J’ai eu la chance de participer en 2006 à la conception de la revue en ligne MathémaTICE au sein de l’association Sesamath. J’ai assisté à son démarrage, modeste au demeurant, puis à sa montée en puissance au cours des années suivantes.
On m’a demandé d’en devenir le rédacteur en chef, sans doute à cause de mon expérience dans les comités de rédaction de diverses revues papier (Repères-IREM, le BV de l’APMEP). J’assure encore aujourd’hui cette responsabilité avec bonheur, à la tête d’une équipe d’une quinzaine de collègues qui s’est beaucoup renouvelée au fil des ans et qui assure, exclusivement à distance, le quotidien de la revue. Une liste de diffusion tisse des liens entre les membres du comité de rédaction dispersés à travers le monde : elle rend possible des contacts faciles, rapides et confidentiels, à l’abri du bruit et de la fureur qui caractérise trop souvent les réseaux sociaux.
Il nous a semblé qu’une discrète célébration du 20ème anniversaire de la revue s’imposait pour remercier celles et ceux qui ont participé à l’aventure, avec les autrices et auteurs qui alimentent la revue jour après jour, mais aussi avec les lectrices et lecteurs qui nous font l’amitié de nous prêter attention avec fidélité.
Car une revue, ce n’est pas qu’un ensemble d’articles (un peu plus de mille à ce jour), c’est aussi et surtout, par la vertu d’Internet, un tissu dense de relations humaines à travers le monde, rendant possible le partage d’expériences dans une situation pédagogique et sociale incertaine et mouvante et la meilleure transmission possible à la génération montante.
L’article que voici parcourt à grands traits les 20 ans que la revue vient de vivre, il en signale des aspects saillants et évalue les évolutions qu’elle a connues durant cette période, en étroite relation avec celles de l’enseignement des mathématiques.
L’article imagine aussi de nouvelles étapes, dans le prolongement de cet anniversaire. Il vous invite, si vous en êtes d’accord, à en devenir des acteurs.
- Les origines (2006)
- Le comité de rédaction de MathémaTICE et son fonctionnement
- Des rencontres qui laissent des traces durables
- Au-delà des maths et des sciences du numérique, un (…)
- La mise en valeur de sites créés par des collègues
- Des brèves qui méritent une attention particulière : (…)
- Les technologies, une aide pour alléger certains handicaps ?
- MathémaTICE participe à la formation continue des (…)
- Des statistiques de fréquentation déstabilisées par des (…)
- Conclusion ouverte sur l’avenir
Les origines (2006)
L’ambition de départ n’était pas mince : l’association Sesamath souhaitait comprendre, à partir de sa déjà vaste expérience numérique, ce qu’une revue en ligne pourrait apporter de neuf à la façon traditionnelle d’enseigner les mathématiques. Un premier article exploratoire posait l’inévitable question préalable : Une revue en ligne à propos des TICE, pour quoi faire ? A vingt ans de distance, j’y relève quelques points importants concrétisés ou au contraire restés en souffrance.
- La revue pourrait devenir une pépinière de nouveaux (et jeunes) auteurs.
Ce souhait a été pleinement réalisé : 485 auteurs ont écrit 1024 articles. Pour certains ce fut un article unique, d’autres reviennent régulièrement dans nos sommaires : nous n’avons jamais souffert d’une pénurie de propositions (même durant la crise du Covid). Ces auteurs sont la véritable richesse de la revue.
- Il serait bon que les articles utilisent les spécificités d’Internet et intègrent les divers outils qu’il offre : animation, simulation, expérimentation et liens vers d’autres sites ...
Certes, mais l’enfer est parfois pavé de bonnes intentions : la revue est devenu partiellement un cimetière d’articles quand la technologie d’animation Flash fut retirée de la circulation. Sesamath dut repenser et refaire en JavaScript (au prix d’un immense effort collectif) ses bases de données d’exercices prisées par de nombreux élèves. A cette occasion, le comité de rédaction de la revue comprit que des articles ou des brèves sans animation , mais proposant aux collègues des textes de problèmes et d’exercices pérennes, ont leur place dans la revue : certains figurent aujourd’hui encore parmi les articles les plus « populaires ».
- Sesamath n’est qu’une partie de l’immense mouvement de création engendré par les TICE. La revue doit éviter tout « nombrilisme » et se pencher aussi (et avec bienveillance) sur le travail des autres.
Aucun article ne fut jamais refusé en raison de sa provenance. Des propositions de collaboration avec des revues papier ont été tentées, sans véritable succès. Les revues papier ont craint à cette époque pour leur survie face à la gratuité d’accès militante pratiquée par Sesamath (et donc par MathémaTICE). A signaler que Repères-IREM en est venue récemment à la publication en ligne gratuite de ses articles dès leur parution dans la revue papier.
- Qu’apportent réellement les technologies à l’apprentissage des mathématiques ? Quels aspects des mathématiques est-il possible d’appréhender efficacement avec ces méthodes ? Y a-t-il des champs qui leur échappent ? Quelles relations est-il souhaitable de tisser entre les technologies et les environnements d’apprentissages traditionnels ? Comment le travail en environnement multimédia influence-t-il les contenus des mathématiques enseignées ? Quelles sont les différences de connaissances, d’attitudes et d’usages des mathématiques entre des élèves travaillant fréquemment avec les TICE et les autres ? Comment les TICE modifient-elles le métier des enseignants ? Comment en tenir compte pour mieux les former ?
Ces questions essentielles restent d’actualité, de très nombreux articles de la revue les abordent.
A titre d’exemple emblématique récent, l’irruption tonitruante des Intelligences Artificielles dans l’enseignement a été saisie à bras-le-corps par le comité de rédaction, sans a priori et sans naïveté... mais avec la volonté affirmée de tester et d’évaluer leurs productions. Et corrélativement d’évaluer l’activité intellectuelle des professeurs et des élèves utilisant des IA.
La formation continue des enseignants sera abordée un peu plus loin. Elle n’est pas étrangère à cette problématique.
Le comité de rédaction de MathémaTICE et son fonctionnement
Ce comité de rédaction (il figure en colonne de droite, au bas de la page d’accueil) est composé de collègues en activité ou de retraités actifs dans différentes parties du monde : Martinique, La Réunion, Colombie, Taïwan, Tunisie, et bien sûr France métropolitaine. Tous les niveaux d’enseignement, du Primaire au Supérieur y sont représentés. Une simple liste de diffusion assure les liens intenses et quotidiens entre ses membres : recherche d’autrices ou d’auteurs, discussions sur les articles proposés, relations avec les auteurs pour améliorer leurs articles etc.. Son renouvellement est assuré par des appels à candidatures sur le site de la revue quand le besoin s’en fait sentir.
La revue est libre et gratuite, accessible sans inscription. Tous ses membres travaillent bénévolement, et à distance. Sesamath en assure l’hébergement et met à sa disposition (en cas de besoin) son ingénieur système. Elle diffuse les lettres annonçant la parution d’un numéro.
Les frais de fonctionnement du comité de rédaction et de distribution de la revue sont réduits à presque rien.
Cet article de 2009 décrit les tâtonnements du comité de rédaction lors des premières années de la revue pour mettre en place des procédures et des méthodes efficaces : obtenir une qualité d’articles et une régularité de parution de la revue étaient des priorités. Même si certains aspects de ce texte sont devenus obsolètes, il reflète fidèlement le climat de réflexion et les choix qui ont permis à MathémaTICE de survivre et de se développer 20 ans durant. Il analyse aussi les conditions humaines nécessaires pour que le travail à distance soit possible et demeure agréable, conditions sans lesquelles les résultats ne sont pas au rendez-vous...
Des rencontres qui laissent des traces durables
Plusieurs rencontres (essentiellement de nature numérique) avec des personnalités scientifiques solides et généreuses ont marqué les 20 années passées. En voici deux exemples.
a) En 2019, Claudine Schwartz nous a signalé sous forme d’article le travail de Bernard Ycart, « une sorte d’ermite, qui aimait faire des mathématiques, raconter des histoires, consulter les grandes bibliothèques du monde….Dans ses montagnes du Trièves , essentiellement en dehors de son travail de professeur de statistique à l’université Joseph Fourier (Grenoble-Alpes), il a accompli un travail de titan, avec en plus la rigueur des moines copistes et la créativité d’un auteur de BD. »

Le contact fut établi avec Bernard Ycart et aboutit au fil des ans à une série d’articles sur l’histoire des mathématiques qui est une des fiertés de la revue. Sesamath héberge maintenant son précieux site. Bernard joue depuis plusieurs années un rôle important dans le Comité de rédaction de la revue (vigilance et veille scientifique, apport d’articles, accompagnement d’autrices et auteurs) avec rigueur, générosité et une élégante discrétion.
Bien évidemment, ses articles participent à la formation des lectrices et des lecteurs de MathémaTICE, en particulier dans le domaine de l’Histoire de mathématiques.
Parfois, le courriel inopiné d’un collègue passionné par un domaine scientifique nous a permis, sans que nous en soyons conscients de prime abord, d’enrichir considérablement la revue, d’élargir ses perspectives, non sans une certaine prudence (une prudence certaine...) du comité de rédaction toujours attentif.
b) Quand David Crespil nous a contactés en 2013 pour proposer à la revue un article sur le nocturlabe (il pourrait, disait-il, être suivi d’une série d’articles sur l’astronomie), la majorité du comité de rédaction fut sceptique quant à l’intérêt de le publier : l’astronomie avait depuis longtemps disparu des programmes de mathématiques et leur histoire peinait à s’y imposer. Valait-il la peine de publier des articles aussi techniques, utilisant des notions de géométrie et de physique laissées à l’enseignement supérieur, ainsi que des formes de raisonnement étrangères aux mathématiques habituelles ? La majorité du comité de rédaction était encline à répondre non et la petite minorité favorable à la publication dut batailler ferme pour inverser la tendance.
Les plus anciens rappelèrent que l’astronomie faisait partie jadis de l’enseignement des mathématiques en... maths élém (lointain ancêtre des TC, puis des TS) ; les plus savants soulignèrent que l’astronomie avait été un extraordinaire laboratoire pour les maths depuis la haute Antiquité [1] ; les pragmatiques constatèrent que la publication en ligne d’un article sans doute peu lu (c’était le risque principal) ne mettrait pas en péril la revue tout en participant à la culture d’une petite minorité de collègues [2] !

Après cette première publication, David Crespil nous a proposé de nombreux autres articles dans son domaine de prédilection jusqu’en 2019, en s’entourant des précieuses relectures d’astronomes professionnels. Contrairement aux prévisions de départ, certains de ces articles figurent parmi les « favoris » du site [3]
Je voudrais insister sur un article qui raconte la résolution d’un problème majeur de la navigation (donc de l’Histoire et de l’économie) : la détermination de la longitude a occupé les meilleurs esprits scientifiques jusqu’au dix huitième siècle, où John Harrison inventa le chronomètre de marine qui permit de déterminer la longitude avec précision. Tout vaisseau pouvait dès lors être situé parfaitement sur une carte : ce fut un progrès décisif (la détermination de la latitude était connue depuis fort longtemps).
Celles et ceux qui se sont plongés dans les articles de David Crespil ont compris que l’astronomie est proche des mathématiques et de leur histoire. Leur culture scientifique s’est approfondie et élargie. Sans doute regarderont-ils le ciel de façon plus informée.
Aux articles de David Crespil, il faut associer nos valeureux techniciens, capables de traduire en SPIP des textes rédigés en Word ou en PDF (et contenant figures et animations) de parfois plus de … 50 pages. Sans eux, sans leur patience, leur courage et leurs austères compétences, ces articles manqueraient à nos sommaires. Vous trouverez leurs noms dans le préambule des articles.
Au-delà des maths et des sciences du numérique, un regard vers d’autres sciences
Dans cette même veine d’ouverture aux sciences en lien avec les mathématiques, mais éloignées d’elles, une rubrique « Élargissons le cadre » aborde des domaines scientifiques fortement utilisateurs de mathématiques, mais plus encore d’outils numériques qui en ont bouleversé les pratiques d’investigation : il n’est pas superflu de signaler aux collègues et aux élèves ces documents qui pourraient éveiller des vocations... Mais la disponibilité des vidéos est souvent limitée dans le temps (elles disparaissent, puis reparaissent périodiquement, au hasard des rediffusions devenues systématiques).
La mise en valeur de sites créés par des collègues
MathémaTICE a consacré des articles majeurs à quelques sites considérables, maintenus à grand peine par des collègues qui y investissent avec passion une énergie à la limite du soutenable. On peut regretter le peu d’intérêt que l’Éducation nationale leur accorde et l’absence de toute aide à leurs créateurs, malgré l’usage massif qu’en font les élèves et les professeurs.
La revue reste bien sûr tout disposée à relayer dans ses colonnes de nouveaux sites qui pourraient enrichir les outils des enseignants et ceux utilisés par leurs élèves. Les articles en ce sens sont reçus à l’adresse mathematice@sesamath.net. Ils peuvent être rédigés par des collègues qui en sont des utilisateurs convaincus, et qui sont donc particulièrement aptes à les évaluer.
Des brèves qui méritent une attention particulière : elles recèlent souvent des documents, des événements et des informations considérables, elles lancent des alertes
On les trouve en page d’accueil de la revue, dans les tout premiers rangs, soulignant ainsi leur importance à nos yeux. Quelques exemples récents parmi les plus de 2200 brèves suffiront à éveiller l’attention.
- Festival Maths en Ville 2025 (voir)
- Exposition « Lumières sur la géométrie » à Draguignan
- Cédric Villani : Leçons de mathématique joyeuse
- Comment Julia Cantel est devenue l’une des femmes les plus respectées du nucléaire
- Les problèmes ouverts du Rallye Mathématique de l’Académie de Lyon (2021-2025)
- Les IA concourent-elles par leur fonctionnement même à la condamnation à mort du Web ?
- L’IA pour déchiffrer une bibliothèque de papyrus carbonisés retrouvés à Herculanum
- Avec l’IA, la révolution annoncée du dépistage du cancer du poumon
- Intelligence Artificielle et Olympiades mathématiques
- Le Collège de France à portée de main
- Une foule de podcasts de Radio France au sujet des mathématiques
- TikTok, un réseau sous influence
- Des professeurs racontent le harcèlement par leurs pairs et leurs supérieurs
- Violences sexuelles à l’école : silence dans les rangs
Les technologies, une aide pour alléger certains handicaps ?
Le mot-clé handicap fait remonter plusieurs articles importants qui, depuis 2011 se succèdent dans MathémaTICE, signe que certaines technologies peuvent soulager la scolarité d’élèves souffrant de divers handicaps. D’autres progrès sont probables, nous y ferons écho quand des articles nous parviendront.
Mais la recherche de justice et la générosité ne peuvent pas être du seul fait des professeurs. MathémaTICE a dénoncé avec force les Ponce Pilate qui font de beaux discours (ça ne mange pas de pain), puis se désintéressent des souffrances que rencontrent des enseignants dans les classes pour mettre en musique leur supposées généreuses partitions.

MathémaTICE participe à la formation continue des enseignants qui la souhaitent
Tout au long des 20 ans passés, des messages sont remontés des membres du comité de rédaction, soulignant le fait que leur participation à l’élaboration de la revue constitue pour eux une puissante formation continue.
A force de lire et d’améliorer des articles, on apprend à s’imprégner de démarches auxquelles on n’aurait pas pensé tout seul, on découvre des sites qui offrent des ressources importantes, des articles qui promeuvent des façons étonnantes d’aborder des questions difficiles. Bref, chaque ouverture de courriels peut être l’occasion de nouveautés, de lectures surprenantes, de remises en cause d’habitudes déjà anciennes, d’interrogations prolongées par les échanges qui suivent pour évaluer les contenus, les encourager ou les nuancer. J’y ajoute l’apprentissage d’un dialogue exigeant, de l’écoute des autres, du respect qui n’exclut pas les désaccords : la forme écrite favorise ces qualités [4].
- a) Les Parcours d’été dans MathémaTICE
Nous avons souhaité proposer ces possibilités de formation aux lectrices et lecteurs qui en éprouvent le besoin, sous forme de parcours transversaux de la revue durant les vacances d’été, un temps de plus grande disponibilité et de moindre fatigue. Ces Parcours d’été, inaugurés en 2013, ont sensiblement augmenté la consultation de la revue à la belle saison. Ils ont sans doute aidé bien des collègues à tenter de nouvelles approches, à suivre des pistes ouvertes par certains auteurs. C’est une formation offerte à tous, en des temps choisis, au rythme de chacun, et gratuite de surcroît.
Parfois, une proposition d’article nous parvient en fin d’été ! C’est notre meilleure récompense.
- b) Un numéro spécial élaboré par les IREM de la Réunion et de Bretagne
Autre événement marquant dans ce domaine, la parution du n° 51 de MathémaTICE est une fenêtre largement ouverte sur la formation continue de nos collègues. Il résulte d’un travail collaboratif pluriannuel commun aux IREMs de La Réunion et de Bretagne et porte sur un vaste sujet : Les ressources virtuelles et matérielles en mathématiques : des instruments pour travailler en classe sur le nombre, la numération et le calcul .
Les acteurs de ces recherches nous ont contactés et demandé si nous accepterions de publier les articles résultant de leurs études et des recherches historiques et didactiques qui en ont été une partie essentielle, en relation avec la conférence ICMI 23 (3-7 juin 2015, Macao) qui a rassemblé la fine fleur des didacticiens, des historiens des mathématiques et des spécialistes du numérique du monde entier.
MathémaTICE a servi en l’occurrence de vitrine à ces travaux, les rendant visibles et facilement accessibles de manière pérenne aux professeurs de mathématiques de la francophonie.
Des chercheurs du Maroc se sont eux aussi saisis à plusieurs reprises de cette facilité.
MathémaTICE est disponible en permanence pour offrir un support aux travaux de chercheurs francophones individuels ou en groupes constitués.
- c) Les Géométries Non Euclidiennes mises en scène avec DGPad par Yves Martin
Un professeur de mathématiques, de physique ou de philosophie peuvent-ils se permettre de tout ignorer des Géométries Non Euclidiennes (GNE) 120 ans après qu’Einstein a fait basculer l’Univers newtonien vers celui de la relativité restreinte, puis générale ? En un temps où dans le LHC, en sous-sol de Genève, les particules sont accélérées à des vitesses proches de la limite, celle de la lumière ?

Il ne s’agit pas d’en faire une matière d’enseignement, mais de sensibiliser les élèves de lycée [5] à cette réalité déjà totalement intégrée (et depuis longtemps) dans les sciences contemporaines : l’univers n’est euclidien qu’en première approximation, aux vitesses faibles par rapport à celle de la lumière (celle des planètes par exemple). Au delà, l’univers obéit à d’autres géométries, non euclidiennes.
Nous avons la chance de compter dans le comité de rédaction de MathémaTICE Yves Martin, qui s’est beaucoup investi dans les GNE et qui a confié à notre revue un immense article à ce sujet. Il est magnifique, monumental, en constante évolution, il est illustré et animé par DGPad, un logiciel de Géométrie Dynamique.
L’histoire des GNE mérite d’être contée à nos élèves. Elles ont émergé à grand peine des multiples tentatives vaines de démonstration par l’absurde de l’axiome d’Euclide (ou cinquième postulat d’Euclide)... Cette histoire en dit beaucoup sur les mathématiques et leur supposée « utilité » : (inutiles d’abord après leur création, elles sont devenues l’indispensable outil de description de l’univers !).
L’intérêt d’Yves Martin pour les GNE n’est pas tombé du ciel. C’est cet article de Repères-IREM (le premier numéro de la revue, téléchargeable sur la page) qui a attiré son attention sur le sujet.
Cette attention s’est précisée grâce à la publication par l’OUVERT (une revue de l’IREM de Strasbourg), de deux articles de Klaus Volkert dans ses n° 84 et 85 : « Et pourtant quelques-uns sont quarrables ».
Ainsi donc, Klaus Volkert, professeur à l’université de Heidelberg, par ses deux articles confiés à l’Ouvert, a-t-il ancré Yves Martin, formateur d’enseignants à La Réunion dans la certitude que les GNE seraient pour ses étudiants et lui-même un riche sujet d’étude et d’enseignement. Confirmant ainsi l’impression initiale suscitée par le premier numéro de Repères IREM. Il y a ajouté sa spécialité, la Géométrie Dynamique (DGPad en l’occurrence) pour offrir des figures et des manipulations spectaculaires, que MathémaTICE a relayées.
Ainsi va la connaissance, elle chemine et se développe au hasard des rencontres (encore faut-il s’en saisir au passage), sans frontières géographiques ni temporelles !
Les IREM ont beaucoup œuvré pour une formation large et ouverte des enseignants. Il ne faut donc pas s’étonner que MathémaTICE renvoie sur sa page d’accueil vers Repères-IREM, leur revue-phare.
- d) On n’apprend rien de solide ni de durable sans émotions
Quand j’ai reçu l’annonce de la parution du livre de Nathalie Braun, une foule de souvenirs sont remontés à ma mémoire. Enseigner, c’est vivre des émotions changeantes, plaisantes ou désagréables. C’est rencontrer jour après jour des élèves et des collègues et bâtir avec eux un avenir. C’est lire dans leurs yeux le plaisir, la contrariété, l’application, la distance protectrice, parfois l’hilarité consécutive à une plaisanterie ou à un bon mot. Mais aussi l’ennui, trop souvent. A d’autres moments, l’incompréhension qu’ils trahissent exige la reprise sous d’autres formes des explications qu’on leur doit pour mieux les aider à comprendre et à passer de l’inquiétude à l’étonnement et au bonheur de maîtriser des connaissances compliquées et difficiles. Faut-il parler des heurts avec des collègues ou la direction de l’établissement ?
J’ai aussi pensé aux nombreux articles ou brèves de MathémaTICE qui abordent le bonheur d’enseigner ou le sentiment d’être à côté de la plaque, aux moments où rien ne semble pouvoir résister à notre enthousiasme, à ceux où nous sommes incompris et épuisés sans recours, que nous soyons élèves ou professeurs, CPE ou personnel de direction. Enseigner ou apprendre, diriger ou organiser le travail n’est plus un long fleuve tranquille.
Nous avons beaucoup abordé ces thèmes dans MathémaTICE. Voyez ce que ramène dans ses filets la requête « émotions » grâce au puissant moteur de recherches de SPIP. Je vais en extraire quelques thèmes particulièrement utiles et éclairants.
- La revue de l’ANAE est précieuse en la matière.

Nous avons à plusieurs reprises souligné la pertinence des dossiers qu’elle publie sur divers thèmes en cœur de cible des problèmes d’enseignement. En voici quelques exemples que l’on retrouve parmi les brèves de la revue :- Émotions et apprentissages scolaires Cliquez sur COMMANDER puis en bas de page sur ACHETER.
- Apprentissages, cognition et émotion Même démarche que ci-dessus.
- Compétences socio-émotionnelles et Éducation : Émotions et Cognition
- Santé mentale chez les jeunes : perspectives neurodéveloppementales Un problème considérable d’après Covid... Même procédure.
- Les articles de Sarah Leleu abordent sans fard, avec justesse et courage, la question des émotions dans l’enseignement. Il est vrai qu’elle a connu en tant qu’élève de nombreuses émotions très négatives. Elle raconte ces années douloureuses dans l’impressionnant Lettres à mes profs de maths.
Elle y explique comment une rencontre l’a remise sur les rails et transformée en professeure enthousiaste et rayonnante. Sa voix est claire et précise, tranchante quand il le faut...
Mais il arrive qu’elle se brise parfois un temps, dans l’adversité revenue.
C’est avec émotion et reconnaissance que j’écris ces lignes... J’admire sa façon de transmettre du bonheur et de la connaissance à tant d’enfants... quand les « autorités » lui en laissent le loisir.
Un lanceur d’alerte s’est exprimé de façon anonyme dans MathémaTICE (l’Éducation Nationale se comporte très mal avec eux...) sur un des pires fléaux de notre société en dérapage incontrôlé, le harcèlement, qui conduit des élèves, mais aussi des professeurs parmi les plus isolés et fragiles, à l’écart, à la dépression ou même, scandale absolu, à la mort. L’Éducation Nationale a beaucoup fait pour invisibiliser, effacer et nier la réalité de ces drames, désormais connus de tous (voir cet article ou encore ces événements).
- La très récente thèse de Nathalie Braun aborde de façon approfondie l’importance des émotions dans la réussite (ou l’échec) des apprentissages à travers le jeu, fût-ce en mathématiques...
- e) Retour vers les auteurs
Le dialogue direct de nos lecteurs avec les autrices et les auteurs de ces articles est d’une grande facilité : il suffit de cliquer sur leur nom, en tête d’article puis de rédiger un message, une question ou une objection dans l’espace qui s’ouvre ( Envoyer un message à … ).
Des statistiques de fréquentation déstabilisées par des robots intrusifs...
Terminons ce parcours par un coup d’œil aux statistiques des visites du site offertes par SPIP. Elles donnent une idée approximative [6] de l’intérêt suscité par MathémaTICE et ses publications. Nous nous bornerons à en tirer des enseignements sur les évolutions de la fréquentation annuelle au cours des vingt années depuis la création de la revue.
On y lit une lente montée de cinq ans, suivie par cinq ans de palier (marque d’une résistance, d’une hésitation ?), un brusque saut vers un palier haut (2015-2020), puis trois ans de dégringolade sévère à la sortie de la crise du Covid, signe de déstabilisation et de désarroi profonds du corps enseignant (et plus encore des élèves [7]) après l’enfermement imposé à la population et les incertitudes qui en ont résultées. Le puissant rebond des deux dernières années (amplifié en 2025 par les robots) est sans doute le signe d’une certaine récupération, au moins parmi adultes [8].

Conclusion ouverte sur l’avenir
Il reste aux collègues qui nous ont fait l’amitié de nous suivre jusqu’ici à poursuivre à leur guise l’exploration de la revue. Le puissant moteur de recherche intégré est d’une grande efficacité pour en découvrir les pépites.
Également précieuse, la base de données Publimath (dans Recherche avancée choisir Revues/Collections, puis Mathematice, enfin Rechercher )
Voyez aussi l’article Comment contribuer à MathémaTICE ?
- Faites-nous part de vos réflexions, de vos suggestions et critiques : elles permettront d’améliorer nos publications ;
- Proposez-nous un article : le comité de rédaction vous donnera son avis ;
- Suggérez-nous de nouveaux thèmes que nous pourrions aborder ;
- Peut-être portez-vous dans votre esprit des domaines des mathématiques ou des sciences numériques que vous pourriez traiter au long cours dans la revue. Nous accueillerions avec faveur de nouveaux Bernard Ycart ou David Crespil, porteurs de vastes projets...
- Discutons-en en toute liberté ;
- etc.
Nous vous lirons naturellement avec plaisir et attention.
Nous contacter est d’une grande simplicité : mathematice@sesamath.net.