’un établissement à l’autre. Si les nouvelles écoles bénéficient d’un ordinateur et d’un projecteur dans chaque classe, la plupart des écoles en sont toujours au tableau noir et craies, avec la possibilité d’utiliser un chariot mobile ordinateur/projecteur qui doit ponctuellement être installé ou de déplacer les élèves en salle d’informatique. Pour une utilisation de type illustratif par l’enseignant, ceci n’est pas optimal et ne satisfait souvent que les plus convaincus !

Sesamath.ch pour aller de l’avant !

En mai 2009, à l’invitation de quelques enseignants pionniers, Sébastien Hache est venu à Genève [5] pour présenter Sesamath et ses outils. Cet événement a suscité un grand intérêt auprès des enseignants genevois et, dans la foulée, quelques pionniers ont débattu de l’opportunité de créer une antenne suisse romande pour fédérer les énergies localement autour de problématiques spécifiques. Encouragée et soutenue par nos collègues français, l’association de droit suisse Sesamath.ch naissait donc en automne 2009, reprenant intégralement les valeurs et la charte de Sesamath [6]

http://www.sesamath.ch

L’association compte aujourd’hui une cinquantaine de membres et est essentiellement active à Genève, mais tous les cantons romands sont représentés. La stratégie du comité à jusque-là consisté à d’abord lancer des projets et à réaliser au moins un premier manuel plutôt que de militer “théoriquement” pour avoir le plus de membres possible.

Des réalisations

Entre 2009 et 2011, plusieurs projets ont été lancés en parallèle.
Pour le Cycle d’Orientation, les ressources existantes de Sesamath couvraient déjà l’essentiel des plans d’étude romands. Le projet a donc consisté à les réorganiser et à les compléter ponctuellement pour obtenir un découpage totalement “romand compatible”. Nous avons à cette occasion pu identifier quelques “différences culturelles” : francs suisses et euros, septante et nonante au lieu de soixante-dix et quatre-vingts-dix, notation de la multiplication avec un “*” au lieu d’un “x” ! Ce travail est terminé pour la 9e année Harmos (équivalent de la 5e en France) pour ce qui est d’un manuel imprimable et de ses exercices complémentaires [7] ; il est en cours pour pour les 10e et 11e années.

Pour le post-obligatoire, un manuel entièrement nouveau a été rédigé pour la 1re année de la fillière gymnasiale (équivalent du lycée 2nd en France) en est déjà à sa 2e édition [8].

L’an passé, 7 enseignants d’une école l’utilisaient avec environ 300 élèves ; cette année, 1000 exemplaires ont pu être imprimés, des enseignants de 7 écoles et près de 800 élèves l’utilisent. Un projet pour la 2e année est en cours de rédaction [9].

L’avenir

Pour ce qui est du CO, des obstacles politiques freinent la diffusion sur le terrain des manuels imprimables ; en effet, les brochures Math 9-10-11 restent obligatoires et exclusives (notons en passant que depuis l’arrivée de cette concurrence potentielle, elles ont été revues et récrites, le résultat bien plus satisfaisant ayant même de furieuses ressemblances avec le concept Sesamath … ). Deux pistes sont désormais ouvertes devant nous, non exclusives : soit militer pour une modification des pratiques existantes afin de permettre un libre choix des établissements et/ou des enseignants parmi plusieurs manuels concurrents et validés par l’autorité scolaire, soit mettre l’accent sur les ressources numériques (manuel numériques, exercices et corrigés interactifs, …), en particulier en développant une version .ch de labomep qui proposerait à tous les enseignants suisses romands d’accéder une fois connectés aux mêmes ressources, mais organisées selon les PE romands. Cette seconde piste a pour le moment notre préférence ; nous prévoyons d’entamer ce travail début 2012 pour espérer une plate-forme opérationnelle pour la rentrée d’août 2012.

Au niveau du PO, les enjeux actuels sont plus liés au modèle économique à trouver pour arriver à un équilibre financier lors de l’impression de manuels. D’un côté la volonté de proposer des prix attractifs socialement acceptables (idéalement entre 10 et 15 chf pour une brochure de 220 pages environ), de l’autre des choix “techniques” (quadrichromie, priorité à une impression en Suisse pour soutenir l’économie locale) qui ont un coût, le tout dans un marché restreint. Ce n’est qu’en augmentant le volume que nous pourrons atteindre nos objectifs. Une campagne d’information va donc être lancée début 2012 afin de mieux faire connaître nos réalisations dans toute la Suisse Romande. Des synergies pourraient également être trouvées entre ces projets et ceux en cours en France côté lycée, en particulier pour développer également un volet numérique pour le post-obligatoire.

Si vous êtes intéressé-e par ces intentions et ces projets, n’hésitez pas à prendre contact avec Sesamath.ch [10] !


notes

[3à Genève, parce que l’étude des images à une histoire forte qui précède l’arrivée de l’informatique, nous employons le terme MITIC qui signifie Medias, Images et Technologies de l’Information et de la Communication plutôt que TIC ou TICE

[4voir le site MatheMITICs : http://icp.ge.ch/sem/fc-base/mathemitics

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