Avec le développement des outils IA et la démocratisation du vibe coding, bon nombre de collègues se lancent dans la création de leurs propres outils. Dans son article récent pour MathémaTICE, Olivier Thöni nous donne un excellent exemple de démarche pour créer de tels outils. Ceux-ci peuvent répondre à un besoin immédiat avec une classe et rester assez confidentiels, d’autres peuvent être plus généraux et s’adresser au plus grand nombre. La Forge des Communs Numériques Éducatif commence à offrir un large choix de telles applications : les possibilités offertes par l’IA ont permis de faciliter et accélérer le travail de ceux qui étaient déjà dans une démarche de programmation et de création tout en permettant à des collègues de se lancer pour la première fois. Mais toutes ces applications ne sont pas hébergées sur la Forge, certains collègues ayant fait d’autres choix.
Mon intention ici est de donner de la visibilité à quelques outils peu connus et très récents et qui me semblent suffisamment bien pensés et complets pour mériter de faire partie de la trousse à outil du professeur de mathématiques. Cette liste pourra certainement sembler très ou trop courte : je ne connais sans doute pas toutes les créations des collègues et je n’ai pas testé toutes celles que j’ai vu passer. Mais j’invite tous les lecteurs à compléter cette liste en laissant un commentaire en bas de cet article : ne gardons pas nos pépites pour nous, partageons-les !
Attention, je ne parlerai pas ici, par exemple, des merveilleuses applications développées par Christophe Auclair ou Arnaud et Julien Durand, leurs travaux ayant depuis longtemps une certaine notoriété, amplement méritée. Il ne s’agit pas non plus de (re)présenter les grands classiques (Labomep, InstrumenPoche, Capytale, MathALÉA, MathsMentales…) qui sont déjà des incontournables du métier, développés par des collègues qui n’ont pas compté leurs heures de travail pour les offrir à la communauté.
La ressourcerie de la Forge : des ressources à explorer
Les applications que je vais présenter ne sont pas toutes hébergées sur la Forge des Communs Numériques Éducatifs. Mais celle-ci héberge une grande quantité de ressources et un moyen simple de les découvrir est de se rendre sur la page du moteur de recherche de la Forge : la ressourcerie. Il est possible de faire des recherches par discipline, par thème, par niveau… Une recherche disciplinaire sur les mathématiques offre un grand choix d’applications.
Si vous recherchez un outil bien précis, la ressourcerie est certainement un excellent point de départ.
Au tableau !
Il s’agit d’une de mes dernières découvertes, l’auteur (Rémy Devoddère – professeur de mathématiques en collège dans l’Oise) ayant partagé son travail récemment sur le groupe Facebook “Le coin boulot des professeurs de mathématiques”. C’est d’ailleurs cette publication qui m’a donné envie d’écrire cet article. L’auteur nous propose un outil qui regroupe un très grand nombre de fonctionnalités dans un tableau à vidéoprojeter en classe.
L’auteur utilise Gemini comme assistant de programmation, mais un tel travail n’est pas possible sans avoir de solides compétences dans ce domaine, comme l’auteur le confirme :
« Pour l’IA dont je me sers, c’est Gemini. Par contre, ce qui m’aide, c’est d’avoir toujours programmé et d’avoir compris la programmation-objet. »
Au moment où j’écris ces lignes, l’application "Au tableau” est en phase de tests : des bogues ou des erreurs peuvent exister, mais seront corrigés avec les retours de tous ceux qui pourront tester. À terme, l’outil devrait être disponible pour un usage hors ligne.
Il serait difficile de faire une présentation complète de l’outil, tant il y a de fonctionnalités. La version en ligne est accessible sur ce lien.

- Un tableau réalisé avec “Au tableau” avec différents graphiques qu’il est possible d’insérer.
L’outil permet de créer simplement et en quelques clics seulement toute une panoplie de graphiques et de tableaux.

- Un aperçu des fonctionnalités disponibles.
L’outil est très simple à prendre en main et tous les graphiques sont paramétrables.

- Fenêtre de paramétrage d’un graphique statistique.

- Une fois créé, le graphique peut être inséré n’importe où sur le tableau de travail et redimensionné.
L’immense avantage ici est de pouvoir sauvegarder et exporter le tableau créé pendant la séance.

- Menu de gestion des fichiers.
Pour suivre l’évolution de ce projet et des autres travaux de Rémy, vous pouvez le suivre sur sa page Facebook.
Brevet Quest
À l’heure où les automatismes font leur entrée dans les épreuves du DNB et du BAC (dans l’épreuve anticipée en fin première), Carl Mambourg nous propose une application à utiliser en ligne pour les réviser. Elle est hébergée sur La Forge et accessible à cette adresse.

- Une interface complète et visuellement engageante. Le travail peut se faire par thème.
L’auteur nous explique (avec l’aide de l’IA) sa méthode de travail :
Je ne suis pas développeur au sens professionnel du terme. Ma méthode, le vibe coding, consiste à construire l’application de façon itérative, en dialogue permanent avec un assistant IA (Claude). Pas de projet GitHub complexe, pas de framework lourd : un seul fichier HTML/JS, que je fais évoluer par touches successives.
Le principe est simple : je décris ce que je veux obtenir, l’IA génère ou modifie le code, je teste dans le navigateur, j’affine. Chaque fonctionnalité nouvelle est une itération. Ce mode de travail est accessible à tout enseignant un peu à l’aise avec le numérique, même sans formation en développement.Quelques conseils pour bien démarrer :
- Commencez petit : une seule catégorie de questions, un seul niveau.
- Décrivez vos besoins en termes pédagogiques, pas techniques. L’IA traduit.
- Sauvegardez une version stable avant chaque évolution importante.
- Utilisez le RAG en fournissant à l’IA des textes officiels.
- Testez sur mobile dès le début — vos élèves n’utilisent pas un PC.
L’importance des tests
C’est l’étape que l’on sous-estime le plus. Un générateur de questions mathématiques peut produire des cas impossibles, des fractions non simplifiées au mauvais moment, ou des valeurs qui rendent la question triviale. J’ai passé autant de temps à tester qu’à coder.
Quelques réflexes indispensables :
- Lancer chaque générateur des dizaines de fois pour traquer les cas limites
- Tester sur plusieurs appareils (smartphone Android, iPhone, tablette, PC)
- Faire tester par des élèves réels dès que possible — ils trouvent les bugs que vous n’imaginez pas
- Vérifier les calculs générés régulièrement
Points de vigilance pour une application scolaire
Créer un outil pour des élèves engage une responsabilité particulière :
- RGPD : aucun appel à des serveurs externes non nécessaires (y compris les polices Google Fonts que l’IA avait choisies par — j’ai migré vers des polices système), pas de données personnelles sans consentement explicite.
- Accessibilité : contrastes suffisants, lisibilité sur petit écran, temps de réponse raisonnable sur connexion mobile limitée.
- Fiabilité pédagogique : chaque réponse générée doit être vérifiable. Un élève qui reçoit un feedback erroné perd confiance dans l’outil — et dans le prof.
Et puisque l’IA a codé la majeure partie du projet, elle est bien placée pour nous dire quelles en sont les fonctionnalités :
L’application propose aujourd’hui :
- Des générateurs aléatoires pour une vingtaine d’automatismes, avec des valeurs recalculées à chaque question
- Trois modes de jeu : entraînement libre, défi chronométré, défi classe avec classement en temps réel
- Un système de progression : XP, niveaux, badges déblocables, meilleure série
- Des rapports élève partageables avec l’enseignant (lien ou image)
- Un stockage Cloudflare KV pour la persistance des données sans compte utilisateur
- Des thèmes visuels et un mode clair/sombre pour s’adapter aux préférences.
L’outil possède donc de nombreuses fonctionnalités et permettra aux élèves de travailler en autonomie en variant mes modalités. Les enseignants qui le souhaitent pourront également suivre la progression de leurs élèves (ceux-ci devant faire la démarche de la partager).

- Différentes modalités de travail proposées.

- Exemple de question en mode “Brevet blanc”.
Maths Forge
Ce projet, de David Caisson, est également hébergé sur La Forge et est accessible à cette adresse.
Il s’agit cette fois d’aider les professeurs de lycée à composer des sujets de type examen sur mesure. Maths Forge utilise la base de données de sujets créée et gérée par Cédric Pierqueret et permet, en quelques clics de sélectionner des exercices de BAC.
Une recherche par filtre permet de trouver rapidement une sélection d’exercices adaptés aux besoins de l’enseignant.

- La recherche par filtre permet de trouver rapidement un sujet adapté au besoin.
Une fois les exercices sélectionnés, il est possible de prévisualiser le sujet ainsi composé, de le télécharger aux formats PDF ou LaTeX et de modifier ce dernier directement dans le navigateur (la compilation peut alors se faire également en ligne).

- Le sujet créé à partir des exercices sélectionnés est immédiatement disponible en PDF ou en LaTeX.
Un gain de temps assuré pour composer un sujet de BAC blanc, par exemple.
David Caisson est professeur à l’université de Polynésie française et il nous explique la genèse de ce projet :
J’ai créé Maths Forge pour répondre à un besoin que j’aurais eu lorsque j’enseignais encore au lycée. Avant d’être responsable du service numérique et innovation de l’UPF, j’ai principalement enseigné les spécialités mathématiques et NSI en classes de Première et de Terminale.
Maths Forge est né d’une discussion avec des étudiants de l’INSPÉ et a été (vibe)codé avec l’aide de Claude Code (modèles Opus 4.6 et Sonnet 4.6) : pour dire, nous cherchions une idée de projet pour essayer le « vibecoding » dont nous entendions de plus en plus parler... et Maths Forge est la première idée que nous avons eue.
Une tentative de vibecoding inspirée et réussie !

- Édition et compilation dans le navigateur du sujet créé.
Bien d’autres ressources à découvrir et à partager
Ces trois outils, bien différents les uns des autres dans leurs usages, montrent à quel point le vibecoding peut fournir des outils complets aux enseignants. Pour se lancer, mieux vaut avoir quelques notions de programmation, mais les outils d’IA progressent très vite et sont de plus en plus efficaces : un total novice devrait bientôt pouvoir vibecoder une application fonctionnelle, à condition d’avoir une idée très précise du résultat souhaité.
Trois outils, c’est bien peu : j’en ai oublié beaucoup et beaucoup d’autres feront leur apparition prochainement. J’encourage tous leurs utilisateurs et auteurs à les présenter rapidement en commentaire ci-dessous, ou plus en détail, dans un article pour MathémaTICE.