Les nouvelles technologies pour l’enseignement des mathématiques
Intégration des TICE dans l’enseignement des mathématiques

MathémaTICE, première revue en ligne destinée à promouvoir les TICE à travers l’enseignement des mathématiques.

Un exemple de dialogue avec ChatGPT : simplicité, efficacité, « suggestions » opportunes de l’IA et belle qualité d’écriture
Et en arrière plan, des « formes de raisonnement » familières aux mathématiques
Article mis en ligne le 1er février 2026
dernière modification le 15 février 2026

par Gérard Kuntz

Cet article est né d’un échange avec une amie autour du Nouvel An 2026.
Pour agrémenter mon courriel, j’y avais joint cette photo...



...prise au cours d’une des nombreuses randonnées à skis effectuées entre les Saisies et Megève, avec une vue imprenable sur le Mont Blanc. A chaque passage près de la Croix de Pierre au col de Véry, année après année, je me demandais qui étaient les trois personnes dont les noms s’y trouvaient mystérieusement associés et gravés. Sans jamais trouver de réponse assurée.

Mon amie me posa à son tour la question. Ce fut le début d’une enquête que je voudrais vous relater, car elle n’est pas sans lien avec une préoccupation récente et récurrente de MathémaTICE. J’y reconnus des méthodes d’investigation familières aux mathématiques qu’un post-scriptum précisera (en fin d’article).

Ma première idée fut d’interroger la mairie de Hauteluce :

De : Gérard Kuntz <gerard.kuntz@sesamath.net>
Envoyé : samedi 13 décembre 2025 18:08
À : Contact - Mairie Hauteluce
Objet : La croix de Pierre au Col de Véry

 
Bonjour,

J’ai longtemps et souvent fréquenté le trajet entre les Saisies et les hauts de Megève.
Et je me suis arrêté chaque fois à la très belle Croix de Pierre au col de Véry.

S’agit-il de la tombe des 3 personnes dont le nom est sur la Croix ? Ou du lieu où leur est arrivé un accident ? Pourquoi ces noms en ce lieu très isolé ?
Malgré mes recherches sur Internet, je n’ai pas pu lever le mystère...
Il me serait agréable que vous m’éclairiez.

Bien cordialement
G.K

J’imaginais que la mairie de Hauteluce répondrait sans difficulté à ma requête, quitte à interroger quelques anciens de la commune. Il n’en fut rien.

RE : La croix de Pierre au Col de Véry
Date :
Mon, 12 Jan 2026 09:08:50 +0000
De :
Contact - Mairie Hauteluce
Pour :
Gérard Kuntz <gerard.kuntz@sesamath.net>

Bonjour,
Nous avons bien reçu votre courriel du 13 décembre dernier qui a retenu toute notre attention.
Nous n’avons malheureusement pas d’information en mairie pour pouvoir répondre à votre interrogation.
Vous souhaitant une agréable journée.
Cordialement

Déçu, je me convainquis que la petite commune était très occupée avec les législations et les normes que l’Assemblée Nationale lui infligeait en rafales, à moins (et c’était plus grave encore) qu’elle ait perdu la mémoire, même très locale...

Mon amie interrogea ChatGPT qui fut bien plus loquace et productif que le personnel de la Mairie. Je retranscris ici intégralement son dialogue avec l’IA (en italique), sans autre modification que la mise en page.

Sa requête  : Sur la Croix de Pierre au col de Véry (commune de HauteLuce ), il y a trois noms inscrits Pichol-Thievend Joseph, Cuvex Combaz Paul et Cuvex Combaz Elise née Pichol-Thievend. Qui étaient ces gens et pourquoi sont-ils inscrits sur cette croix ?

La réponse de ChatGPT fusa (en quelques secondes) :

Je n’ai pas trouvé de source historique officielle en ligne qui explique précisément pourquoi les noms Pichol-Thievend Joseph, Cuvex-Combaz Paul et Pichol-Thievend Elise sont gravés sur la Croix de Pierre au col de Véry (Hauteluce, Savoie). Toutefois, plusieurs éléments vérifiables permettent de comprendre qui étaient ces personnes et d’avancer une interprétation plausible :

  • 1. Ce sont des personnes réelles originaires de Hauteluce.
    D’après des données généalogiques fiables :
    Joseph Pichol-Thievend était né vers 1796 et est décédé en 1869 à Hauteluce.
    Élise Philomène Pichol-Thievend, née en 1906 et décédée en 1992, était originaire d’Hauteluce.
    Paul Cuvex-Combaz est un nom de famille bien présent dans la région (les Cuvex-Combaz sont une famille haut-savoyarde connue localement), et une fiche généalogique recense un Paul Cuvex-Combaz associé à Élise dans des bases de données d’arbres généalogiques.
    Une fiche en ligne montre notamment une liste de trois noms associée à Hauteluce correspondant à ces trois personnes : Pichol-Thievend Joseph, Cuvex-Combaz Paul et Pichol-Thievend Elise.
  • 2. Pourquoi ces noms sur une croix ?
    Dans les Alpes (comme ailleurs en France), les croix de pierre ou calvaires de montagne sont fréquemment érigés pour l’une des raisons suivantes :
    • Croix de dévotion religieuse, posées pour protéger le chemin ou marquer un lieu de prière.
    • Croix-souvenir ou mémorial, érigées en mémoire de personnes décédées (souvent dans un accident, une chute ou une tragédie en montagne).
    • Croix de famille, placées par des proches pour commémorer des ancêtres ou des membres importants d’une famille, parfois sur un lieu significatif pour eux.
      Le fait que trois noms familiaux très proches (deux Pichol-Thievend et un Cuvex-Combaz) figurent ensemble suggère fortement qu’il s’agit d’une croix-mémorial familiale plutôt que d’une simple croix religieuse sans rapport avec des personnes précises.
  • 3. Contexte local
    La région de Hauteluce n’est pas très peuplée, et il est courant que des familles de la commune — comme les Pichol-Thievend ou les Cuvex-Combaz — fassent ériger des monuments en mémoire de leurs proches.
    Ces deux patronymes apparaissent encore aujourd’hui dans la commune (par exemple sur des listes comme le conseil municipal ou des sociétés locales).
  • 4. Hypothèse la plus probable (à confirmer)
    La Croix de Pierre au col de Véry porte très probablement les noms de membres d’une même famille, peut-être parce qu’ils :
    • ont traversé un événement tragique à cet endroit (accident de montagne) ;
    • ou ont été morts en service, service militaire ou au cours d’un événement historique ;
      ou ont voulu marquer leur attachement à ce lieu significatif pour leur famille.
    • Sans archives locales (paroissiales, municipales ou notariales), il n’est pas possible de dire avec certitude la raison exacte de l’inscription.

Que faire si vous voulez la réponse précise ?
Pour obtenir une explication officielle, les démarches suivantes sont les plus efficaces :
1. Contacter la mairie de Hauteluce, qui dispose souvent d’archives et d’historique sur ces monuments.
2. Voir avec la paroisse locale (Saint-Pierre d’Hauteluce), si la croix est liée à une dévotion ou bénédiction particulière.
3. Consulter les registres d’état civil et les archives départementales de Savoie, qui pourraient mentionner un accident ou une érection de croix mémorielle.

Si vous avez une photo de la croix ou du texte complet de l’inscription, je peux vous aider à l’interpréter plus précisément.

De nombreuses hypothèses donc, issues des documents consultés par ChatGPT (sans aucun guidage dans les requêtes). Et avec une suggestion finale sur laquelle je rebondis aussitôt.
J’envoyai donc à ChatGPT la photo, agrémentée de cette requête :
Cette photo de la croix au col de Véry éclaire-t-elle la question ?

Un clin d’œil plus tard, la réponse me parvint :

Oui — la photo éclaire nettement la question, et elle permet d’être beaucoup plus précis.

Ce que montre la croix elle-même :
En lisant l’inscription visible sur la photo, on observe :

  • « LA CROIX DE PIERRE – 1973 m »
  • Hauteluce – Savoie
  • Puis, gravés en dessous :
  • Pichol-Thiévand Joseph
  • Cuvex-Combaz Paul
  • Cuvex-Combaz Élise
  • née Pichol-Thiévand

Il n’y a aucune date de décès, aucune mention d’accident, aucune formule funéraire (« mort ici », « à la mémoire de… »), ce qui est déterminant.
Ce que cela signifie très probablement :
Cette croix n’est pas une croix commémorant un drame survenu au col.
Il s’agit d’une croix de sommet/de col, érigée ou restaurée par une famille locale, ce qui est très courant en Beaufortain.

Les trois personnes mentionnées sont presque certainement :
• Joseph Pichol-Thiévand : un ancêtre (probablement du XIXᵉ siècle),
• Élise Pichol-Thiévand, devenue Cuvex-Combaz par mariage,
• Paul Cuvex-Combaz, son époux.

Autrement dit, un couple (Paul et Élise) rendant hommage à leur lignée, en mentionnant le nom de jeune fille d’Élise et celui de l’ancêtre Joseph.
Pourquoi leurs noms sont-ils inscrits ?
Dans la tradition alpine savoyarde :

  • Les familles qui financent, érigent ou restaurent une croix
  • inscrivent souvent leurs noms, parfois sur plusieurs générations
  • sans que cela soit lié à un décès sur place

La sobriété de l’inscription et l’absence de dates confirment qu’il s’agit :
d’une croix votive ou patrimoniale, liée à l’attachement familial au col de Véry (pâturages, passage, alpages),
et non d’un mémorial funéraire.

En résumé

  • Ces gens étaient une famille de Hauteluce, bien ancrée localement.
  • Leur nom figure parce qu’ils sont les donateurs ou les restaurateurs de la croix, pas parce qu’ils y sont morts.
  • La croix marque à la fois le col, la foi, et la mémoire familiale.

Si vous le souhaitez, je peux aussi vous expliquer le rôle précis de ces croix dans la culture du Beaufortain, ou comment dater plus finement l’érection initiale de celle-ci.

Emporté par le brio de mon interlocuteur, la précision de ses réponses, sa prudence (il distingue ce qui est probable de ce qui est certain) et sa générosité (il me propose de me cultiver), j’ai répondu positivement à son invitation finale :
Oui, expliquez s’il vous plaît l’histoire des croix de cols en Savoie

Infatigable, ChatGPT déroula instantanément sa proposition :

Voici une synthèse claire et documentée de l’histoire des croix de cols en Savoie, en replaçant la Croix de Pierre du col de Véry dans cette tradition.

  • 1. Une tradition ancienne, mais surtout alpine (XVIIᵉ–XXᵉ siècles)
    Contrairement à une idée répandue, les croix de cols ne sont pas médiévales dans leur majorité.
    En Savoie, leur essor principal date de :
    • la Contre-Réforme (XVIIᵉ siècle)
    • le XIXᵉ siècle, période de renouveau religieux
    • le XXᵉ siècle, souvent lié à des initiatives locales (paroisses, familles, communes)
      La Savoie, profondément catholique jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, a vu se multiplier ces croix sur les lieux de passage et de transition : cols, alpages, limites communales.
  • 2. Pourquoi placer une croix sur un col ?
    • a) Un lieu symbolique
      Un col est :
      un passage (entre vallées),
      un lieu exposé (vents, tempêtes, avalanches),
      une frontière naturelle.
      Dans la culture savoyarde, on y plaçait une croix pour :
      demander la protection divine,
      bénir le voyageur et le berger,
      christianiser un espace perçu comme dangereux.
    • b) Protection des activités pastorales
      Beaucoup de croix sont liées à :
      l’estive,
      la montée des troupeaux,
      la protection contre les maladies du bétail,
      les accidents en montagne.
      Certaines croix faisaient l’objet d’une bénédiction annuelle, parfois lors d’une procession.
  • 3. Trois grands types de croix en Savoie
    1️⃣ Croix religieuses de protection
    Sans noms ou avec une simple date
    Érigées par une paroisse ou une confrérie
    Très fréquentes au XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles
    2️⃣ Croix mémorielles
    Mention explicite d’un décès (« mort ici »)
    Dates précises
    Souvent modestes
    Ce n’est pas le cas de la Croix du col de Véry
    3️⃣ Croix « signatures » familiales (XXᵉ siècle)
    Croix solides (pierre ou béton)
    Altitude indiquée
    Noms des donateurs ou initiateurs
    Blason savoyard ou mention communale
    La Croix de Pierre appartient clairement à cette catégorie
  • 4. Le cas particulier de la Savoie
    Avant 1860, la Savoie appartient au royaume de Piémont-Sardaigne.
    La croix joue aussi un rôle :
    identitaire,
    politique (attachement au catholicisme),
    territorial.
    Après l’annexion à la France, les croix deviennent un marqueur culturel savoyard, souvent revendiqué au XXᵉ siècle, d’où la présence fréquente :
    du mot Savoie,
    de la croix blanche sur fond rouge.
  • 5. Pourquoi tant de croix au XXᵉ siècle ?
    Plusieurs raisons :
    accès plus facile aux sommets (routes, skis),
    volonté de laisser une trace durable,
    réaction à la modernisation et à la déchristianisation,
    initiatives familiales ou communales.
    La date 1973 de la Croix de Pierre s’inscrit parfaitement dans cette vague.
  • 6. Lecture symbolique de la Croix de Pierre du col de Véry







  • 7. En résumé
    La Croix de Pierre du col de Véry est :
    un repère spirituel et territorial,
    un geste familial inscrit dans une tradition alpine,
    un témoin du catholicisme et de l’identité savoyarde du XXᵉ siècle,
    et non un monument funéraire.

Si vous le souhaitez, je peux :
comparer cette croix à d’autres croix savoyardes célèbres,
expliquer les rites de bénédiction associés,
ou vous aider à localiser d’autres croix de cols autour de Hauteluce.

La démonstration des remarquables performances de ChatGPT étant faite, j’arrête là mes requêtes, car je ne voudrais pas vous lasser, surtout que je ne vous parle pas (à première vue en tout cas...) de mathématiques. Mais dans ce domaine aussi, les IA font merveille, elles se sont déjà hissées au niveau des Olympiades !

J’ai pourtant relevé une erreur de ChatGPT dans ses brillants développements : il confond (quelques lignes plus haut) l’inscription d’altitude 1973 m sur la croix avec la date 1973 ! Péché véniel qui me rassure plutôt sur sa non-infaillibilité ! Il faudra continuer à être vigilant...

Pour vous remercier de m’avoir accompagné jusqu’au bout de mes propos, voici deux paysages rencontrés au cours de mes randonnées vers le col de Véry : ils récompensent le skieur de bien des efforts et de l’inévitable fatigue.

Aiguilles Croches et Mont Blanc vus depuis le col de Véry

Aiguilles Croches et Aiguille du Midi avec sa passerelle vues depuis le col de Véry