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Initiation aux sciences du numérique en seconde
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Mis en ligne le 7 avril 2017, par Sébastien Hamon

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1) Introduction

Après avoir enseigné l’ISN, j’expérimente depuis deux ans l’ICN en seconde au lycée Théodore de Banville de Moulins (03). Dans cet article, je relaterai ces deux années d’expérimentation et j’en dresserai un bilan.

Auparavant, j’évoquerai les raisons qui m’ont conduit à proposer à mon chef d’établissement de créer une nouvel enseignement d’exploration autour de l’informatique, avant la mise en place de l’ICN par le ministère. Dans cette introduction, j’analyserai également quelques extraits du programme officiel.

a) Avant la mise en place de l’ICN

J’ai proposé à mon chef d’établissement de créer une nouvel enseignement d’exploration autour de l’informatique. Voici le texte de ce que j’ai proposé aux collégiens puisqu’il me fallait « recruter » :

Enseignement d’exploration : « Initiation aux sciences du numérique en seconde » au lycée Banville

L’objectif de cet enseignement est de faire découvrir aux élèves de seconde les sciences du numérique dès la classe de seconde. Cet enseignement pourra se poursuivre de manière autonome en première (par exemple en TPE avec la création d’un site web) et trouvera un prolongement en terminale S avec l’option ISN que le lycée Banville propose déjà.

L’objectif est de laisser les élèves découvrir la programmation en langage Python et en html, autour de mini projets. Chaque semaine, les élèves auront beaucoup d’autonomie pour créer leurs programmes ou pages web, tout en étant guidés et en ayant de nombreuses ressources à leur disposition.

Outre les compétences informatiques, cet enseignement aura pour but de développer la démarche algorithmique, la conception et la gestion d’un projet, l’autonomie. Les activités devraient être l’occasion d’aborder d’autres thèmes liés aux sciences du numérique : codage, licences, éthique , robotique, … en fonction des demandes des élèves.

Sur l’affiche présentée aux portes ouvertes, j’ai expliqué aux élèves que l’objectif était de partir d’une page blanche, de taper du code et de voir apparaître un site Internet ou un petit jeu.

b) ICN, ISN et maths

Puis est apparu un projet de programme et un programme officiel au cours de l’été 2015, et notre option est devenue officiellement ICN. J’ai choisi de garder mon projet, d’abord parce qu’il reprenait plusieurs notions que j’avais déjà travaillées en ISN avec des terminales, ce qui me paraissait plus rassurant.

Je me suis posé une question à propos des élèves que j’allais retrouver en ISN deux ans plus tard et qui auront déjà des notions : est-il préférable d’enseigner les mêmes logiciels dans les trois niveaux [1], ou de diversifier chaque année ? J’ai estimé qu’il y aurait moyen de faire des projets différents et intéressants avec les élèves déjà à l’aise, mais je ne considère pas cette question comme essentielle.

De toute façon, l’enseignant devra gérer l’hétérogénéité. Que ce soit en seconde ou en terminale, il y a déjà certains élèves maîtrisant un langage de programmation en début d’année quand d’autres débutent. C’est d’ailleurs là que la pédagogie par projet prend tous son sens.

Je pense qu’il ne faut pas envisager l’ICN en seconde comme une première étape vers les options et spécialités de première et terminale. C’est bien d’initiation qu’il s’agit, on doit repartir de zéro chaque année. D’ailleurs, les élèves viennent pour découvrir, et même s’ils accrochent, ils n’hésiteront pas à aller vers d’autres options par la suite.

Le programme permet une multitude de choix, puisque l’enseignant doit s’inspirer des exemples proposés : « il s’agit d’amener les élèves à développer eux-mêmes des produits dans le domaine du numérique ». Cela n’implique pas nécessairement le choix que j’ai fait : partir d’une page blanche et tout coder.

Ce parti pris me paraît important, car plus les générations se succèdent, plus les élèves ont l’habitude de trouver sur Internet des solutions clef en main. Et certains ne voient pas l’intérêt de coder car il existe des solutions pour créer des sites par glisser-déposer, car Scratch permet de créer des jeux, etc...

Il me paraît important de montrer aux élèves que tout coder permet de pas être limités ou dépendants : ils se posent alors la question de ce qu’ils veulent obtenir, puis se donnent les moyens d’atteindre cet objectif.

Avec les nouveaux programmes de maths au collège, les élèves devraient avoir une meilleure connaissance des algorithmes. Beaucoup auront utilisé Scratch, et auront peut-être du mal à comprendre l’intérêt de passer au textuel.

En revanche, même si les futurs programmes de mathématiques en seconde développent la partie algorithmique, on ne peut s’appuyer dessus sans s’être coordonné avec le ou les enseignants de la discipline.

c) Analyse du programme officiel

Du haut de mes presque deux ans d’expérience, je vais me permettre d’analyser quelques extraits du programme officiel, à commencer par celui-ci :

Cet enseignement privilégie un apprentissage par la mise en activité et en projet des élèves. Les activités proposées pourront prendre la forme de résolutions de problèmes avec ou sans ordinateur, ou de réalisation de produits (programmes, documents hypertextes, animations, images, sons, dispositifs techniques, etc.). Les élèves, seuls ou en petits groupes, explorent, essayent, proposent. Les enseignants peuvent accompagner les élèves à plusieurs niveaux : pour les aider à structurer, clarifier, simplifier, mais aussi leur apporter des éléments théoriques et méthodologiques nécessaires.

En théorie, ce qu’on semble devoir faire, c’est partir d’un projet, définir avec les élèves des besoins, leur apporter les compétences nécessaires et les laisser réaliser. Pour ma part j’ai toujours eu entre 21 et 24 élèves, d’où des questions :

  • un grand projet ou plusieurs petits par groupes (de combien ?) ?
  • les compétences seront-elles communes ou propres à chaque petit groupe ?

En résumé, comment gérer la classe ?

Les enseignants peuvent encourager les élèves à recourir, dans une démarche autonome, aux ressources disponibles à l’auto-formation : tutoriels, e-learning, cours en ligne ouverts.

C’est bien sûr la situation idéale : l’élève suit un cours en ligne, apprend tout seul, s’entraîne à la maison… Dans la vraie vie, la plupart des élèves de seconde seront certes enthousiastes et passionnés, mais on peut douter qu’ils s’impliquent par eux-mêmes à la maison. Je pense que les tutoriels sur Internet sont très bien faits, mais en une heure et demi par semaine, le temps ne risque-t-il pas de manquer ? Par contre, il me paraît essentiel de leur apprendre à aller chercher les bouts de code qui leur manquent sur Internet.

Cela peut permettre la mise en place des situations pédagogiques dans lesquelles les enseignants proposent des activités ciblées sur les problèmes de compréhension des élèves.

Encore une fois, tout dépend de l’organisation de la classe : si chaque groupe rencontre des problèmes différents, il va falloir un stock d’activités ciblées sous le coude…

De plus, en fonction du contexte de l’établissement, les enseignants peuvent travailler en collaboration avec des partenaires extérieurs : fab lab, centres de culture scientifique technique et industrielle (CCSTI), associations, collectivités, entreprises...

A Moulins, avec 0.6Mb de débit Internet à mon domicile et pas de réseau mobile dans la cour du lycée en plein centre ville, le thème serait plutôt la fracture numérique ! Il faut chercher, au pire utiliser Skype ou l’autobus...

La mise en œuvre du programme est organisée en modules. Un module est destiné à favoriser un apprentissage scientifique et technique et une réflexion critique sur des enjeux. Un module amène progressivement les élèves à l’élaboration d’un projet réalisé en groupe. Un projet est finalisé à la fois par une réalisation technique et un questionnement sur les enjeux du numérique.

Ce système peut permettre un découpage de l’année propre à remotiver les élèves : par exemple jusqu’à la Toussaint, apprendre un langage, au passage aborder des thèmes périphériques, puis réaliser les projets jusqu’à Noël, sans oublier de garder un temps de synthèse. Là encore se pose la question de la gestion du groupe : soit les apprentissages, la réflexion critique et les questionnements sont des temps collectifs, soit il faut les démultiplier.

Le choix des modules proposés aux élèves relève de la liberté pédagogique de l’enseignant. Il peut s’inspirer de modules proposés ci-après à titre d’illustration, ou créer ses propres modules selon ses centres d’intérêt ou les conditions d’exercice offertes dans son établissement ou les spécificités et les attentes de ses élèves. Deux modules pourront être proposés dans l’année aux élèves.

Il y aura donc de nombreuses manières d’enseigner cette option, et l’enseignant devra être très flexible et réactif. C’est ce qui fait le charme et la difficulté de cette option. Il est important de structurer l’année en deux temps distincts, voire plus.

L’objet du projet est choisi et élaboré par les élèves, afin d’assurer leur implication et leur motivation. Toutefois les enseignants s’assurent que le projet est de taille réaliste afin que les élèves puissent aboutir.

Il y a là deux problèmes de taille. D’abord on ne peut savoir précisément au début vers où vont nous mener les élèves. Ensuite il faut savoir estimer le niveau de compétence et d’autonomie d’un groupe pour à la fois ne pas brider les élèves, et s’assurer qu’il y ait une production effective en fin de parcours.

Dans l’élaboration du projet, les enseignants aident les élèves à s’organiser et à répondre à un certain nombre de points : définition du problème à résoudre ou du besoin auquel répondre ; formation d’une équipe et définition du rôle de chacun de ses membres dans la démarche collaborative ; description de la forme de la solution attendue ; choix de la stratégie de résolution et des outils à mobiliser ; décomposition du problème en sous-problèmes ; détermination des étapes de mise en œuvre ; partage des rôles ; techniques d’évaluation et de test du résultat. Les enseignants encadrent aussi les élèves dans la prise en main et le paramétrage de leur environnement, ainsi que dans la gestion de leur documentation, la documentation technique, les ressources. 

On attend d’élèves une démarche de professionnels. Au départ ce sont des élèves de seconde, ni autonomes, ni organisés. Là encore, il va falloir beaucoup d’organisation pour guider simultanément plusieurs groupes. Avec dix élèves, j’imagine assez bien, avec vingt quatre, cela semble délicat.

L’introduction aux enjeux, quant à elle, peut se faire sous la forme d’une production où les élèves seront amenés à approfondir une question en rapport avec leur projet. La réflexion sur les enjeux pourra être l’occasion de mettre en place une coordination avec un enseignant référent d’une autre discipline. 

Si le côté interdisciplinaire est très souhaitable, il semble difficile à mettre en place, les élèves venant de classes différentes. On peut toujours compter sur le bénévolat du collègue, voire la générosité de l’établissement.

À l’issue d’un module, les enseignants proposent à chaque groupe d’élèves de faire un bilan de leur projet où seront précisés les éléments sous-jacents aux productions réalisées : une explicitation des concepts mis en œuvre, des obstacles qui ont été dépassés, etc. Ce bilan doit permettre aux élèves de prendre conscience de ce qu’ils ont réalisé, d’évaluer les compétences mises en jeu et, ainsi, de continuer une réflexion sur leur orientation.

Quelle forme peut prendre ce bilan, ne doit-il pas être plus individuel que par groupe ? Tous les élèves auront-ils la maturité pour se poser ces questions ?

2) Déroulement de l’année 2015-2016

Dans cette partie et la suivante, je vais décrire chronologiquement les différents choix pédagogiques que j’ai pu faire, et ce que j’estime pertinent ou non avec le recul. Vous pouvez trouver mes cours sur icour.fr.

a) Construction d’un site pour un concours

La première séance (1h30) a été consacrée à html et la deuxième à CSS. L’idée est de montrer aux élèves quelque chose de simple, puis de les laisser traiter des exemples équivalents, en rythmant le cours avec une phase commune de synthèse/apprentissage de 5min suivie de 15/20 min d’application : par exemple, je leur montre comment insérer une image, puis ils vont en chercher une sur Internet et construisent leur page…

J’utilise comme support le site UpyUpy qui est assez simple. Sur ces séances, j’ai trouvé les élèves de seconde plus réactifs et plus rapides que les terminales S option ISN.

Ensuite, la classe a participé à un concours Onisep dont l’objectif était de présenter une femme travaillant dans le numérique. Nous avons trouvé trois personnes, mais pas à Moulins : il a donc fallu les interviewer avec Skype. Les élèves ont dû s’organiser en trois groupes de 8 pour construire un mini-site sur chacune. Nous avons manqué de temps (3 séances), mais sinon, ce genre de projet est très riche et amène beaucoup de questions.

Le principe de participer à un concours est fédérateur. Ce n’est pas facile pour les élèves de s’organiser, il faut les guider et certains participent moins que les autres. De manière plus générale, concours ou pas, je pense important de leur laisser quelques séances en petits groupes pour mener à bien un projet de site Internet.

b) Concours Castor, Alkindi

Durant les séances suivantes, les élèves ont participé aux concours Castor et Alkindi. Ça leur plaît et ce qui est demandé aide à la découverte du numérique. Tout est déjà prêt en ligne et il n’y a qu’à inscrire vos groupes. On peut aussi les inscrire sur des sujets des années passées et, à l’issue de l’épreuve (45min), reprendre avec eux certains exercices. Tous illustrent sous forme de jeux des questions d’informatique beaucoup plus vastes. Dans le même ordre d’idées, le site France IOI fourmille d’exercices très pertinents.

Pour moi le problème de ces outils est qu’ils sont chronophages, et que l’on perd un peu la dynamique du groupe et le côté « création » . Mon choix pour le futur sera donc de faire une épreuve d’entraînement au concours Castor assez tôt dans l’année, puis d’inviter les élèves à s’entraîner chez eux sur des sujets des années passées, avant de leur faire passer les deux épreuves officielles en classe.

Plusieurs élèves se sont qualifiés et l’effet a semblé très positif pour eux, ils étaient très motivés pour la suite. Le point négatif pour la gestion du groupe est que certains élèves ont fait la suite des concours pendant que d’autres se sont penchés sur d’autres activités. Mais comme ceux qui se qualifient sont généralement les plus à l’aise, cela peut être vu comme une manière de gérer hétérogénéité en laissant du temps aux autres pour reprendre des notions déjà vues.

c) Apprentissage de la programmation en Python

Vient ensuite le moment délicat de l’année, celui ou les élèves vont devoir utiliser des algorithmes. Membre d’un groupe Irem regroupant plusieurs enseignants d’ISN et ICN à Clermont-Ferrand, j’y ai découvert plusieurs approches possibles. La mienne a été d’amener les élèves à la nécessité d’utiliser les for/if/while pour répondre à un problème (si possible graphique), comme dans Turtle ou Code.org.

J’ai commencé par leur faire compléter un programme pour réussir à sortir d’un labyrinthe. Ensuite, je les ai amenés à construire progressivement de petits programmes sur la console python (afficher une table de multiplication, un mini Qcm…). Pour la mise en œuvre, j’ai essayé de respecter une alternance 5 min de correction/consigne, 15 min d’activité. Je me suis inspiré d’une formation en Python pour ingénieur. Les temps étaient plus longs (20 min/60 min) et, à chaque étape, il y avait quatre objectifs de difficulté croissante. Le formateur apportait à chaque fois des éléments de correction pour les quatre objectifs.

Je partais du principe que je devais amener les élèves à sentir la nécessité d’utiliser une boucle par exemple. Il m’apparaît de plus en plus évident qu’ils ne se posent pas tant de questions. Nous devons juste leur laisser le temps de manipuler suffisamment ces outils pour en comprendre toute l’utilité.

Mon choix a été ensuite de leur faire utiliser Tkinter pour qu’ils produisent des « créations numériques ».

Nous étions au moment de Noël et je leur ai proposé de créer une carte interactive (voir programme) :

  • je leur montre comment écrire Joyeux Noël sur un Canvas, ils doivent écrire Bonne Année.
  • je leur montre comment créer un bouton qui fera changer les couleurs de Joyeux Noël, ils doivent en faire un pour Bonne année.
  • je leur montre comment faire apparaître un carré à chaque clic, ils doivent faire apparaître un disque.
  • je leur montre comment faire apparaître une série de dix étoiles jaunes, ils doivent en faire apparaître 100 jaunes…

Dans le même ordre d’idée, nous avons créé une petite application de dessin (voir illustration et programme), étape après étape, puis un petit jeu de type labyrinthe et enfin une mini calculatrice.

Mon erreur fut de vouloir aller trop vite. Il ne faut pas être étonné si un élève passe du temps à changer une couleur, une taille, une position : c’est signe qu’il s’approprie le code. Le temps et la confiance sont des facteurs essentiels. Je pense (un peu tard ?) qu’il faut laisser les élèves jouer avec les bouts de codes mis à leur disposition, créer, changer et manipuler même s’ils ne respectent pas la consigne. Et pour ceux qui vont plus vite, il faut garder sous le coude quelques défis en option : cela les valorise et … les occupe utilement !

Chacune de ces quatre applications est riche et mériterait qu’on y passe beaucoup plus de temps. Après coup, je me suis rendu compte que j’étais moi aussi dans une démarche de découverte de l’option et que j’ai manqué de recul.

Il me semble important de bien structurer les apprentissages avec des temps « Ce que vous avez appris dans ce chapitre », comme cela est fait sur le site nymphomath.ch.

Il faut aussi prendre le temps, comme le précise le programme, d’approfondir des questions non algorithmiques [2] en rapport avec les projets.

d) Autres activités

Au retour des vacances de Février, j’ai voulu laisser beaucoup d’autonomie aux élèves. Je leur ai proposé de reprendre et d’améliorer l’application de leur choix :

  • un groupe était occupé à casser des codes Alkindi
  • un groupe a voulu découvrir le PHP, je les ai dirigé vers un tutoriel en ligne ; le problème de ces tutoriels, c’est qu’en 1h30 par semaine, on n’avance pas bien vite.
  • d’autres ont agrandi le labyrinthe, changé les couleurs (voir illustration et programme)...
  • d’autres ont ajouté des options sur l’application de dessin.
  • un groupe s’est lancé dans la création d’un jeu de questions sur Star War [3].

L’idée est de laisser beaucoup de liberté et de temps aux élèves, de ne mettre aucune limite, ni basse ni haute, à leurs projets. L’avantage est que certains élèves se révèlent, s’impliquent énormément, ce qui est à mon sens un des objectifs de l’option. Mais d’autres élèves manquent de maturité et ont besoin d’être cadrés. La classe a été assez difficile à gérer, plutôt bruyante. En tant qu’enseignant, on se met un peu en danger. Je pense malgré tout que c’est plus efficace qu’un cours « classique ».

Au retour des vacances de Pâques, j’ai voulu reprendre en mains une partie des élèves. Je les ai réunis et leur ai proposé quelques activités nouvelles :

  • affichage aléatoire d’un dé, une activité que je retravaillerai, à la fois riche et simple à mettre en œuvre (voir illustration et programme).
  • affichage d’une urne avec des boules de plusieurs couleurs, pour simuler un tirage aléatoire.
  • création d’un jeu de morpion (voir illustration et programme).
  • application de géométrie.

J’estime le bilan de cette phase positif, mais j’aurais dû prendre plus de temps sur chacun de ces projets. En effet, vu que je laissais faire les élèves, plusieurs n’avaient au final que des « bouts » d’applications. Avec le recul, je me dis que je dois m’inspirer des méthodes agiles, en particulier « Livrer le plus souvent possible des versions opérationnelles de l’application » et, donc, travailler par phases.

e) Bilan de cette première année

Pour moi la difficulté n’a pas été pas de trouver un contenu au cours, mais de savoir dans quel timing faire les activités et comment articuler au mieux :

  • les temps de découverte du code : estimant que les élèves ont besoin de voir de nombreux exemples, j’ai choisi de faire beaucoup de petit projets.
  • les temps d’apprentissage : sur ce point, ma stratégie pourrait se résumer à un « copier-coller intelligent », n’attendant pas d’un élève de seconde qu’il connaisse du code par cœur mais qu’il soit capable d’aller chercher un bout de code et l’adapter à ses besoins.
  • les temps de mise en commun : je les trouve importants, autant lors de la découverte de la programmation que pour aborder des problèmes de droits, de sécurité informatique, de gestion des données…
  • les temps d’autonomie : nécessaires, je pense qu’ils doivent être très courts au début et aboutir en fin d’année à une réalisation en totale autonomie.
  • le temps consacré aux projets : je pense avoir fait trop de mini-projets et j’aurais dû plus approfondir mes activités, en particulier les mettre en rapport avec d’autres thèmes.

3) Déroulement de l’année 2016-2017

a) Projet ICN campus

Avec l’IREM de Clermont-Ferrand, nous avons lancé le projet ICN-Campus.
Sont concernés deux groupes d’ICN de Moulins, l’un à Issoire, l’autre à Aurillac.
Sur le modèle de Math-en-Jeans, le principe est qu’un enseignant du supérieur, en l’occurrence pour nous un enseignant de l’IUT informatique de Clermont-Ferrand, propose aux élèves un projet.

Le 13 avril nous nous retrouverons tous à l’IUT pour présenter nos travaux, mais aussi pour faire des ateliers et suivre une conférence.

b) Définition du projet

Mme Servagean, enseignante à l’IUT de Clermont-Ferrand, est donc venue à Moulins. Lors de cette séance, nous avons suggéré aux deux groupes d’élèves de s’orienter vers une application web utilisant la géolocalisation. Des idées très diverses sont apparues :

  • le premier groupe a choisi de concevoir une application web permettant de géolocaliser et retrouver ses camarades dans le lycée, et communiquer avec eux .
  • le second groupe a choisi une application qui permettrait de « gagner des musiques » en comptabilisant le nombre de Kilomètres marchés.

Les élèves ont ensuite réfléchi aux objectifs à réaliser, aux utilisations et donc aux fonctionnalités de l’application, puis ont envisagé différents scénarios d’utilisation.

Dans cette séance très riche, les idées fusent et le rôle de l’enseignant est de canaliser, d’orienter vers des objectifs réalisables. Les élèves n’ont aucune notion de la difficulté de ce qu’ils proposent. La présence de l’universitaire est importante, elle donne une caution au projet. D’autre part, Mme Servagean a pu leur parler des projets conduits à l’IUT et leur indiquer une démarche. Elle les a aussi amenés à approfondir plusieurs points.

Mme Servagean a été surprise par l’enthousiasme des élèves et par la qualité des idées. Elle a d’autre part estimé que pour une première séance, les élèves avaient poussé très loin leur réflexion et étaient arrivés à une vision assez précise du projet.

c) Phase de découverte de HTML

Nous avons ensuite convenu de fonctionner par étapes. La première était d’apprendre HTML/CSS pendant quelques séances avant de composer quelques pages du projet (page d’accueil, formulaire d’inscription, connexion).

L’idée de départ était de mettre en concurrence plusieurs petits groupes d’élèves et de laisser Mme Servagean choisir les pages. Au final, le choix a été assez rapide car il y avait des différences de qualité évidentes entre les pages.

Deux constats sont à noter :

  • certains petits groupes ont semblé déçu que leur travail ne soit pas retenu.
  • les élèves se sont rendus compte de la nécessité d’utiliser une feuille de styles commune pour la mise en page de leur site web.

d) Phase de découverte de PHP

Pour la deuxième étape, nous avons travaillé PHP/SQL. J’ai choisi de partir directement sur la création d’une base de données et de quelques pages de PHP sans avoir travaillé aucune notion d’algorithmique.

L’idée est d’amener les élèves naturellement à la programmation et à la création d’algorithmes. J’ai gardé mon fonctionnement : cinq minutes de synthèse/explication et 20 minutes de mise en activité. Je leur donne des bouts de code à faire fonctionner (ce qui n’est déjà pas si mal pour du PHP/SQL), puis à améliorer. Le si et le tant que apparaissent ainsi en même tant que les autres mots du vocabulaire des langages : les élèves apprennent « sur le tas ». Cela fonctionne, mais il aurait fallu pour certains plus de temps de manipulation.

Une fois les notions de PHP/SQL abordées, retour au projet. A mon sens, une des difficultés de ce genre de projet est de faire travailler 22 élèves sur un même projet. Cela demande de l’organisation. J’ai voulu diviser le travail en petits groupes plutôt que de faire travailler les élèves sur la même chose. Et puis finalement, je les ai laissés se débrouiller. Sur un des projets , trois des cinq filles se sont mises à répartir les tâches : assez amusant et très efficace comme coaching ! Elles ont pris leur mission très au sérieux et ont contrôlé en permanence l’avancement des groupes, l’harmonisation des bases de données, CSS…

Pour moi le rôle a été de régler les problèmes et de donner des indications supplémentaires en fonction des besoins. J’ai aussi veillé à ce que chacun soit occupé. Certains élèves avaient tendance à attendre sans se rendre compte du travail restant. Quelques élèves étant moins intéressés par le PHP, je leur ai demandé de réfléchir au site de présentation, ou de faire des recherches sur des thèmes annexes comme l’impact écologique des data-center.

Les projets sont en cours et nous devons les présenter à Clermont-Ferrand le 13 avril au cours d’une journée où les élèves pourront aussi suivre des ateliers (informatique sans ordinateur par exemple) et suivre une conférence sur la sécurité informatique.

e) Bilan de cette deuxième année

Points positifs :

  • l’idée de travailler autour d’Internet est appréciée
  • les élèves mettent du sens sur les notions de serveur, base de données, requête...
  • le principe du projet et le fait d’aller à Clermont-Ferrand sont motivants
  • avoir un contact avec des universitaires dès la seconde
  • les élèves ont construit leur projet d’un bout à l’autre, je n’ai pas tapé une ligne
  • les élèves ont appris à être autonomes, à aller chercher des solutions.
  • les élèves ont dû communiquer, s’organiser, travailler en groupe et devront présenter leur projet

Points négatifs :

  • un projet sur plus de deux trimestres est lourd à gérer
  • difficile de gérer des groupes aussi importants (21 et 22 élèves) sur un seul projet
  • avoir une échéance empêche parfois d’approfondir
  • le PHP est un peu déroutant au début (et/ou je m’y suis mal pris)

Il reste enfin le problème de l’hétérogénéité : comme pour l’année précédente, des élèves se sont épanouis dans cette option et d’autres sont restés passifs. Je ne sais pas comment « obliger » un élève non motivé à réfléchir, a fortiori dans une option non notée, et construire un algorithme sans réfléchir, ça marche moins bien.

C’est là que les effets de groupes et de travail par projet trouvent leur sens. En essayant de trouver une place et une fonction à chacun, cela a permis de valoriser aussi ceux qui s’impliquaient moins dans la programmation. Et j’espère les trouver plus motivés pour la suite.

f) Quelques mots d’élèves

Mario

Le projet sur lequel nous travaillons depuis quelques semaines en ICN est de créer une application. Pour moi c’est une très bonne idée car cela nous permet de découvrir l’envers du décor dans la création d’une application et je trouve cela très intéressant. Ce projet permet de s’entraider lorsque l’on travaille en groupes avec les autres élèves de la classe, ce qui est très utile et qui nous rend plus efficaces.

Hugo

Je trouve que le travail sur le projet est bien parce que on peut écouter les idées de tout le monde, on peut se répartir le travail et si on n’arrive pas à faire quelque chose, on peut demander de l’aide.

Zacharie

Je trouve que certaines fois nous avons trop d’autonomie et donc les choses sont plus longues et plus compliquées à comprendre. Je trouve pour moi que je pourrais plus progresser si les choses plus compliquées étaient plus expliquées, mais en même temps sans vouloir pénaliser les personnes qui avancent plus rapidement.

Nolan

Pour ma part, le système est assez libre et nous permet de travailler par nous-mêmes sans partir de l’inconnu car vous nous donnez les indications nécessaires. Et le projet que vous avez décidé de nous proposer rajoute de l’originalité à cette option, la rendant encore plus intéressante. Voilà mon avis !

Manon

J’aime beaucoup l’idée de faire le projet avec nos idées et non les idées du programme scolaire. En bref c’est un cours très agréable, on apprend par soi-même et non en suivant un cours habituel, on avance donc à notre rythme.

Rémi

Ce travail de groupe est motivant. Sans cet objectif, il n’y aurait pas eu de résultats à l’apprentissage qu’on a eu du code html. Savoir qu’on a un but motive à y arriver.

Alexis

Le travail d’un projet commun est une bonne idée et le travail en groupe permet de créer une cohésion. Le seul petit bémol est le manque de temps.

Jordan

Le travail en groupe permet de mettre en exposition ses idées auprès de ses camarades dans le groupe, de pouvoir échanger, se mettre d’accord sur certains points, de communiquer et de travailler plus vite.

« Elève anonyme »

Je ne suis pas convaincu par le travail en groupe, j’ai des idées et des attentes différentes des autres personnes des autres groupes. Malheureusement la démocratie oblige, et je suis donc contraint de faire ce que veut la majorité. Néanmoins je trouve agréable le travail en groupe, on peut se répartir les tâches et avancer plus vite. Je trouve le projet intéressant. Mais la direction que nous prenons pour le réaliser ne correspond pas du tout à mes attentes, je n’aime pas les idées des autres. 

Clément

Le projet me plaît, travailler en groupe aussi malgré qu’il risque d’y avoir quelques problèmes de coordination. Mais ceci reste toutefois une idée intéressante car on peut mieux travailler et s’entraider pour mieux réussir.

Jim

Je trouve que le travail autour d’un même projet pousse au travail et ça motive, et le travail en groupe donne l’impression d’être autonome et nous apprend à gérer une équipe.

Jérémy

Le fait de travailler en groupe est déjà plus convivial et rend le projet plus cool, le projet est intéressant et plaisant. Le travail en groupe permet de mieux travailler et de s’entraîner pour le codage.

4) Perspectives

Je teste beaucoup et j’essaie de me constituer une expérience. Pour l’année prochaine je pense reconduire le projet ICN campus, mais je vais essayer de beaucoup plus structurer mon année et de m’organiser différemment. Voici quelques idées :

  • création de plusieurs groupes et projets dans la classe.
  • définition de « Phases » ou de « Tâches a réaliser » pour chaque projet.
  • alternance de 3-4 séances « collectives » d’apprentissage, puis de 2-3 séances de mise en application, où il faudra réaliser une ou plusieurs tâches.
  • questions annexes par groupe, avec production d’un exposé présenté à la classe.

Enfin pour l’année 2018-2019, notre lycée a le projet de créer un groupe de seconde ayant les options ICN et PFEG (Principes Fondamentaux de l’Economie et de la Gestion) et de travailler autour d’une micro-entreprise.


notes

[1La question se posera encore plus dans les établissements qui pourront ouvrir l’option en première (ce qui n’est pas notre cas ).

[2L’option ICN se met en place en première et en terminale ES/L et, parmi les cinq compétences qui devraient être évaluées, aucune n’est de nature algorithmique. Il faudra par exemple que les élèves s’intéressent à la dimension sociétale d’un projet.

[3Expérience amusante d’un programme de 3047 lignes avec des fonctions clic1, clic2, …, clic65 et autres méthodes de ce genre, tout en copier-coller, mais qui marche, avec du son et de la musique, et l’enregistrement des scores

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