Je m’appelle Benjamin ARSAC, j’ai 37 ans, je suis enseignant à St Chamond, dans la Loire, et je suis l’auteur du site de calcul mental en ligne J’peux pas, j’ai maths .

LES DÉBUTS
L’aventure J’peux pas, j’ai maths commence lors du grand confinement de 2020. Je prépare mes cours à la maison pour mes élèves et cherche à occuper le reste de mon temps avec diverses activités. Je décide alors de commencer à apprendre la programmation web avec le site OpenClassrooms.
Adolescent, j’avais déjà essayé de programmer un site web en me servant des cours du Site du Zéro (devenu aujourd’hui OpenClassrooms). Lors de mes études, j’avais aussi appris à programmer en Camel, en C, en Python,… et j’y trouvais beaucoup d’attrait. A tel point que j’ai même envisagé de basculer en informatique (mais l’envie d’être professeur au collège était trop grande).
Comme il est vivement conseillé de partir d’un projet pour apprendre à programmer, je cherche une idée. Il se trouve que, l’année d’avant, Primaths, site de calcul mental créé par Christophe Auclair que j’utilisais régulièrement avec mes élèves, disparaissait du web. Je décide donc de concevoir un site Internet de calcul mental à la manière de Primaths : J’peux pas, j’ai maths est né !
Très vite, je me rends compte de l’importance de rendre le site responsive afin qu’il puisse s’utiliser aussi bien sur ordinateur que sur tablette ou smartphone. En effet, les cours en distanciel ont montré combien il était important que les outils proposés puissent s’utiliser sur différents appareils (ce qui n’est encore pas si souvent le cas dans les ressources éducatives).
Plus généralement, je fais le choix de penser mon site Internet davantage pour une utilisation élève que pour une utilisation professeur. Mon objectif est que les élèves aient envie de faire du calcul mental et d’aller sur J’peux pas, j’ai maths. Je choisis donc un nom rigolo, un design épuré et coloré, et j’associe chaque niveau de difficulté à de mignons petits avatars. Je décide également de nommer le niveau le plus difficile « Diabolique » afin de pousser les élèves à se confronter à la difficulté. De manière générale, j’essaie de penser le site comme un jeu vidéo. Je me suis notamment beaucoup inspiré de Tetris, jeu pour lequel je ne compte pas les heures passées dessus à jouer enfant.

Comme je crée moi-même le site, je peux répondre exactement à mes besoins et choisir notamment les variables didactiques associées aux exercices. Coder J’peux pas, j’ai maths est donc à la fois enrichissant en termes de programmation et de didactique des Mathématiques.
A mon retour en présentiel devant les élèves, le site propose déjà de nombreux exercices et je décide de les tester en classe, sous forme de vidéo-projection. Les retours sont positifs et le côté ludique du site fonctionne bien. Je poursuis donc le développement du site en parallèle de mon métier d’enseignant.


LE CALCUL MENTAL DE LA MORT
C’est au cours de l’été 2021 que naît l’idée du premier jeu du site : « Le calcul mental de la mort » !
Ce jeu reste, à ce jour, le préféré des élèves et une des raisons principales de la réussite de J’peux pas, j’ai maths.
Le principe est simple : obtenir 100 bonnes réponses avant la fin du temps imparti mais avec des calculs qui deviennent de plus en plus difficiles. Chaque bonne réponse rapporte 10 secondes et chaque mauvaise en fait perdre 5.
Pour rajouter de la tension, une musique stressante est proposée et celle-ci accélère si le temps vient à manquer (on s’inspire là encore de Tetris).
Le jeu est proposé avec différents thèmes de calcul : entiers, décimaux, relatifs et expressions littérales.
Si le record avec les entiers est actuellement de 100/100 en 3min13s, la plupart des élèves ont besoin d’une dizaine de minutes pour obtenir 100/100. Ce jeu permet donc de faire du calcul mental de façon intensive et progressive sans s’en rendre compte. Encore aujourd’hui, je suis impressionné du temps passé par mes élèves à faire du calcul mental sur mon site, pour leur plus grand plaisir.

DIFFUSION A LA COMMUNAUTÉ ÉDUCATIVE
Très vite, de nombreuses personnes de mon entourage m’encouragent à faire la promotion de mon site, suggérant que mon travail pourrait être utile à d’autres professeur·e·s.
Je commence donc la diffusion de mon site le 4 septembre 2021.
Mon premier réflexe est alors de communiquer auprès de l’inspection, mais je ne reçois que peu de réponses et celles-ci sont courtes et peu encourageantes.
Je passe donc par les réseaux sociaux et les autres acteurs/actrices du numérique éducatif pour faire connaitre mon site. J’peux pas, j’ai maths reçoit alors rapidement un accueil chaleureux de la part de la communauté éducative. Les connexions s’envolent et je me retrouve confronté à un problème technique : l’hébergement gratuit dont je dispose ne permet plus de prendre en charge le nombre d’utilisateurs.
Je demande alors des conseils et la magie des réseaux s’opère : on m’invite à contacter Christian Stracka, président de l’AFT-RN (Association des Formateurs Tice – Réseau National) qui pourrait m’aider. Je reçois effectivement rapidement une réponse favorable et je passe alors chez un hébergeur payant plus adapté à la nouvelle fréquentation du site. Le prix de ce nouvel hébergement est remboursé par l’AFT-RN et c’est encore le cas aujourd’hui.
L’accès à ce nouvel hébergeur permet aussi l’utilisation de bases de données, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Le projet de suivre les résultats élève que j’avais dans un coin de ma tête devient donc techniquement possible, mais me paraît, à ce moment-là, bien trop compliqué à mettre en place.
LE SUIVI DES RÉSULTATS
Ayant désormais accès à une base de données, je commence, en novembre 2021, à proposer la création de comptes utilisateurs pour pouvoir suivre ses résultats et participer aux records du jeu du Calcul mental de la mort.
Pour cela, j’approfondis évidemment mes connaissances en Javascript, PHP et SQL. Les requêtes à la base de données doivent notamment être lancées en arrière-plan (le site étant pensé en mono-page), ce qui rend la tâche plus difficile.
Je me lance ensuite dans un très gros chantier :
- la création d’une interface professeur pour créer des comptes élève, concevoir des séries d’exercices
préprogrammés, les diffuser aux élèves et suivre les résultats à distance.

- la création d’une interface élève pour accéder aux exercices donnés par le professeur et les réaliser.

Cela me prendra plusieurs mois et, en avril 2022, ces deux interfaces sont mises en ligne.
Au début, les séries d’exercices ne peuvent être proposées que sous forme de live sessions (compétitions avec classement en direct). Le jeu du calcul mental de la mort peut, lui aussi, être proposé sous forme de live session.
Cela répondait à mon envie de proposer des concours de calcul mental pendant la semaine des maths. Je teste cela quelques semaines plus tard, à cette occasion, avec mes élèves, et le succès est au rendez-vous : les élèves sont sur-motivés par la compétition et l’affichage du classement en direct.


Pendant l’été 2022, je continue à développer ces interfaces afin de permettre aussi de proposer des exercices sous forme de travaux à faire. Ces travaux ne sont plus à faire en direct mais peuvent être fait à distance. Il n’y a plus de compétition et le suivi des résultats est plus détaillé. Je souhaite ainsi pouvoir faire travailler quotidiennement mes élèves sur le calcul mental et suivre leur travail. A la rentrée de septembre, cette possibilité est mise en ligne et je l’utilise depuis avec mes classes.
Ces deux interfaces ont fait prendre une telle envergure au site qu’il devient alors difficile de le mettre à jour. Mes défauts de codeur amateur commencent à peser et il me faudra alors reprendre tout mon code de nombreuses fois pour le simplifier, le rendre plus clair, plus sûr, moins répétitif et plus facile à maintenir dans le temps. Ceci représentera la plus grosse partie de mon travail pendant les années suivantes et les nouveautés seront moins fréquentes en raison de cela...
LE CYCLE 2 ET LE PREMIER DEGRÉ
En décembre 2022, je commence à proposer des exercices pour le cycle 2. Cela répond à une demande des collègues du premier degré et aux besoins de ma compagne, professeure des écoles au cycle 2.
Suite à un partenariat avec l’ENT Beneylu School, les cycles 2 et 3 vont même devenir ma priorité.

Les exercices se multiplient donc et, en mars 2023, le « tentacalcul mental » fait son apparition (équivalent du calcul mental de la mort pour le cycle2) avec 4 thèmes : ajouter, soustraire, multiplier et diviser.

Un peu plus tard, en mai 2023, je crée le jeu du « Calcul em’mental » : des carrés de nombres à compléter, le plus rapidement possible, de sorte que la somme des nombres de chaque ligne, chaque colonne et chaque diagonale soit la même.

Avec l’expérience de terrain de ma compagne, je conçois également des exercices spécial CP avec des paramètres plus flexibles et des nombres plus petits.
J’peux pas, j’ai maths devient alors un outil complet pour la pratique du calcul mental au premier degré.
LES DERNIÈRES NOUVEAUTÉS
Après la refonte totale du code qui me prit plus d’un an, il est devenu plus facile de produire du contenu sur le site.
J’ai alors commencé à proposer des exercices dans lesquels plusieurs champs de réponse étaient à remplir.
Ceci a permis la réalisation d’exercices plus complexes, avec des étapes, comme les calculs avec les fractions au cycle 4 (août 2025)

En février 2026, un nouveau jeu voit le jour : les Pyramides de Toutânkhalkul. Le principe est de compléter des pyramides de nombres, le plus rapidement possible, de sorte que chaque nombre dans une case soit égal à la somme des deux nombres situés dans les cases en-dessous. Un classique mais proposé dans un bel univers égyptien, avec des pyramides aléatoirisées et pouvant être donné, comme les autres jeux, sous forme de travail à la maison ou sous forme de live session aux élèves.

PERSPECTIVES
Les idées de nouveautés ne manquent pas :
- Les contenus sur les fractions peuvent être encore développés et j’aimerais pouvoir rajouter du visuel sur cette notion pour travailler cela dès le cycle 2 ;
- Les programmes de calcul devraient faire leur apparition sur le site pour le cycle 4 ;
- Deux idées de jeux sont dans les tuyaux : un compte est bon (encore un classique) et un jeu sur la décomposition/numération ;
- Des énigmes basées sur les exercices du site sont aussi en projet ;
- Enfin, de nouvelles possibilités d’utilisation du site (notamment pour travailler la fluence) sont envisagées.
LES LIMITES
Ma petite famille qui s’est agrandie (en 2022 puis 2024) m’apporte énormément de bonheur, mais elle a aussi réduit considérablement mon temps personnel. Ma vie de famille étant une priorité, le site évolue plus lentement et de façon moins régulière. J’ai néanmoins pris un temps partiel depuis la naissance de ma première fille pour réussir à gérer tous les aspects de ma vie.
J’ai essayé de nombreuses fois de demander un soutien de la part de l’institution, sans succès. A ce jour, je n’ai toujours aucune décharge pour le travail que je fournis avec j’peux pas, j’ai maths et je n’ai reçu qu’une seule prime de la part du ministère, il y a plus d’un an.
L’absence de reconnaissance de l’institution pour mon travail sur le site (plébiscité par ailleurs par la communauté éducative) reste aujourd’hui ma plus grosse déception. [1]
Côté rémunération, j’ai fait le choix de ne pas proposer de pub sur le site et de le mettre à disposition gratuitement depuis ses débuts afin qu’il puisse servir à tous et ne pas exposer les enfants à la publicité.
Néanmoins, le partenariat avec Beneylu School, depuis quelques années, permet de compenser la perte de salaire due au temps partiel et de continuer l’aventure j’peux pas, j’ai maths. L’aide financière régulière de l’AFT-RN est aussi extrêmement précieuse.
REMERCIEMENTS
- Merci à l’AFT-RN pour son soutien depuis le début !
- Merci à Beneylu School pour l’intérêt porté à mon travail et leur confiance.
- Merci à toutes les personnes qui soutiennent et aident le projet, de près ou de loin.